La nouvelle Drôle de guerre

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24 février 2022, 4h. Vladimir Poutine déclare désormais ouvertement son intention d’intenter à la souveraineté nationale de l’Ukraine en affichant sa volonté de, nous citons, « dénazifier l’Ukraine». Hasard ou non du calendrier, c’est un 24 février 1812 qu’a eu lieu la signature d’une convention militaire franco-prussienne dans laquelle la Prusse accorde à l’Armée impériale française des facilités d’approvisionnement et de stationnement pour la campagne de Russie de Napoléon. C’est aussi un 24 février 1920 que le parti nazi est officiellement créé.

Revenons un instant sur le terme “dénazifier“. Ce furent déjà les nazis qui, dans l’histoire, ont essayé d’inclure en un seul empire l’ensemble des populations germanophones d’Europe, dans le but d’augmenter leur Lebensraum vers d’autres territoires idéologiquement antagonistes une fois les Allemands réunifiés sous la bannière de la svastika. Ce fut donc en premier lieu l’Anschluss de l’Autriche puis l’annexion des Sudètes tchécoslovaques en 1938, avant le dépeçage de la Pologne et le début de la Seconde Guerre mondiale.

Stefan Zweig disait à l’époque : « rien n’a plus aveuglé les allemands que l’orgueil de leur propre culture ». C’est en partie l’orgueil des Allemands après la Première Guerre mondiale et le poids du Traité de Versailles qui les ont poussés à suivre les velléités belligérantes des nazis.

Depuis lors, L’URSS (et toujours la Russie aujourd’hui), alors victorieuse de cette guerre en compagnie des Alliés, célèbrera désormais le 9 mai, le lendemain de la capitulation allemande, en tant que “Jour de la Victoire” de la Grande Guerre patriotique face aux Nazis.

Comparaison n’est pas raison, mais la ressemblance est troublante : l’URSS a fait de la Russie un pays conquérant, propagateur d’une révolution émulatrice face au capitalisme. La chute de cette Union a plongé le pays dans la crise sous toutes ses formes. 35 ans après la Perestroïka, ce n’est que par orgueil que la Russie préfère désormais les bruits de bottes à la neuvième symphonie de Beethoven. Militairement, c’est simple : Vladimir Poutine tente d’augmenter sa profondeur stratégique en englobant les populations russophones dans sa sphère d’influence militaire; La Blitzkrieg de l’armée russe pour démilitariser l’Ukraine fut destinée à l’affaiblir en un temps record avant que les efforts politiques et diplomatiques des puissances occidentales ne parviennent à faire entendre raison à la Russie. Fort heureusement, la guerre-éclair a échoué. Puisse la raspoutitsa arrêter Poutine tout comme elle freina Paulus.

Le polémologue allemand Von Clausewitz disait avant la Première Guerre mondiale : « la guerre n’est que l’extension de la politique par d’autres moyens ». Traduction : la guerre survient lorsque le politique et la diplomatie ont échoué. A court terme, en guise de soutien à l’Ukraine, ce n’est pas seulement en publiant des stories, des décors Facebook, des appels aux sanctions,… que l’armée russe reculera. Vladimir Poutine s’en moque. S’indigner, c’est bien. Agir, c’est mieux.

Alors que faire ? Soutenir la société civile ukrainienne est un premier pas. A plus long terme, soutenir la société civile russe est un deuxième pas, à l’image de cette journaliste ayant interrompu le JT le plus regardé de Russie.  Ceux qui ont porté Vladimir Poutine au pouvoir en sont désormais prisonniers. Et tant qu’il sera au pouvoir, la population russe se radicalisera à son service, au détriment de la paix.

Si l’on comparait les relations internationales à une partie d’échecs à plus de deux adversaires sans possibilité d’en mater un, on ne pourrait défendre ses intérêts qu’en s’assurant d’alliances fiables et en se protégeant des effets dévastateurs et globaux d’un coup de maître. 30 ans plus tard, le vœu pieux des Scorpions dans « Wind of change » est détruit. La guerre froide n’a pas anéanti la Russie. Francis Fukuyama n’avait peut-être pas raison lorsqu’il déclarait en 1991 que “la fin de l’histoire a été atteinte par la victoire du libéralisme sur toute autre forme de pouvoir“. La démocratie ne saurait être que libérale, et libre. Mais sans doute est-elle trop lourde à assumer pour certains.

En conclusion, les jeunes libéraux entendent se faire entendre de la sorte : politiquement, la situation en Ukraine pose à tout le moins la question de la dépendance des sociétés démocratiques au bon vouloir des sociétés autocratiques, dictatoriales et dont l’idéologie politique se situe aux antipodes des valeurs occidentales et des droits de l’homme. La liste est longue : Russie, Chine, pays exportateurs de pétrole, etc.

Il suffit de constater l’augmentation des prix de l’énergie, de l’énergie fossile en particulier, pour se rendre compte qu’orienter la conduite de la vie politique des démocraties occidentales dans le but de prévenir les dégâts collatéraux d’une crise politique à 3000 km de nos frontières passe par l’indépendance politique, militaire, sécuritaire, sociétale et environnementale vis-à-vis des autocraties. Il n’est pas seulement question de défendre notre mode de vie ou de lutter contre la volatilité des factures. Cela permet de sauver des vies. Et de manière bien plus importante que la politique, la vie est la seule valeur qui devrait être respectée par les gouvernements du monde entier.