La décadence post-linguistique

Par Gauthier Jacques, journaliste Piccolo.

De nos jours, certains mouvements de gauche – toutes gauches confondues d’ailleurs – tentent d’améliorer et de moderniser notre société contemporaine grâce à des changements aussi futiles que loufoques. Dans cet article d’opinion pamphlétaire et contestataire, je me contenterai de mentionner l’écriture dite non-genrée ou non-binaire. Cette écriture, directement inspirée du politiquement correct, nous plonge dans une décadence post-linguistique. D’ailleurs, dans l’Identité malheureuse, Alain Finkielkraut déclarait : « Le politiquement correct, c’est le conformisme idéologique de notre temps. La démocratie, en effet, c’est-à-dire le droit de tous à la parole, produit du conformisme. L’homme démocratique pense comme tout le monde en croyant penser par lui-même. Il ne se contente pas d’adhérer au jugement du public, il l’épouse jusqu’à ne plus pouvoir le discerner du sien propre » (Finkielkraut, 2013). Ne vous méprenez pas, je ne suis point contre cet homme démocratique, tant s’en faut, mais bien contre toutes les personnes qui tentent de révolutionner le monde à travers de fausses bonnes idées. Bien que la culture soit un des domaines où se déroule une activité spirituelle et créatrice, pour reprendre une autre citation de notre Académicien, cette activité ne doit en aucun cas pourfendre l’hérésie linguistique. 

Reconnaissons que la langue française est très complexe. Entre sa grammaire et son orthographe, les apprenants de la langue de Molière peuvent éprouver de réelles difficultés. Alors pourquoi encore entraver leur apprentissage ? 

L’écriture non-binaire peut se définir comme une forme linguistique neutre, entendez par-là que les notions de « masculin » et « féminin » disparaissent. Cependant, la complexité ne s’arrête pas là puisque le neutre grammatical n’est pas la même chose que le genre neutre (également nommé neutrois). On peut, donc, par exemple être agenre (personne n’ayant aucun genre), demi-garçon, demi-fille, bispirituel (avoir un esprit féminin et un esprit masculin cohabitant en même temps), genre-fluide, etc. et utiliser le neutre grammatical pour se désigner.

D’un point de vue purement linguistique, cette non-binarité entrave la compréhension et probablement l’apprentissage de la langue française, bien que cette information ne soit pas scientifiquement vérifiée, étant donné la nouveauté de ce phénomène. Cependant, nous pouvons supputer que cette nouvelle écriture entrave la compréhension d’une langue déjà complexe. J’en veux pour exemple les différentes manières d’écrire le phonème [ɛ̃] en français. On peut l’écrire avec /in/ (intéressant), /im/ (important), /ein/ (ceinture), /ain/ (pain), /aim/ (faim), /yn/ (lynx), /ym/ (symbole). Il existe une pléthore d’autres exemples mais nous nous contenterons de celui-ci. Si l’écriture non-binaire souhaite éviter les discriminations, elle en génère indubitablement par sa complexité. Comme le montre le tableau suivant, la langue française connaîtra de nouvelles formes lexicales, verbales, etc. 

 

Source : http://uniqueensongenre.eklablog.fr

Autrement dit, par souci d’inclusion, nous préférons compliquer la langue française mais nous n’avons pas pensé un seul instant que nous allions discriminer toutes les personnes éprouvant déjà des difficultés lors de leur apprentissage. Certains linguistes seront opposés à cet avis mais je prendrai l’exemple suivant pour montrer la complexité et l’idiotie de cette nouvelle écriture. 

Exemple 1 : « Il est beau » (français standard).

Exemple 2 : « Ille est belleaux » (français dit « non-binaire »). 

La première question qui se pose est la suivante. Comment prononcer Ille ? Rien de plus simple. Ce mot se prononce comme le Il (du français standard). Pour une écriture qui souhaite éviter toutes discriminations mais qui garde la même prononciation phonétique masculine, pardonnez ce satisfecit, mais je trouve cela quelque peu étrange. Ensuite, la forme belleaux est identique au singulier et au pluriel. Certains y verront une facilité, j’y vois une incompréhension. Admettons.

L’hérésie linguistique ne s’arrête pas là. La terminaison des noms féminins et masculins, pour les professions par exemple, sont remplacés par /x/. « Un avocat » s’écrira donc « Um avocax ». Un chanteur et une chanteuse s’écrira désormais « chateureuse ». Peut-on me garantir qu’il n’y aura aucun caractère humoristique quand nous dirons que lu (la) chanteureuse est triste. Le maitre et la maîtresse – qui avait déjà posé problème lors de la féminisation des professions pour avoir deux acceptions dont une quelque peu péjorative – s’écrira désormais « maitré ». Nous pourrions continuer avec une kyrielle d’exemples mais ce n’est pas le but de cet article. 

Une langue doit évoluer sinon elle meurt ! C’est une évidence ! On peut déplorer quotidiennement la disparition des langues comme le relate Claude Hagège dans son ouvrage, paru en 2000, Halte à la mort des langues. Cependant, nous devrions nous attarder sur d’autres aspects linguistiques afin de faciliter l’apprentissage de cette langue et non complexifier ce dernier…

Sources : 

Finkielkraut, Alain. 2013. L’identité malheureuse. Paris: Stock.

Hagège, Claude. 2000. Halte à la mort des langues. Paris: O. Jacob.

 

La flexibilité au travail, facteur d’épanouissement professionnel et privé

S’il y a bien un sujet sur lequel les idéologies politiques s’entrechoquent, c’est à propos du travail. Non seulement les solutions proposées sont aux antipodes mais même les constats divergent. Pire encore, depuis l’entre-deux-guerres et les célèbres revendications telles que la semaine de 40 heures, les deux premières semaines de congés payés ou la reconnaissance du droit syndical par exemple, les avancées ont été nettement moins spectaculaires. Bien que, paradoxalement, le monde du travail n’ait jamais autant évolué que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Si l’entre-deux-guerres a connu une légifération accrue du cadre du travail, il ne faut pas oublier que certaines de ces revendications étaient portées depuis… 1886 aux Etats-Unis ! C’est le cas de la journée de travail de 8H, composant le triptyque – travail, sommeil et loisirs -, représenté dans les manifestations par le triangle rouge, celui de l’égalité horaire entre ces trois parties de journée. On le voit donc, le respect des droits des travailleurs, notamment celui d’un temps de travail maximum, était l’un des premiers fers de lance du mouvement ouvrier. 

 Et pourtant, à cause de la crise de la Covid-19, le monde du travail a expérimenté un bouleversement sans précédent. Cela s’entend, nous parlons ici du télétravail imposé à bon nombre de travailleurs et pratiquement tous les étudiants. Le télétravail a également illustré un autre phénomène lié à l’emploi : la flexibilité. Ce même télétravail qui floute la frontière entre vie privée et professionnelle et qui vient bousculer le triptyque parfait des 8-8-8. 

 Dès lors, en ce 1er mai 2021, journée de la Fête du travail, plutôt que de s’attarder sur comment augmenter le taux d’emploi, nous avons souhaité présenter nos solutions pour mieux concilier vie professionnelle et vie privée. 

L’impact de la Covid-19 sur nos vies professionnelle et académique

Aujourd’hui, la Covid-19 impacte les différents aspects de nos vies : qu’elle soit privée, professionnelle, étudiante, ou bien sur nos loisirs, nos droits et nos libertés fondamentales.

Les libertés et droits fondamentaux liés au travail, passés rapidement en revue ci-dessus, ont notamment été frappés de plein fouet par la crise sanitaire que nous traversons.

Incontestablement, la notion de télétravail a évolué en l’espace de quelques semaines de manière significative. Ce privilège est rapidement devenu la norme, voire même l’obligation. Le salon, la table à manger, la cuisine, autrefois espaces de convivialité et de partage, deviennent presque du jour au lendemain notre nouvel espace de travail qu’il faut se réapproprier autrement. Fini l’open-space et les pauses sympathiques à la machine à café. Les collègues sont devenus le compagnon, les enfants, les animaux de compagnie, le bruit ou parfois même à l’inverse, la solitude, le silence.

Le temps de travail est lui aussi chamboulé. Là où nous avions un cadre horaire bien défini, aujourd’hui, l’employé est tenté de réduire son heure de table ou de faire des heures supplémentaires. Ici, nous pouvons nous attendre à une évolution concernant la prise en compte de la santé, de la charge mentale, du bien-être au travail (en télétravail), avec une prise de conscience de l’environnement de travail et de l’amélioration de l’équipement technologique au quotidien.

D’ailleurs, parlons-en de la technologie, au cœur de tous ces changements et qui a un rôle de premier ordre dans l’organisation du (télé)travail, de l’enseignement à distance, des réunions et examens en visioconférence. La communication digitalisée a accéléré en l’espace de quelques semaines seulement bien plus qu’en l’espace de ces dix dernières années pour nous permettre de poursuivre nos activités professionnelles et académiques.

Quant à l’enseignement, même combat. Dans tous les pays, des écoles maternelles aux universités, tous les enfants et étudiants se sont retrouvés chez eux, confinés. Reconnaissons la capacité d’adaptation des jeunes face à cette pandémie impliquant l’accélération de l’enseignement à distance.

Faire de la flexibilité un droit pour le travailleur écrit noir sur blanc

La réduction du temps de travail est un concept qui revient souvent sur la table.

Cette idéologie, faussement alléchante, reviendrait à diminuer son temps de travail afin de réduire le nombre de demandeurs d’emploi et impliquerait une baisse conséquente des revenus. 

Il apparaît donc difficile de dégager une majorité en faveur de telles politiques. Et si, la prochaine grande avancée dans le monde du travail n’était plus la réduction du temps de travail mais l’adaptation du monde du travail à nos nouveaux modes de vie ? C’est là qu’intervient la flexibilité. Et celle-ci est multiforme.

 Prenons l’exemple de la flexibilité salariale. Trop souvent, celle-ci a été synonyme de salaire fixe auquel s’additionnent des éventuelles primes. La flexibilité salariale repensée serait un salaire réellement rémunérateur et « fixe ». On utiliserait un pourcentage du salaire sous divers avantages qui seraient choisis par le travailleur selon son mode de vie. Dès lors, ce pourcentage « optionnel » pourrait être sous forme de voiture de société, d’un abonnement de transport en commun, d’accès au logement…

Adapter le cadre juridique pour le travailleur serait utile afin de jouir des avantages de la flexibilité. En effet, de bonnes conditions de travail rendent celui-ci plus efficace et impliquent un sentiment de bien-être plus élevé.

 Il est donc important de prévoir un cadre légal plus large pour qu’un employé et un employeur puissent, sur base volontaire et avec un accord des deux parties, faire convenir le travail aux réalités de chacun.

Il pourrait offrir la possibilité de travailler 38 heures par semaine en réduisant le nombre de jours. Il serait possible de prester la même charge de travail en 4 jours au lieu de 5 jours actuellement. Le bénéfice d’un rythme de travail quotidien plus long est la possibilité d’avoir un jour de congé supplémentaire sans perte de salaire. Adapter ses horaires pour améliorer sa qualité de vie privée est un enjeu essentiel d’attractivité pour un travailleur. Pour l’employeur, le fait d’avoir un travailleur satisfait de ses conditions a un impact sur la productivité au quotidien. 

La notion de flexibilité et de travail concerne aussi les étudiants. Améliorer la flexibilité dans l’enseignement aurait une répercussion sur la disponibilité des étudiants jobistes. Le contexte sanitaire vécu depuis un an démontre de manière évidente que l’accès au travail pour les étudiants est un facteur essentiel pour diminuer la précarité étudiante et donner plus d’autonomie pour choisir et adapter son horaire à ses besoins. 

 Un autre incitant pourrait agir sur la fiscalité pour les employeurs afin de diminuer les charges en proposant des activités favorisant le bien-être au travail comme les team-building. Concrètement, si vous investissez pour le bien-être au travail des employés, on diminue les charges. Cela permettrait de diminuer les coûts des soins de santé mais aussi d’augmenter la productivité. En effet, un employé heureux et bien dans sa peau travaillera mieux qu’un employé importuné par des soucis divers tant au niveau professionnel que privé.

Vers un changement de paradigme…

Le travail est un élément clé pour tout un chacun dans la société. Un des aspects les plus controversés est celui du temps de travail. Contrairement à l’idée du concept que la diminution du temps de travail soit la solution magique, elle n’est pour autant pas la panacée. Selon nous, la seule solution viable pour l’ensemble de notre société réside en l’adaptation du temps de travail via une meilleure flexibilité pour l’étudiant, le travailleur, et par conséquent l’employeur.

Et si l’après Covid-19 était l’occasion rêvée pour changer de paradigme afin de ne plus vivre pour travailler mais travailler pour vivre ?

Pour les Jeunes MR de la Province de Liège

Laura Humblet, Cédric de Buf, Thierry Jamart et Victoria Vandeberg

Les vaccins… un fiasco total !

Par Gauthier Jacques, journaliste Piccolo

Comment en finir avec le triste spectacle auquel nous assistons toutes et tous ? La fin des brevets, vrais obstacles aux vaccins ! 

Bien qu’elles aient mis au point les vaccins contre la Covid-19, les compagnies pharmaceutiques vendent aux plus offrants, négligeant ainsi la gravité sanitaire dans laquelle  nous sommes toutes et tous plongés depuis plus d’un an déjà. Les vaccins devraient être des biens publics mondiaux ; ça nous aiderait ! Souvenons-nous du Président français, Emmanuel Macron, qui dès le moins de novembre s’interrogeait gravement sur la situation sanitaire : « Serons-nous prêts lorsque le premier vaccin sera mis sur le marché, à en garantir l’accès à  l’échelle planétaire et à éviter à tout prix le scénario d’un monde à deux vitesses où seuls les  plus riches pourraient se protéger du virus […] ». Puis, dès le 18 janvier 2021, Monsieur Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) nous annonce que sur les trente-neuf millions de doses prévues, seules vingt-cinq  avaient été administrées sur un total de quarante-neuf pays. Oui, seulement 25 doses. Que se  passe-t-il donc ?  

Il est vrai que l’étonnement est grand au regard des sommes gargantuesques investies pour ce  vaccin. Qui plus est, deux mécanismes avaient été mis en place pour éviter ce genre de fiasco.  Il y avait d’une part le mécanisme Covax qui devait permettre un groupement des achats pour les vaccins afin de garantir, à 90 pays et territoires, un accès juste et équitable au traitement.  Des contrats ont été signés avec Pfizer (40 millions de doses) et AstraZeneca (120 millions de  doses). L’objectif ? 2 milliards de doses d’ici la fin de 2021. Il y avait d’autre part le mécanisme  C-TAP (Covid-19 Technology Access Pool), qui aurait dû garantir le partage de la propriété intellectuelle et des connaissances afin de produire des vaccins à grandes échelles, y compris dans les pays en voie de développement. Résultat ? Coquille vide. 

Pourtant, tout semblait fonctionner. Les laboratoires ont été subventionnés à coups de milliards d’euros par les États et la Commission (qui a versé plus de 2 milliards pendant la mise au point  des vaccins). Cependant, malgré ces aides ainsi que des clauses de livraison des plus flexibles,  cela ne fonctionne pas. Nous nous souvenons toutes et tous du désarroi de la Commission  lorsque AstraZeneca lui a annoncé qu’il ne pourrait pas fournir le nombre de doses prévues (80  millions) dans les délais fixés. S’ajoute à ce dysfonctionnement une différence de prix non négligeable. En effet, selon Eva de Bleeker, secrétaire d’État au budget belge, les tarifs négociés par Bruxelles varient entre 1,78 € (pour AstraZeneca), 10 € (pour CureVac) et 14,68€ (pour  Moderna). Et pour couronner le tout, les répartitions au sein même de l’Union européenne est inégalitaire puisque pour les premières livraisons, l’Italie a reçu 9750 doses, la France 19 500  et l’Allemagne 15 125. Même ramenés à la population respective des pays, ces écarts restent inexplicables et semblent montrer que certains pays sont plus égaux que d’autres. Pourtant,  d’autres pays, hors UE, semblent bien s’en tirer. Malgré un départ plus que laborieux, Londres a su organiser une campagne de vaccination dynamique mettant littéralement à mal l’argument  d’une Union européenne protectrice avancé lors du conflictuel Brexit. Au 4 février, le  Royaume-Uni avait administré au moins une dose de vaccin à 16, 2 % de sa population. En  revanche, la Belgique a administré jusqu’à ce jour (5 mars 2021) au moins une dose à 5,54%  de sa population ; l’Espagne, 4,01% ; l’Italie, 3,61%, etc. Comment expliquer de ces  différences ? Les brevets

Face à la pâmoison, à la prédation des ressources publiques et à la pénurie des vaccins, nombre  de professionnels de la santé, des militants, des membres d’ONG pressent les États d’activer la  licence obligatoire. Ce concept de licence obligatoire ou licence d’office est apparu aux États Unis à la fin du XVIIIe siècle et a été intégré aux normes internationales, dès 1925, grâce à la  Convention de Paris. D’une façon générale, le titulaire d’un brevet est libre d’exploiter  personnellement l’invention protégée ou bien d’autoriser une autre personne à l’exploiter.  Pourtant, lorsque des raisons d’intérêt général le justifient, les autorités publiques nationales peuvent autoriser l’exploitation d’un brevet par une personne tierce sans le consentement du propriétaire. Malheureusement, activer cette licence obligatoire revient à engager un bras de fer  avec diverses puissances souveraines, en particulier les États-Unis, où – rappelons-le – se  trouvent les deux sociétés qui proposent les vaccins les plus performants actuellement. 

Bref, l’enjeu économique, l’appât d’un certain profit au détriment d’une crise sanitaire, et la  peur d’une nouvelle situation conflictuelle viennent compliquer la rapidité de cette vaccination européenne. Il faut prendre son mal en patience quand nous savons qu’après le cafouillage des masques, il aura fallu près de deux mois pour relancer la production au printemps 2020. Donc,  patience et longueur de temps font plus que force ni que rage, comme l’aurait dit Jean de La  Fontaine.

Sources

Déclaration de M. Macron sur la lutte contre l’épidémie de Covid-19 et la préparation aux  futures pandémies, le 21 novembre 2020, www.vie-publique.fr (consulté le vendredi 5 mars à  01 :37). 

Licence obligatoire sur : https://www.concurrences.com/fr/glossaire-des-termes-de concurrence/licence-obligatoire (consulté le dimanche 7 mars à 00 :48). 

Pierru, Frédéric, Frédérick Stamback, y Julien Vernaudon. 2021. «Toute-puissance des  laboratoires: les brevets, obstacles aux vaccins pour tous». Le Monde diplomatique, Mars 2021.

Une Belgique à quatre régions: malédiction ou bénédiction?

Certains suggèrent que la Belgique devrait évoluer vers un pays de quatre Régions. Cette idée se retrouve certainement chez les régionalistes wallingants mais aussi au Nord du pays. Ce modèle gagne en popularité en partie parce que la Région Bruxelles-Capitale a pris plus de poids suite à une réforme antérieure de l’Etat et gère de facto des compétences communautaires. En outre, il est évident que la complexité inédite de l’Etat belge nous pousse à réfléchir à une structure de celui-ci plus simplifiée.

La division politique actuelle de la Belgique est basée sur l’existence de quatre zones linguistiques. Ce sont : le néerlandais, le français, l’allemand et la zone bilingue de Bruxelles-Capitale. Les Régions – flamande, wallonne et bruxelloise – coïncident avec le territoire de ces zones, sauf en Belgique germanophone. Pour les Communautés, la situation est plus complexe. La Communauté germanophone n’exerce ses compétences que dans la région germanophone. Les Communautés flamande et française (officieusement : Fédération Wallonie-Bruxelles), quant à elles, exercent leurs compétences non seulement dans leur région linguistique, mais aussi dans la Région de Bruxelles-Capitale.

Les compétences exercées par les Communautés sont “liées à la personne“. Ils comprennent (en tout ou en partie) des domaines tels que la culture, les médias, le tourisme et l’éducation. Les régions gèrent (une partie des) affaires liées au territoire, telles que les travaux publics, l’énergie, la mobilité ou la politique du marché du travail.

Dans une Belgique qui compte quatre Régions, les subdivisions ne coïncident en principe qu’avec les régions linguistiques, sauf à Bruxelles.

Du vieux vin dans des bouteilles neuves ?

Dans une large mesure, cette Belgique existe déjà aujourd’hui. La première raison en est la spécificité de la Région de Bruxelles-Capitale. D’une part, les deux grandes Communautés sont responsables séparément de questions telles que la culture, l’éducation, la jeunesse et le bien-être. Ils exercent ces pouvoirs par l’intermédiaire d’organes distincts (les commissions communautaires). D’autre part, les Communautés ont également des compétences communes par le biais de la Commission communautaire commune (COCOM). Cela concerne, par exemple, les allocations familiales, l’intégration des migrants et la gériatrie résidentielle. La COCOM est composée de membres du gouvernement et du parlement de la Région de Bruxelles-Capitale.

En outre, depuis la sixième réforme de l’État, la Région bruxelloise exerce, en plus de ses propres compétences, des compétences communautaires dans le domaine du sport et du tourisme. En bref, à Bruxelles, de nombreuses matières qui relèvent effectivement de la compétence des Communautés sont de facto et de jure également exercées par la Région.

Inversement, selon l’article 139 de la Constitution belge, la Communauté germanophone peut gérer des compétences qui sont normalement exercées par la Région wallonne. Elle le fait déjà pour le logement et l’aménagement du territoire. 

Enfin, sur le plan institutionnel, la Région flamande et la Communauté flamande ont déjà fusionné en 1980. La conséquence curieuse de cette situation est que lorsque des questions qui ne concernent que la Région flamande sont décidées, seuls 118 des 124 membres du Parlement flamand ont le droit de vote. Les six membres de ce parlement qui ont été élus à Bruxelles ne peuvent pas voter.

Une différence entre le modèle des quatre Régions et celui que nous connaissons aujourd’hui est que la Communauté germanophone serait officiellement mise sur le même pied que les autres Régions. Ce ne serait que la confirmation d’une situation factuelle. En théorie, Bruxelles deviendrait également une Région autonome. Mais elle l’est déjà en partie aujourd’hui. Cependant, les Communautés disparaîtraient. En soi, cela semble effectivement être une simplification. Mais il reste à voir si c’est le cas dans la pratique. Car la plupart des défenseurs du modèle des quatre Régions souhaitent que les Communautés continuent d’exister sous une forme ou une autre pour certaines questions, comme l’éducation ou la culture. Ainsi, la structure complexe actuelle continuera d’exister à Bruxelles sous une forme ou une autre. 

De plus, les Régions sont beaucoup plus nuisibles à la cohésion de l’État belge que les Communautés. Ces dernières ont encore le mérite de lier institutionnellement la Région de Bruxelles-Capitale. Il suffirait d’enlever les Communautés et les quatre entités fédérées restantes deviendraient des îles institutionnelles, encore plus qu’aujourd’hui.

Pas de stabilisation

L’objection fondamentale au système proposé est que la réforme ne stabilisera pas le fédéralisme belge. A moins que l’on ne pense naïvement que la quatrième, la Région germanophone, apporterait un contrepoids aux autres entités fédérées. Mais nous ne voyons pas comment les représentants de 70 000 citoyens pourraient stabiliser la Belgique politique. De plus, les entités fédérées sont et restent déséquilibrées. La Flandre compte deux fois plus d’habitants que la Wallonie, et près de 1000 fois ( !) plus d’habitants que l’actuelle Communauté germanophone. Cette Communauté a une superficie de 854 km² (plus de deux fois plus petite que l’arrondissement de Verviers, dont elle fait partie !).

Penser que le nationalisme en Belgique sera stoppé parce que 70 000 habitants (Anvers en compte 500 000) auront une “Région à part entière” semble donc plus un vœu pieux qu’une réalité politique. Ou bien les nationalistes vont-ils abandonner leur combat parce que quelques hameaux obtiennent plus d’autonomie ? 

Regardons les choses en face. Les problèmes de la vie communautaire en Belgique ne seront pas résolus par l’acquisition d’une région par la population germanophone. En fait, c’est le contraire qui risque de se produire. La province de Liège va se désintégrer (comme le Brabant avant elle) et, à mesure que les compétences germanophones s’étendent, une dynamique autonomiste risque de se développer, les politiciens germanophones s’efforçant de créer leur propre État régional. Aujourd’hui, la Communauté germanophone peut déjà conclure des traités internationaux. En fait, elle peut même entraver le fonctionnement de l’UE. En effet, dans les “traités mixtes”, chaque État fédéral dispose d’un droit de veto unilatéral. Bruxelles peut avoir une population relativement importante. Mais dans un système avec deux Etats fédérés dominants, le territoire bruxellois n’a pas assez de poids. De plus, Bruxelles est traversée par deux communautés politiques.

Par conséquent, ni les entités germanophones ni les entités fédérées bruxelloises ne sont en mesure de fournir un système multipolaire stable en raison du nombre de leurs habitants et, en ce qui concerne la Région de Bruxelles-Capitale, de leur superficie. Néanmoins, tous les pays fédéraux (multilingues) (Canada, Suisse, Allemagne, Afrique du Sud, etc.) se composent d’au moins six entités dont les frontières sont neutres, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas fondées sur des frontières supposées de langue, d’origine ou de religion. 

Aucun inconvénient supprimé

C’est précisément en développant un système fédéraliste basé sur les frontières linguistiques que le nationalisme linguistique a été maintenu, est alimenté et continue à être alimenté. Quatre Régions est en tout cas trop peu et ne supprimera pas les inconvénients du fédéralisme linguistique, bien au contraire. De plus, quatre États fédéraux ne sont pas équilibrés. Il s’agit de 2 + 0,5 (Bruxelles) + 0,25 (région germanophone) Régions. Ce n’est ni efficace ni harmonieux.

Le fait qu’il y ait une référence aussi forte à quatre sous-régions prouve aussi, bien sûr, qu’il est maintenant clair qu’un double fédéralisme flamand et wallon ne fonctionne pas. Seulement : la logique n’est pas assez étendue. Car l’idée même de quatre régions repose sur le double système pernicieux susmentionné qui ne peut pas fonctionner et qui a pour but – ou du moins pour effet secondaire – de monter les groupes linguistiques les uns contre les autres.

Un système dans lequel les pouvoirs sont attribués sur la base d’une frontière linguistique est totalement illogique: la langue n’a rien à voir avec la justice, l’économie, l’environnement, l’agriculture ou les transports. Si l’avenir appartient à des régions linguistiquement homogènes, l’Union européenne devrait être abolie immédiatement et le monde divisé en au moins 5 000 États et mini-États.

Belgique 0.2?

Il est également frappant de constater qu’un nombre non négligeable de partisans de cette Belgique 2.0 s’efforcent en fait, peut-être involontairement et sans le vouloir, d’obtenir une Belgique 0.2. Dans ce système, toutes les compétences sont transférées aux États fédéraux (c’est-à-dire les Régions) et la fédération ne reste compétente que pour quelques matières résiduelles, comme la défense, les grandes lignes de la politique étrangère, la sécurité et les aspects de la sécurité sociale. Mais comment le problème de la mobilité en Belgique sera-t-il résolu avec l’introduction de quatre règlements de circulation ? Et notre pays sera-t-il vraiment plus sûr avec quatre ministères de la justice ? Une politique de santé qui diffère à Bruxelles, Eupen, Namur et Ostende ne semble pas non plus particulièrement efficace.

Et puis il y a l’aspect financier. Le modèle proposé crée deux “villes-états” en Belgique (Bruxelles et la Belgique germanophone) qui ne disposent pas de ressources suffisantes pour mener leur propre politique (judiciaire et socio-économique). À moins, bien sûr, que les impôts à Bruxelles et en Belgique germanophone ne soient tellement augmentés que seuls les très riches peuvent s’y installer. Cela aurait sa place dans un modèle antisocial, où le droit pénal diffère selon la langue et le lieu de résidence.

Un mot sur le principe de subsidiarité. On entend souvent dire qu’il est préférable que les pouvoirs soient exercés le plus près possible du citoyen. Mais dans le système actuel et proposé, les deux plus grandes Régions, où vivent 90 % de la population, sont à peine plus petits que l’État lui-même. Dans ce contexte, il est impossible de parler d'”économies d’échelle”.

Une Belgique viable n’est possible que si le nationalisme et la dualité linguistique sont exclus du cadre institutionnel. Cela peut se faire simplement en remplaçant les institutions porteuses de ce nationalisme, les Communautés et les Régions, par des entités neutres. Et il doit y en avoir (beaucoup) plus que quatre. La bonne nouvelle, c’est qu’elles existent déjà aujourd’hui : les villes, les arrondissements et les Provinces. Il n’y a pas une seule compétence des États fédérés actuels qui ne puisse être exercée d’une part par l’État central (ou l’UE) et d’autre part par les administrations subordonnées.

L’intention est donc, d’une part, de créer une unité dans la législation en Belgique. Les lois sont votées au niveau de l’État central qui, soit dit en passant, transpose également les règlements européens en lois. D’autre part, les lois (cadres) sont mises en œuvre, le cas échéant, par des autorités subordonnées : les provinces (ou arrondissements) et les villes. De cette manière, sous tutelle nationale, une politique adaptée à la riche diversité de notre pays peut être menée.

En bref, une décentralisation efficace, comme aux Pays-Bas, garantit une politique unifiée et pourtant très proche du citoyen. Ainsi, le paradigme nationaliste est remplacé par un paradigme qui valorise la bonne gouvernance.

Signataires

Steven ARRAZOLA DE ONATE, Vice-président Jong VLD Brabant

Laurien BAMPS, Conseiller communal Open VLD, Sint-Truiden

Cindy CLAEYS, Présidente des Jeunes MR, Komen-Waasten

Elias ERPELS, Président Open VLD, Puurs-Sint-Amands

Arno PAULUS, Membre du conseil d’administration Jong VLD

Joris PIJPEN, Echevin Open VLD, Hoeilaart

Bob VANGEEL, Président honoraire Jong VLD, Leuven

Bruno YAMMINE, Docteur en Histoire, Leuven

Retrouvez la version originale en néerlandais via ce lien: 

https://www.liberales.be/teksten/vier-gewesten

Mise au point féministe

Par Gauthier Jacques, journaliste Piccolo

Le féminisme ne date pas d’hier, tant s’en faut, et heureusement devrais-je dire. Nous n’allons évidemment pas retracer l’histoire du féminisme, bien qu’intéressante, car ce n’est pas le propos de cet article. Il est toutefois important de comprendre qu’une personne dite féministe n’est pas une vieille lesbienne avec des poils en-dessus des bras comme certains pensent. Nous sommes toutes et tous féministes, ou du moins nous devrions l’être dans une moindre mesure, même si nous n’osons – je ne sais pour quelles raisons – pas nous définir comme tel. 

La révolution féministe a pris un tournant mondial grâce à l’apparition du mouvement #Metoo qui a permis une certaine transcendance intergénérationnelle mondiale. En effet, ce mouvement transcende les classes sociales, les couleurs de peau, etc. Ce mouvement est capital dans la lutte féministe car les femmes ont pu se rendre compte qu’elles n’étaient pas seules et que, à un endroit de la terre, une autre femme a, elle aussi, partagé cette même expérience : agressions verbales, agressions physiques, viols, etc. D’autres mouvements ont aidé la propagation des idées féministes, parfois de manière violente même. C’est notamment le cas des FEMEN, groupe féministe d’origine ukrainienne, fondé à Kiev en 2008 par Hanna Hutsol, Oksana Chatchko et Oleksandra Shevchenko. Bien que je ne sois pas particulièrement en faveur de leurs méthodes – que je trouve trop violentes – je pense que ce mouvement a remis en question la dualité du sein féminin.

Jadis, nous avions tantôt, un sein nourricier, tantôt, un sein sensuel, dédié aux plaisirs charnels. Les FEMEN rajoutent ce que j’appellerais le sein politique. En effet, ces dernières utilisent leurs poitrines pour y inscrire des messages politiques, courts, mais percutants. Petite parenthèse quant à cette poitrine qui choque toujours autant. Prenons l’exemple d’un homme qui se promène torse nu – nous voyons déjà bien facétie langagière car nous pourrions très bien parler de poitrine, certes non-développée chez l’homme, mais bon – il ne recevra probablement aucune critique dans la rue. Or, si nous prenons une femme qui se promène, tout comme l’homme, seins nus… mon dieu… les insultes, sifflements, regards obscènes sortent à profusion… Pour terminer avec ce mouvement, j’aimerais nuancer mon propos. Je ne suis pas contre le mouvement en tant que tel mais contre les pratiques utilisées pour leurs revendications. En effet, je ne trouve pas utile d’exposer ces seins avec un slogan politique. Je pense même que cette attitude peut desservir leur cause car cela renforce les propos de certains machistes qui diront « regardez, vous voyez bien, ce sont des sauvages ». Alors que non, ce sont des personnes exaspérées par les conditions sociales, politiques, économiques, psychologiques, dans lesquelles elles vivent.

Tous ces mouvements montrent, cependant, que nous vivons toujours dans une société phallocrate, misogyne, où les femmes n’ont pas toutes les mêmes droits tout simplement à cause d’un fait biologique simple : être femme. Inutile de vous mentionner les conditions horribles, ineffables, que ces femmes vivent quand on leur ajoute de simples adjectifs comme : noires, lesbiennes, obèses, transgenres, et la liste est encore longue. Nonobstant, si le féminisme est loin d’être velléitaire, il ne doit pas – selon moi – perdre son temps à des idioties contemporaines. En effet, bien que je sois en faveur de la féminisation de professions, je suis – d’un point de vue linguistique – purement contre l’écriture inclusive. Elle rend la lecture incompréhensible et, selon moi, peut avoir un effet contreproductif et, donc, nuire à l’image positive escomptée par cette action. 

Enfin, pour conclure, je dirais que la conscience féministe devrait, toutes et tous, nous habiter et que la lutte ne fait que de commencer. Mais nous, féministes, femmes et hommes, respectueuses et respectueux d’autrui, nous mènerons le combat et ça sera, un jour ou l’autre, payant !

Être libérale et militante de “Black Lives Matter”, une riche liberté

Par Bélinda Gérard, co-Présidente des Jeunes MR d’Ixelles.

Jeune MR depuis plus de 7 ans, je représente actuellement les jeunes libéraux ixellois au titre de co-Présidente des Jeunes MR d’Ixelles. Co-présidence que j’ai tenue à conduire cette année car active depuis plus de 4 ans au sein du comité des jeunes MR d’Ixelles comme Secrétaire Politique et membre active, je souhaitais apporter mon optimisme et représenter notre jeunesse, si diversifiée, au sein du territoire d’Ixelles.

Être libérale et militante de “Black Lives Matter” était pour moi un moyen d’exprimer certains droits et l’expression de libertés importantes pour la communauté afropéenne le 7 juin dernier. Cette manifestation mondiale portait plusieurs messages pour les droits civiques et la justice sociale des afro du monde entier. Le point déclencheur de ces différentes manifestations fut l’écho de la mort tragique d’un homme noir sous le genou d’un policier blanc dans la situation sociale et politique que connaît encore les États-Unis d’Amérique. Les manifestants du monde entier et les différentes marques de solidarités postées sur les réseaux sociaux en soutien aux souffrances connues par ces communautés ont amenées le monde à prendre conscience des inégalités sociétales et spécifiquement celles vécues par les hommes et les femmes noirs aux Etats-Unis.  Des centaines de milliers de personnes sans clivages de couleurs et solidaires à l’histoire de George Floyd ont témoignés à travers les réseaux des gestes de solidarités sous différentes formes. Le MR, sous la Présidence de Georges-Louis Bouchez, a aussi tenu à afficher le visage de Martin Luther King, une figure hautement reconnue pour avoir prôné les droits des Afro-Américains et leur intégration égalitaire dans la société américaine.

Les origines du mouvement “Black Lives Matter”

Le mouvement “Black Lives Matter” traduit en français comme « la vie des Noirs compte » est un mouvement né en 2013 aux USA pour les droits civiques des Afro-Américains. Ce mouvement politique et militant porte la voix des Afro-Américains témoignant de nombreuses histoires de victimes de violences policières, de profilage racial et d’inégalités raciales à l’encontre des Noirs aux États-Unis d’Amérique. Comme nous le savons, l’histoire de cette opposition raciale n’a pas de cesse depuis la ségrégation des suprémacistes blancs sur les communautés afro-américaines qui existaient dans les années 1960.

L’histoire de George Floyd et de l’agent représentant les autorités de la ville de Minneapolis (USA), Derek Chauvin, en pleine épidémie de coronavirus s’est répandue comme une traînée de poudre à travers les réseaux sociaux, réveillant les mémoires sur les trop nombreux faits de violences policières et de familles endeuillées connues dans les communautés afro des Etats-Unis.

Ma sensibilité de jeune libérale afropéenne m’a donné l’envie de manifester auprès de la population belge venue de toutes les régions de notre pays brassant les diversités de notre nation en âges, en couleurs de peaux, en confessions religieuses, en langues au regard de cette histoire. Cette expression démocratique après le 1er confinement a été un geste témoignant de la solidarité envers un homme représentant une cause noble et le désir enfin de plusieurs citoyens de revenir à la liberté d’exprimer collectivement la volonté d’un avenir commun meilleur dans l’appel à revoir les égalités de société.

Soutien du MR de Bruxelles lors de la manifestation de BLM début juin 2020

Une lutte et des figures internationales

Dans cette lutte pour l’égalité des droits et l’intégration de chacun dans une vie sociale et économique non-violente, plusieurs figures majeures de l’histoire des droits des hommes et des genres ont marqué le monde dans le rapport au changement pour une meilleure vie en collectivité. Je voudrais citer ici pour exemple le Mahatma Gandhi, René Cassin, Hend Amry ; des personnalités qui ont rayonné sur la scène internationale pour leurs actions humanistes et primé pour leur militantisme.

En ce qui concerne les droits spécifiques à l’intégration des Noirs au sein des sociétés, plusieurs acteurs majeurs du changement ont également ouvert des brèches apportant aux communautés afro du monde entier la possibilité de contribuer et de manifester le changement.

    • Dorothy Counts, figure de proue de la lutte pour l’éducation ; la première Afro-Américaine à intégrer le lycée Harding de Charlotte réservé aux Blancs, en 1957. Un événement, trois jours seulement après la décision de la Cour suprême de mettre fin à la ségrégation à l’école.
    • Martin Luther King figure mondiale de la lutte des droits Afro-Américains et pour la justice sociale et économique des Afros. Martin Luther King a de nombreux succès dont la Marche de Selma à Montgomery conduite le 21 mars 1965 en faveur des droits de vote des Noirs. Cette marche a réuni 25 000 personnes. Au départ de cette marche 3000 militants partaient de Selma et, portés par le soutien d’autres militants, sympathisants blancs, religieux et laïcs, cette marche a été un succès collectif et solidaire. Le cortège a pu franchir sans encombre le comté de Montgomery, grâce à la protection du pouvoir fédéral.
    • Nelson Mandela, homme d’État d’Afrique du Sud, il s’est battu toute sa vie pour la lutte contre la ségrégation sociale, l’oppression et la pauvreté ce qui lui a valu de faire 20 ans de prison pour ses convictions et son militantisme pacifique. En 1993, il reçoit des mains de son Président Frederik Klerk, le prix Nobel de la paix pour avoir mis fin au régime de l’apartheid conjointement et pacifiquement. En 1994, Nelson Mandela devient le premier Président noir de l’Afrique du Sud. 

En effet, toutes ces figures ont été des acteurs majeurs du changement pour la lutte pour l’intégration des Noirs dans une société sociale et économique internationale. Cependant, ces changements ne sont pas faits sans relever certaines difficultés vécues et affronter bien des défis. 

La manifestation pacifique du 7 juin 2020 à Bruxelles en soutien au mouvement « Black Lives Matter » a réuni plusieurs associations. Plus de 10 000 personnes se sont mobilisées pour soutenir toutes les victimes de meurtres raciaux dénombrés ces dernières années aux États-Unis, en Europe et plus proche de nous en Belgique.

La principale revendication de ce rassemblement était de stopper le racisme systémique contre les Afro-descendants et contre les personnes racisées en Belgique. Il a également été réclamée justice pour les familles de Moïse Lamine Bangoura et de Ndolovite Ferraz Dieumerci Kanda, pour Adil Charrot, Mawda Shawri, Mehdi Bouda et pour toutes les autres victimes dont on ne connaît pas encore les noms.

Encore du travail à accomplir

La Belgique en haute délégation et présidé par l’ancien Vice-Premier Ministre libéral des Affaires Étrangères belges, Monsieur Louis Michel, s’est exprimé au nom de l’Union Européenne et des pays européens associés lors de la conférence de Durban sur les droits humains en 2001. Monsieur Louis Michel a soutenu la volonté d’appliquer un plan national d’action interfédérale de lutte contre le racisme (NAPAR) qui s’est discuté en marge de la conférence de Durban 2001.

Toutefois plusieurs discussions nationales n’ont toujours pas abouties à la mise en application de ce plan. Concernant les recommandations et revendications introduites auprès de plusieurs décideurs, la jeunesse et les militants afro-belges ont pointé du doigts les points sensibles et à travailler ensemble. 

Les thématiques abordent l’éducation (la jeunesse), les violences policières, le sport, et la décolonisation des lieux publics.

Le mouvement “Black Lives Matter” initié aux États-Unis se veut être une continuité des travaux pour les droits civiques et l’intégration sociale et économiques des Afro-Américains. Une continuité qui se veut être l’héritage laissé par Martin Luther King et bien d’autres activistes pacifiques de par le monde pour les droits civiques et l’intégration pleine des Afros de toutes les sociétés démocratiques. 

Dixit Louis Michel : « La lutte contre ces fléaux doit donc naturellement nous unir tous, nous rassembler, nous mobiliser pour dire non à la fatalité. » Conférence de Durban 2001

Dixit Martin Luther King: « Vous pouvez obtenir ce que vous voulez de qui vous voulez en maintenant une confrontation constante et pacifique. » Marche de Selma 1965

Sources: 

https://www.lefigaro.fr/international/2018/04/04/01003-20180404ARTFIG00077-ces-activistes-qui-ont-perpetue-le-combat-de-martin-luther-king.php

https://www.lefigaro.fr/histoire/archives/2015/03/06/26010-20150306ARTFIG00067-sur-la-route-de-selma-a-montgomery-une-page-de-l-histoire-americaine-se-tourne.php

Le confinement vécu dans les écoles : Témoignage d’un Jeune MR professeur de français de 2e secondaire

Par Alexandre Piette, membre Jeunes MR

Une école qui a dû se réinventer dans la précipitation

Le jeudi 12 mars, en fin de soirée, après l’annonce de Sophie Wilmes, le Covid-19 a pris de court tout le monde. Brusquement, les cours seront suspendus, à partir du lundi 16 mars et nous voilà face à une situation inédite que nos écoles n’ont plus connu, depuis la Seconde Guerre Mondiale. Il faut donc la réinventer !

Le vendredi 13 mars, l’ambiance dans notre établissement est très particulière car personne ne sait exactement comment les choses vont se dérouler durant les prochaines semaines et prochains mois. Nous devons apprendre à accepter les choses qui nous dépassent, y compris quand cela modifie grandement nos habitudes. Chacun est appelé à mettre de côté ses désirs individuels, à adopter une attitude citoyenne et responsable.
C’est vrai pour les écoles, les professeurs, les élèves et c’est bien plus vrai encore pour toute la société. Ce jour-là, sur le temps de midi, une réunion de crise est organisée, dans l’urgence, par notre direction. Il faut gérer les premiers cas d’élèves contaminés, tout en tentant de continuer d’assurer l’enseignement, sous une forme virtuelle et non plus présentielle, comme nous en avons toujours eu l’habitude.

Dans ce cadre, les premières semaines ont été fastidieuses. En effet, bien que la plupart des collègues se soient mobilisés avec la direction et le service informatique pour entretenir virtuellement, comme nous le pouvions, du lien avec nos étudiants, tout en assurant la continuité des apprentissages ; il faut bien reconnaître que nous avons dû, bien souvent, un peu bricoler, et nous approprier progressivement, en autonomie, confiné, chacun de notre côté, le Google Drive de l’école, créé pour l’occasion.

Même si, dans un premier temps, l’idée d’utiliser cet outil informatique gratuit aux multiples facettes (visioconférences, journal de classe virtuel, courriels, cours en ligne …) pouvait nous paraître intéressante et comme étant une opportunité, au sein d’un monde de plus en plus virtuel pour les jeunes, il faut bien reconnaître que gérer les élèves, au cas par cas, en mode confinement a été compliqué pour la plupart d’entre nous car au fil des semaines, nous avons pu remarquer que nous n’étions pas tous sur un même pied d’égalité ; au moment où la fracture numérique, dans certaines familles mais aussi chez certains enseignants moins expérimentés se faisait de plus en plus grande. L’absence de connexion Internet, d’imprimante, le manque d’encre ou de papier ou encore la méconnaissance des systèmes d’utilisation ont rendu impossible chez certains la réalisation des travaux demandés. Dans de telles situations, comment s’assurer de la compréhension des communications si tant est qu’elles puissent parvenir à leurs destinataires ? A fortiori, face à l’absence de réponses de certaines familles, comment évaluer leur degré d’équipement ? Et comment préserver les élèves dans cette équation ? Le besoin est à la fois matériel (ordinateurs, tablettes) et technique (accompagnement des enseignants et des élèves), mais il relève aussi de la sélection et de l’exploitation d’un outil numérique adapté aux réalités. Il paraissait donc difficile de proposer des solutions ‘’clé sur porte’’ tant les besoins étaient nombreux, variés et dépendants du contexte de notre établissement.

Dans notre école, comme dans d’autres certainement, cette crise nous aura probablement permis de penser à l’avenir pour mettre en place progressivement une école numérique, comme souhaitée par les politiques de toutes convictions, depuis plusieurs années. 

C’est pourquoi, dès la rentrée de septembre et quel que soit le scénario de celle-ci, en fonction de l’évolution de l’épidémie, il faudra certainement envisager une certaine forme de systématisation du numérique dans nos futures pratiques pédagogiques et sans doute réinventer notre école, mais sans jamais perdre de vue les valeurs humaines qui la composent. Le numérique doit rester un outil et ne se substituera jamais à la vraie relation pédagogique entre un professeur et ses élèves en salle de classe car être enseignant, ce n’est pas être assis devant un ordinateur mais être en classe. Nous avons besoin de nos élèves, même si cette vocation n’est pas rose tous les jours et que son importance, dans la société, pour permettre l’émancipation sociale de chacun, est de moins en moins reconnue par l’opinion publique.

Une fin d’année très particulière, en demi-teinte…

Fin avril, le CNS a décidé d’autoriser la réouverture progressive des écoles, dans des conditions d’hygiène strictes ; à partir du 18 mai, pour les rhétos et du 25 mai, pour les deuxièmes secondaire.

La plupart des membres du personnel de notre école étaient plutôt heureux de cette décision car ils estimaient qu’un retour en présentiel des élèves, leur permettrait de récupérer un certain rythme de travail, tout en évitant l’accroissement de la fracture numérique entre plusieurs d’entre eux. Néanmoins, sur le terrain, la mise en œuvre des mesures d’hygiène imposées par le CNS n’a pas été chose aisée. En effet, constatant une certaine difficulté pour la Fédération Wallonie-Bruxelles à fournir des masques et tout le matériel nécessaire à cette rentrée, notre pouvoir organisateur, la direction avec les différents membres du CP (conseil en prévention) ont pris la décision de reporter la rentrée des élèves des dernières années au lundi 25 mai et celles des 2e, au mardi 02 juin, afin de se donner le temps et les moyens de tout mettre en œuvre pour assurer un maximum de sécurité pour les élèves et l’équipe éducative. D’un point de vue pédagogique, pour la direction, il a aussi semblé important de réaliser des conseils de classe préparatoires, avant cette reprise de la fin mai. L’objectif de ceux-ci était, sur base des résultats et/ou des choix des élèves pour l’année scolaire suivante, de cibler ceux en situation d’échec et/ou pour lesquels un projet de réorientation devait être déterminé, avant la fin du mois de juin. Tout cela dans le but d’éviter un éventuel décrochage scolaire.

Mais, quelques jours plus tard, quand nous avons appris les conditions pratiques dans lesquelles cette reprise allait se faire, nous étions plutôt sceptiques. En effet, la Ministre de l’enseignement obligatoire, Caroline Désir (PS), a décidé de laisser le choix aux parents, d’un retour ou non de leur enfant à l’école, en suspendant temporairement l’obligation scolaire. Grave erreur pour la plupart d’entre nous car se sont souvent les jeunes les plus en difficultés et les plus défavorisés qui choisiront de ne pas y revenir. De ce fait, dans la suite de leur parcours d’apprentissage, ils risquent d’augmenter leur risque d’échec scolaire voire de décrochage complet. Dans notre établissement scolaire, il faut l’admettre, nous avons la chance d’avoir en grande majorité des jeunes issus de familles de la classe moyenne, mais en vivant notre rentrée très particulière, et en discutant sur les réseaux sociaux, avec plusieurs collègues, d’autres écoles dites « moins favorisées », notre théorie s’est malheureusement vite confirmée : les apprenants les plus en détresse ne sont pas rentrés. 

Pour terminer, concernant les délibérations de la fin de l’année scolaire, la plupart d’entre nous avons été surpris par les décisions de la Ministre. En effet, sa directive mentionne que « au vu des circonstances, le redoublement devra être exceptionnel, en tenant compte uniquement du travail certificatif fourni entre le début de l’année scolaire et le 13 mars ». Même si les élèves ne sont pas responsables de cette situation inédite et que nous ne savons pas ce que certains ont pu vivre, dans un cadre privé, tout au long du confinement ; pour ma part, je pense que cette politique du laisser-passer au bénéfice du doute ne leur rendra pas service. En effet, d’expérience, nous savons, comme enseignant, qu’un élève ayant un ou plusieurs échecs significatifs, en mars, aura peu de chance de réussite, en juin. Bien que des aménagements d’aide et de remédiation soient promis par la Ministre, à partir du mois de septembre, nous craignons, comme enseignant, un report de l’échec et même un certain découragement de la part de l’élève pouvant mener au décrochage car celui-ci aura mal été orienté. Effectivement, légalement, en fin de 2e secondaire, un apprenant obtenant son CE1D, en juin, peut s’inscrire, l’année suivante, dans une 3e secondaire de son choix, c’est-à-dire dans une orientation générale, technique ou professionnelle. 

Même si aujourd’hui, nous ne savons pas encore comment se déroulera l’année scolaire 2020-2021, toutes ces mesures promises « à chaud » par la Ministre, nous paraissent malheureusement peu réalisables sur le terrain, et ne feront que renforcer davantage les inégalités sociales entre les élèves.

Nouvelles technologies & Covid-19 : quelle place pour les libertés individuelles ?

Drones de surveillance des forces de police, logiciels anti-fraude des universités, applications de traçage des gouvernements… Pour sortir de la crise sanitaire, les nouvelles technologies viennent à la rescousse de nos institutions. Mais à quel prix ?

Par Guillaume Soupart, membre Jeunes MR

La crise du coronavirus qui touche l’Europe depuis bientôt deux mois a bouleversé nos comportements. Elle a également chamboulé le travail de nos hôpitaux et de nos instances démocratiques. Et elle a mené notre gouvernement dirigé par la Première ministre Sophie Wilmès (MR) à réaliser un exercice d’équilibriste. Aussi, elle a mis en exergue les difficultés que notre système institutionnel a engendrées suite aux nombreuses Réformes de l’État. Enfin, elle a modifié nos habitudes et atteint au cœur nos droits et libertés : liberté d’aller et venir, droit de quitter le pays (ou d’y entrer), libertés de réunion, d’aller à l’école, …

Les nouvelles technologies sont venues aider nos sociétés. Combien de fois a-t-on entendu qu’il aurait été difficile de traverser cette crise sans leur précieuse aide ? Les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) sont en pleine forme dans les marchés boursiers. Les E-peros se multiplient, les réunions en tout genre pullulent sur Zoom, les cours de l’enseignement supérieur se dispensent sur Teams, les emails virevoltent et, pour beaucoup, le télétravail est devenu la norme, les caisses enregistreuses ne fonctionnent presque plus qu’au paiement virtuel encouragé par l’augmentation des limites bancaires du paiement sans contact …

Toutefois, les nouvelles technologies sont également venues apporter leur soutien à des mesures plus intrusives et certainement dans des situations que nos esprits considèrent comme plus délicates, plus intimes.

D’une part, des drones ont survolé l’Europe. Des drones dans les rues, cela avait été vu en Espagne à la mi-mars, puis la pratique s’est installée en France. Un objectif : faire respecter le confinement en diffusant des messages à la population. Récemment, une commande de 651 drones a été publiée au Bulletin officiel des annonces des marchés publics français. Celle-ci a suscité de nombreuses tensions et parmi celles-ci surtout, la raison pour laquelle une telle commande devait être réalisée. La presse flamande a fait état également de l’usage de drones équipés de caméras de chaleur dans la zone de police de Bredene/Le Coq.

D’autre part, si les universités et établissements d’enseignement supérieur ont depuis longtemps intégré dans leur pratique l’utilisation de logiciels anti-plagiat, la crise du Covid-19 les a poussés à réfléchir encore plus loin, les examens devant se tenir à distance. Du côté de l’Université Catholique de Louvain (UCL), on s’est doté de logiciels informatiques permettant la surveillance à distance pour certains examens comprenant le blocage d’accès à internet et aux fichiers de l’ordinateur ainsi que la vidéosurveillance – dans le respect du RGPD, nous dit-on. À l’Université libre de Bruxelles (ULB), l’Université de Liège (ULiège), l’Université de Mons (UMons) l’Université Saint-Louis (USLB) et l’Université de Namur (UNamur), on opte pour la ‘confiance’, des questions plus transversales ou des chartes signées par les étudiants.

Enfin, le déconfinement sera accompagné de plusieurs dispositifs conseillés par les comités scientifiques. Celle qui fait le plus parler d’elle est l’application de traçage. Le concept est simple : grâce au Bluetooth, tous les appareils dans le voisinage du vôtre seront identifiés et s’il se trouve un porteur contaminé parmi eux, vous en serez avertis. Cela permettra d’enrayer la propagation du virus en isolant préventivement les personnes exposées, en les incitant à se mettre en quarantaine, à consulter un médecin ou à se faire tester.

La belgian touch est classique : les Régions sont compétentes mais la protection des données reste dans le giron fédéral, quatre Ministres, quatre administrations et la création d’un organe de concertation dirigé par Emmanuel André (ULB) chargé de la coordination du comité interfédéral « testing & suivi des contacts » – tout un programme ! Le traçage sera également réalisé par 2.000 enquêteurs pour identifier les citoyens potentiellement contaminés. Ces derniers auront accès à une plate-forme digitale commune aux trois entités fédérées.

Arrivent alors les questions liées à la cybersécurité, au respect du Règlement Général de Protection des Données – nouveauté européenne qui a fait couler beaucoup d’encre et soulevé de nombreuses interrogations – et à l’atteinte aux libertés, étendards de nos sociétés libérales. Elles sont débattues dans nos Parlements en ce moment-même.

Synthèse des arguments politiques belges à ce propos :

  • Définition stricte du concept et base légale spécifique

Le traçage existe déjà en Belgique mais il ne se fait que via des enquêteurs. Une application permettrait d’automatiser et d’intensifier ce processus. La Belgique exclut de recourir à la technologie GPS, ce qui permettrait de pister et de géolocaliser les individus. La piste envisagée est l’utilisation du Bluetooth permettant uniquement de retracer les relations sociales entre les individus.

En outre, il est important d’entériner le dispositif prévu dans un texte législatif ou un arrêté royal de pouvoirs spéciaux. Le RGDP permet une collecte de données si elle est réalisée dans un but d’intérêt général, si elle est nécessaire et si elle est efficace. La Secrétaire générale du Conseil de l’Europe a précisé que « Ce type de système ne peut être réalisé que si les preuves scientifiques démontrent de manière convaincante que les avantages potentiels en termes de santé publique sont supérieurs à ceux que procureraient d’autres solutions moins intrusives ».

  • Participation volontaire au traçage électronique

Aucun parti politique ne veut rendre le tracing obligatoire. Le Président du MR, Georges-Louis Bouchez, a souligné que le système mis en place, pour qu’il soit efficace, devait remporter une grande adhésion permettant ainsi d’obtenir une base statistique suffisante – servant d’appoint aux enquêteurs régionaux. Pour ce faire, il faut lever toute ambiguïté sur son utilisation en menant un débat public menant à un large consentement des citoyens. Celui-ci devra être libre et éclairé, notamment en permettant un accès en licence libre à l’application afin d’être transparent.

60% de la population devrait y recourir pour obtenir un résultat optimal. À Singapour, seuls 16% de la population ont téléchargé l’application avant que les mesures de confinement soient finalement prises par les autorités publiques. Se pose toutefois la question de la stigmatisation des personnes qui ne souhaitent pas télécharger l’application.

  •  Collaboration européenne

Nous le savons : l’Union européenne n’a aucune compétence dans ce domaine. Toutefois, il reste important de garder à l’esprit que, bien qu’ils soient limités, les transferts transfrontaliers continuent ne serait-ce que pour citer un exemple le personnel de santé belge résidant au Pays-Bas, en Allemagne, au Luxembourg ou en France.

  •  Anonymisation et décentralisation des données & accès aux données limité

L’anonymisation des données n’est pas une mince affaire. En effet, le fichier des malades du Covid-19 est pseudonymisé avec des mécanismes cryptographiques. Cependant, ce numéro pourrait être désanonymisé en le combinant avec d’autres informations dans la base de données, ou extérieures à la base de données, ou encore par adresse IP. Il ne s’agit donc pas d’une base de données anonyme telle que définie par le RGPD. Cette base contient donc des données à caractère personnel au sens de l’article 9 du RGPD et qualifiées de sensible puisqu’il s’agit de données de santé.

Dans un système décentralisé, la liste des contacts rencontrés par une personne diagnostiquée n’est pas connue par une autorité centrale. Cela permet également d’éviter une commercialisation ou une externalisation des données.

  • Limitation dans le temps et contrôle continu par l’Autorité de protection des données

La limitation dans le temps et le fait que les données soient uniquement utilisées pour lutter contre le Covid-19 relèvent du principe de proportionnalité qu’exige toute atteinte aux libertés fondamentales.

L’Autorité de protection des données (APD) a été consultée en urgence afin de rendre un avis sur deux avant-projets d’arrêtés royaux portant respectivement sur l’utilisation d’applications de traçage et sur la constitution d’une base de données « afin de prévenir la propagation du coronavirus ». Cette autorité rappelle que la protection des données personnelles n’est pas un obstacle à la mise en place d’outils technologiques dans le cadre de la lutte contre l’épidémie Covid-19, tant que ceux-ci respectent certains principes fondamentaux. Les textes normatifs qui prévoient et encadrent l’utilisation de ces outils doivent notamment être précis et complets pour assurer une transparence optimale vis-à-vis du citoyen et la nécessité de recourir à une application de traçage doit être démontrée, estime l’APD.

  • Difficultés liées à l’analyse et l’exploitation des données

Une telle application se base sur l’utilisation généralisée de smartphones. Il faut également souligner qu’aucun consensus a été établi quant à la durée et la distance de proximité justifiant d’alerter une personne entrée en « contact » avec une autre personne contaminée. Il se pose également la problématique des zones densément peuplées où la précision du dispositif serait mise à rude épreuve. À cela s’ajoute, un sentiment de sécurité créé dans la population – au même titre que le port obligatoire du masque.

Enfin, il faut rappeler que cette application doit être couplée à une capacité de tests suffisante et massive.

Cet article se veut synthétique et descriptif des arguments politiques utilisés en Belgique. D’autres contributions permettent de lancer le débat sur le sujet dont notamment, deux articles français disponibles sur internet : « Nos arguments pour rejeter Stopcovid » de La Quadrature du Net et « Le traçage anonyme, dangereux oxymore, Analyse de risques à destination des non-spécialistes » réalisé par des spécialistes en cryptographie, sécurité ou droit des technologies (risques-tracage.fr).