L’épargne Belge explose !

Par Vincent Decoux, délégué JeunesMR à l’emploi, l’économie, la fiscalité et l’entreprenariat

Les Belges ont épargné 15 milliards supplémentaires par rapport à 2019.

On connait l’habitude du Belge à épargner et l’année 2020 n’a pas fait exception à la règle. Selon la Banque Nationale de Belgique, le montant d’épargne des belges s’élevait à 300 milliards d’euros. Le responsable de cette tendance : la Covid19…

En effet, bons nombres d’activités ont dû être restreintes voire annulées pour tout un chacun. Citons par exemple, la fermeture de l’horeca, l’annulation de voyages à l’étranger, et la mise en arrêt des endroits culturels. Ne pouvant plus profiter de ces différents plaisirs, le Belge a épargné plus. En 2021, on constate plusieurs tendances émergeantes. 

La première tendance concerne l’augmentation des ventes en ligne suite à la crise de la Covid19. En effet, certains en ont profité et ont également investi plus d’argent dans le confort de leur maison. Beaucoup se sont rendu compte à quel point c’était important surtout en période de télétravail et de confinement.

La seconde tendance est la généralisation du télétravail pour la majorité des travailleurs. Cela permet d’une part, aux entreprises de continuer à travailler en essayant de mettre le moins possible de personnes au chômage temporaire et d’autre part, d’éviter la recrudescence du virus et donc la fermeture de certains secteurs tels que nous les avons connus (HORECA, secteur culturel, monde de la nuit…).

Ensuite, il y a eu la mise en place du chômage temporaire pour la fermeture de certains secteurs. Cette mesure a eu pour but d’accompagner les travailleurs et dirigeants d’entreprises afin de traverser la crise et de garantir du pouvoir d’achat. Les sociétés ont reçu des indemnités Covid et des primes Covid qui varient selon les secteurs et le nombre de travailleurs. L’objectif était de soutenir les entreprises qui ont dû fermer temporairement à la suite de la crise de la Covid19 afin d’éviter bon nombres de faillites qui auraient été une catastrophe sur le plan économique (crédits non remboursés, pertes d’emplois, accroissement du chômage, augmentation de la précarité…).

Enfin, n’oublions pas que nous vivons actuellement une période d’inflation importante . Tous les prix augmentent que ça soit pour se nourrir, pour se chauffer ou se déplacer. La plus forte hausse est celle du carburant et de l’énergie qui engendrera également des impacts sur les prix dans le prêt à porter. Les prix dans le secteur du bâtiment ont également bien augmenté en 2021 en raison de la pénurie d’approvisionnement de matières premières et de coût de transport plus conséquents. Il faut également s’attendre à une possible augmentation de la prime d’assurance incendie en vertu des nombreuses inondations qu’on a connues cette année.

Un élément qui ne change pas, c’est l’argent laissé sur un compte bancaire, sans intérêt, par les ménages qui arrivent à épargner. Le Belge a, en effet, tendance à laisser son argent “dormir” sur son compte et ce soit par sécurité pour faire face à des dépenses futures soit par peur d’investir soit par manque de connaissances et de conseils dans la finance et la fiscalité. Cet argent peut être utilisé pour soutenir le développement de nos sociétés belges et favoriser la croissance de celles-ci. La croissance des sociétés est une arme efficace pour faire face à une crise car cela stimule le marché de l’emploi et peut également avoir un effet positif sur la compétitivité des entreprises et ce notamment grâce à des investissements dans l’innovation. A titre d’exemple, le Belge peut investir et soutenir des start-up belges et bénéficier d’une réduction fiscale. C’est le principe du tax shelter start-up permettant de bénéficier d’une réduction d’impôt pouvant aller jusqu’à 30 %. Vous devez, certes, respecter des règles précises pour pouvoir profiter d’une telle réduction d’impôt mais le jeu en vaut la chandelle. Si vous êtes intéressés par le sujet, vous trouverez plus d’information sur le site du ministère des finances où tout y est très bien expliqué : https://eservices.minfin.fgov.be/myminfin-web/pages/fisconet/document/d28beac8-7b60-4a2d-9fed-bb026e269306

Si la lutte du réchauffement climatique est une de vos priorités, il vous est par exemple possible de placer de l’argent dans des fonds spécialisés qui investissent dans le développement durable, l’économie circulaire (éviter la production de déchets et reconditionner un maximum d’éléments afin de pouvoir les réutiliser) ou encore dans des solutions environnementales innovantes. Dans tous les cas, il vaut mieux être conseillé et suivi par des professionnels. Mais voici 2 exemples qui ont un effet win-win à savoir que votre argent est injecté dans l’économie pour soutenir des causes qui vous importe et il vous rapporte plus que de le laisser simplement sur votre compte épargne.

La deuxième grande modification : la règle d’octroi de crédits hypothécaires.

 

Le marché bancaire a subi de nombreuses régulations depuis la crise de 2008. Pour rappel, les banques ont été sauvées par l’État belge afin d’éviter des faillites et l’effondrement du système (plus d’emprunts pour les sociétés et donc de développement). En contrepartie, ces dernières sont beaucoup plus contrôlées par la BCE (Banque Centrale Européenne). Il a notamment été décidé de faire attention à la partie consacrée de crédits hypothécaires dans le portefeuille global des banques afin de toujours assurer une quantité minimale de fonds propres en cas de non remboursement de crédits. Un autre aspect concernait la quotité empruntée limitée à 90 % du montant. En théorie, les banques ne pouvaient plus prêter 100 % de la somme demandée mais dans la pratique, certaines banques le faisaient toujours. Le but de cette décision (quotité limitée) était de réduire l’aspect risque pour les banques et le marché immobilier.

À partir 2022, une nouvelle règle risque de voir le jour et d’être imposée au secteur bancaire. Cette nouvelle règle prévoit que les banques devront faire réaliser une expertise du bien acheté (appartement, maison). Cette expertise sera en principe réalisée par des architectes. Les banques ne pourront prêter que le montant de l’expertise, la différence entre l’expertise et le prix d’achat devra faire l’objet d’un apport personnel par les acheteurs en plus de devoir s’acquitter des frais de notaires et droits d’enregistrement. Le but est que la banque prête pour la valeur du bien car, par le passé (en 2008 et avant), on s’est retrouvé à devoir vendre des actifs qui avaient fortement perdu de la valeur et il était difficile de rembourser les prêts octroyés même avec la vente du bâtiment faisant l’objet d’un crédit hypothécaire. Cela risque d’avoir beaucoup de répercussions dans le domaine du logement. En effet, avec une telle mesure, en cas de grosse différence entre l’expertise et le prix d’achat demandé par la partie venderesse, le montant de l’effort propre devra être plus conséquent pour les ménages qui désirent acheter. Ce qui va réduire la possibilité de devenir propriétaire pour bons nombres de personnes.

 

Ajoutez à cet aspect, le fait que si vous êtes locataire à l’heure actuelle, il est compliqué de mettre de l’argent de côté et donc d’avoir des fonds propres en suffisance pour espérer avoir un crédit bancaire. C’est donc un cercle vicieux. Il faut pourtant se loger. Si cette nouvelle règle est appliquée, les jeunes auront d’autant plus de mal à devenir propriétaire à moins d’une grande aide des parents. On peut certes bénéficier d’un abattement sur la première tranche de 20.000 € des droits d’enregistrements en cas de première acquisition en Wallonie. A Bruxelles, il ne faut pas s’acquitter de 12,50 % de droits d’enregistrements sur les premiers 175.000 € en cas de première acquisition immobilière et en région flamande,  il ne faut pas payer de droits d’enregistrements sur les premiers 80.000 €. Cette politique d’abattement de droits d’enregistrement est une très bonne mesure mais qui sera insuffisante à l’avenir si on veut que nos jeunes puissent devenir propriétaire. Sans une aide importante de la part des parents, ça sera vraiment très compliqué d’acquérir une maison ou un appartement avec cette nouvelle règle. On doit certes tirer les leçons du passé afin d’éviter de reproduire les mêmes erreurs mais il faut également trouver des solutions innovantes pour que le domaine du logement soit faiblement impacté. Rappelons que se loger est un besoin vital.