Crise énergétique à Bruxelles ?

La société Octa+ dit adieu au marché bruxellois de l’énergie. Fondée en 1881, l’entreprise fournit de l’électricité, du gaz naturel, du fioul et du mazout à plus de 100 000 clients. Cependant, dès le 1er janvier 2022, la société perdra 17 000 clients.

En effet, les réglementations de la Région Bruxelles-Capitale, différentes des autres régions, sont plus nombreuses et plus contraignantes. Le fournisseur Octa+ a donc informé le gestionnaire de réseau bruxellois Sibelga qu’il renonçait à sa licence et qu’il ne fournirait plus de gaz et d’électricité à ses 17 000 clients et ce, dès 2022. Bruxelles est, de facto, devenue un duopole entre Enegie Electrabel – société anonyme fondée en 1905 – et Lampiris – fournisseur et producteur d’énergie depuis 2003.

 

Notons toutefois que d’autres fournisseurs plus « spécifiques » sont actifs au niveau bruxellois comme la coopérative Aeco, fondée en 2016 (dont il faut devenir coopérant) ; Brusol (initiative de l’entreprise EnergyVision et uniquement pour les propriétaires de panneaux solaires) et Luminus (exempt de contrat en ligne. Les contrats sont néanmoins possibles par téléphone ou en vous rendant au magasin MediaMarkt).

 

Ce n’est pas la première fois que ce genre de situation se produit et qu’un fournisseur se plaint de la situation complexe à Bruxelles. Quel est le souci ? À Bruxelles, un fournisseur ne peut pas résilier un contrat en cas de défaut de paiement d’un client. Si durant son contrat (d’une durée minimum de trois ans) le client ne paie pas, le fournisseur se doit de continuer à l’approvisionner. « Vous pouvez évidemment vous adresser à un juge de paix, mais la procédure prend souvent un an et les dettes s’accumulent » déclare Vincent Declerck, directeur marketing d’Octa+. 


La page bruxelloise se tourne donc pour Octa+ qui restera toutefois actif en Flandre et en Wallonie.

 



Sources :

 

Octa+ arrête de founir ses 17.000 clients bruxellois, L’Écho, mercredi 29 décembre 2021, p.1.

 

https://brusol.be/qui-sommes-nous/

 

https://www.aeco.be/fr/particuliers/a-propos-d-aeco/cooperations-cooperatives/

 

https://www.maes-oil.be/fr/blog/non-classifiee/maes-reprend-156-stations-service-docta-2/ (Image)



Décryptage: écriture inclusive !

Par Maylis Robben

Durant le XVIIe siècle, les grammairiens de l’Académie Française ont décidé de supprimer le genre féminin pour montrer la supériorité de l’homme ainsi que rendre plus noble la langue française. Quatre siècles plus tard, dans une volonté de faire avancer le combat féministe, les militants se penchent sur cette décision et proposent d’instaurer l’écriture inclusive. Mais qu’est- ce que l’écriture inclusive concrètement ? C’est ce qu’on appelle « le langage non sexiste », c’est- à-dire un usage de la langue française non genré (ni masculin ni féminin, mais neutre) qui évite toute discrimination sexiste. Cette manière d’écrire inclut, par définition, tout le monde : les hommes, les femmes ainsi que les personnes qui ne définissent pas leur genre, appelées les non-binaires. L’écriture inclusive se veut aussi de montrer davantage la femme dans la société. Pour ce faire, plusieurs plans d’action, controversés ou non, sont proposés.

Sur le plan lexical, il y a une demande de féminiser les noms de métiers. Cette dernière est motivée par le souhait de l’inclusion du sexe féminin et sa représentation dans tout métier. Le terme « boulanger » est devenu « boulangère », au féminin, parce que des femmes ont commencé à faire ce métier. Féminiser les métiers est plus judicieux lorsque le sujet de la phrase est du genre féminin. D’ailleurs, le moniteur belge a publié le 26 novembre 2021 le décret du 14 octobre 2021 relatif au renforcement de la féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre et aux bonnes pratiques non discriminatoires quant au genre dans le cadre des communications officielles ou formelles.

Aussi, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a proposé l’utilisation du point médian pour pratiquer au mieux l’écriture inclusive. Pour rappel, le point médian se situe au- dessus de la ligne de base et est employé à la fin du radical d’un terme lorsque l’on veut représenter la partie féminine dans l’ensemble désigné. Par exemple, pour citer l’entièreté des ingénieurs à la fois masculins et féminins à l’écrit, ce sera « les ingénieures ».

Bien qu’utilisée depuis plusieurs années, cette proposition graphique est énormément débattue. Le problème de l’illisibilité causé par l’emploi du point médian qui allongerait les termes est pointé du doigt. Ainsi, la phrase, telle qu’écrite sans appliquer l’écriture inclusive, « Ces docteurs sont très fiers d’aider les séniors. » va devenir en utilisant les points médians « Ces docteures sont très fieres d’aider les séniores. ». L’académie Royale de langue et de littérature françaises de Belgique dénonce également les difficultés que peuvent rencontrer les personnes souffrant d’un handicap, telles que les dyslexiques, ainsi que les enfants qui apprennent la langue française, déjà assez complexe.

Deux réformes de la langue sont intéressantes à analyser et à appliquer plus couramment : l’habitude d’employer des mots épicènes et des termes collectifs, ainsi que l’accord de proximité. Un mot épicène est un mot identique au masculin et au féminin, comme « adulte », « artiste », « partenaire », etc. Dans le même style, les termes (ou noms) collectifs sont des termes qui désignent un ensemble et peut être suivi, ou non, d’un complément. Dans ce cas, plutôt que d’utiliser « ces étudiants » l’expression « ce groupe d’étudiants » sera privilégiée. Ces pratiques semblent plus digestes que l’utilisation du point médian pour les personnes ayant des troubles dys, pour les plus jeunes et pour les apprenants.

De plus, même si cette révision grammaticale va demander un long moment d’adaptation au niveau des mentalités et des habitudes bien ancrées, appliquer l’accord de proximité ne parait pas absurde. L’idée est de laisser tomber l’accord selon le masculin – qui l’emporte sur le féminin – pour accorder en fonction du genre de la proposition la plus proche de l’adjectif qu’il qualifie, dit l’accord de proximité. De là, on ne dira plus « les garçons et les filles sont grands » mais « les garçons et les filles sont grandes » puisque les filles est le plus proche de l’adjectif grand, et inversement « les filles et les garçons sont grands ». Cet accord de proximité se présente comme plus logique pour les enfants que la règle grammaticale apparue au XVIIe siècle.


Comme dit précédemment, l’écriture inclusive représente aussi les personnes non-binaires, qui ne revendiquent pas leur genre. C’est alors qu’au début des années 2010 le pronom « iel » apparait, contraction de « il » et de « elle » et traduit à they en anglais. De même, ce pronom nomme un groupe d’hommes et de femmes, mais également une personne dont le genre est inconnu. Voici, pour éclairer, trois exemples de phrases dans lesquelles iel est utilisé :

– « iel vient au cinéma ce soir » où iel fait référence à une personne non-binaire ;
– « iels iront au restaurant pour Noël » iels, alors employé au pluriel, fait référence à un groupe d’hommes et de femmes ;
– « iel viendra se présenter pour la première fois lundi » là, enfin, le genre de la personne n’est pas connu.

Depuis le 15 septembre 2021 le pronom « iel » est entré dans le dictionnaire en ligne du Robert et est définit comme « Pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier et du pluriel, employé pour évoquer une personne quel que soit son genre. L’usage du pronom iel dans la communication inclusive. – REM. ON ÉCRIT AUSSI ielle , ielles » (Le Robert en ligne, s.d.). Cette entrée au dictionnaire fait évidemment débat. Pourtant, la langue française ne cesse d’évoluer et les dictionnaires s’adaptent. En d’autres termes, c’est parce que « iel » est utilisé, bien que de manière encore marginale, comme le précise Charles Bimbet, directeur général du Robert, qu’il est reconnu et mis au dictionnaire.

Ce qui semble crisper le plus avec ce pronom neutre est la question de son accord grammatical. Quelle règle appliquer ? Garder l’accord au masculin, tout féminiser ou, appliquer la règle du point médian ? La grammaire française est déjà bien complexe et profondément liée au genre, l’emploi de ce pronom neutre ne fera que la complexifier davantage ou, au contraire, la rendre plus facile. En effet, pour les apprenants il serait plus aisé d’avoir un seul pronom pour désigner à la fois le masculin et le féminin afin de faciliter l’usage de ces normes.

Par ces différentes réformes de la langue, le mouvement féministe veut une société plus représentative et égalitaire. Néanmoins, la langue française est, depuis toujours, attachée au genre, et la changer prendra des années, voire plus. Pour rappel, toutes les normes grammaticales considérées comme sexistes ont été mises en place depuis plusieurs siècles où les mentalités, nommément la place de la femme, furent très différentes par rapport à la société actuelle. Est-ce vraiment par l’écriture que le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes arrivera à ses fins ? Ou la langue n’est qu’un des moyens par lesquels la femme peut regagner sa représentativité perdue au XVIIsiècle ? Mis en parallèle, dans les pays anglophones – où l’anglais est nettement moins lié au genre grammaticalement – les inégalités sexistes sont pourtant bel et bien présentes.


Sources: 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/11/05/l-ecriture-inclusive-ou-la-longue-quete-d-une-langue-egalitaire_6101010_3232.html 

https://www.lapresse.ca/arts/litterature/2021-01-10/langage-epicene/s-exprimer-sans-genres.php

La FEF, monopole de la représentativité étudiante… ou pas!

Par Simon Liegeois et Wiktoria Ewa Wojslawowicz

Le lundi 1 novembre, nous apprenions avec stupéfaction certes, mais beaucoup de satisfaction, la désaffiliation du Bureau des Étudiants Administrateurs (BEA), conseil étudiant de l’ULB, de la Fédération des Étudiants Francophones (FEF). Si cette décision a pu s’avérer surprenante pour de nombreux étudiants, elle résulte néanmoins d’un système de représentativité dépassé, voire sclérosé au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Qu’en est-il réellement ?

Comment fonctionnent les conseils étudiants et les organisations représentatives communautaires dans l’enseignement supérieur ?

 

Pour comprendre l’enjeu d’une telle décision de désaffiliation de la FEF, il est important d’expliquer pour commencer le fonctionnement d’un conseil étudiant et d’une organisation représentative communautaire (ORC), ainsi que le rôle de ces instances dans la représentativité des étudiants de l’enseignement supérieur.

D’une part, le conseil étudiant est une instance présente dans chaque établissement supérieur. Pour qu’il puisse opérer, il doit se composer d’au moins sept membres élus lors des élections pour lesquelles les étudiants de l’université sont invités à voter. Parmi les sept membres élus, chaque faculté ou domaine d’étude devra avoir un représentant.

Ainsi, ces élections estudiantines mènent à la réunion des étudiants de première année jusqu’à la troisième année du bachelier autour du conseil étudiant. Dans le cas d’une démission d’un membre, celui-ci est remplacé par son suppléant. Si l’un des étudiants membre du conseil perd sa qualité d’étudiant régulièrement inscrit, il sera automatiquement considéré comme étant démissionnaire. En pratique, le conseil étudiant doit communiquer la liste des représentants tant effectifs que suppléants à l’établissement d’enseignement supérieur au sein duquel il opère.

D’une autre part, les ORC agissent en tant qu’organisations représentatives des étudiants à l’échelle communautaire. Une ORC s’assure à représenter tous les étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur en veillant à défendre et à promouvoir leurs intérêts, mais également, comme des associations telles Jeunes MR aspirent à le faire, de former des CRACS (Citoyens Responsables, Actifs, Critiques et Solidaires).

Les conseils étudiants dans les universités peuvent faire le choix de s’affilier à une ORC ou de garder leur indépendance. Pour qu’une ORC puisse exister, elle doit disposer de statuts qui respectent le décret et garantir le pluralisme politique et philosophique au sein de sa structure. Elle doit également représenter au moins 15% des étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur, et ce, dans au moins trois provinces. Si un conseil étudiant décide de s’affilier

Rétrospective sur la FEF et l’Unécof

 

La FEF a été créée en 1973 afin de représenter les étudiants francophones de Belgique. L’Unécof est quant à elle, née en 1996, et issue du Bureau des étudiants administrateurs de l’ULB, du Conseil des étudiants de la Haute École Francisco Ferrer et des étudiants de la Haute École Robert Schuman. À l’époque, elle se revendiquait pluraliste et représentative du monde étudiant dans toute sa diversité.

Lorsque le décret participation a été signé en 2012, la FEF (Fédération des Étudiants Francophones) et l’Unécof (Union des Étudiants de la Communauté française) étaient les deux organisations majeures qui représentaient les étudiants au sein de la Communauté française (actuelle Fédération Wallonie-Bruxelles). Bien qu’une collaboration entre les deux organisations aurait pu sembler alléchante, celles-ci nont pas toujours privilégié les mêmes moyens afin de défendre les intérêts des étudiants.  En ce sens, la FEF s’est vue reprocher des méthodes militantes contreproductives sur des dossiers clés, mais également, sa proximité avec le PTB et les jeunesses militantes communistes telles le COMAC. À titre d’exemple, le président du parlement interne de la FEF a été contraint en 2011 de démissionner car celui-ci exerçait un autre mandat pour le PTB.

L’Unécof, quant à elle, ne parvenait pas à représenter suffisamment d’étudiants en plus d’endosser un double rôle lourd à porter. En effet, celle-ci, en plus de son statut d’ORC était également reconnue comme OJ (Organisation de Jeunesse). Ce poids l’a finalement conduite vers sa fin en 2019, laissant la FEF seule pour défendre les intérêts des étudiants.

Où est la place du libéralisme ?

 

Bien que la FEF ait mis en place de nouvelles règles, notamment l’interdiction pour leurs représentants de cumuler des responsabilités avec un parti politique, ou encore de se présenter à des élections, le manque de pluralité et de représentativité ainsi que l’utilisation de moyens ne prenant pas en compte les diverses sensibilités, orientations philosophiques et politiques des étudiants, lui ont été reprochés de plus en plus au fil des années.

Si certains se sont étonnés de la décision du BEA de l’ULB de quitter la FEF, cette initiative du conseil étudiant de l’université s’inscrit pourtant dans un contexte plus large et complexe, laissant entrevoir un dysfonctionnement au sein de sa structure interne. Le manque de représentativité, ainsi que le manque de neutralité sont les points ayant mené vers la fin de collaboration avec celle-ci. Pourtant, la nécessité de rester fidèle avec sa vocation principale, qui est celle de représenter l’ensemble des étudiants de l’enseignement supérieur, n’a pas pour autant mis en exergue pour la FEF l’indispensabilité d’un discours davantage neutre et inclusif de toutes les orientations philosophiques et politiques qu’elle entend ironiquement défendre. L’hypocrisie est épinglée.

Cette problématique n’est pourtant pas récente. Les deux points abordés ci-dessus ont effectivement été recensés quelques années après la création de la FEF (1973).  Il va sans dire qu’au sein des différentes hautes-écoles et universités du royaume, les étudiants ne partagent pas une seule orientation politique, qui est dans ce cas, celle orientée à gauche. Le manque d’anticipation et de compréhension du besoin de représentativité de la moitié du spectre philosophique et politique des étudiants qu’elle représente se retrouve en ce sens au centre de cette dernière décision ayant secoué le paysage estudiantin. 


 

EN RÉSUMÉ…

Si la FEF se targue souvent d’être le seul organisme représentatif à faire porter la voix des étudiants en Fédération Wallonie-Bruxelles, nous remarquons surtout que leur système est usagé. Le spectre militant d’extrême-gauche n’inclut à fortiori pas l’ensemble des étudiants, ni les moyens employés pour parvenir à ses fins, tandis qu’ils se sont vus reprocher à de nombreuses reprises leur manque de travail et de nuance sur le fond de dossiers clés. Le monopole de la représentativité n’existe pas et la ligne militante de la FEF se fait surtout remarquer dans sa manière de communiquer : on ne retrouve ni débat, ni construction dans leur manière d’agir, car la place du débat n’existe pas au fondement-même de l’organisation

« Congo-Hold-Up » : un détournement massif

Par Frédéric Steenhout, journaliste

L’annonce tombe comme un véritable coup de massue. L’ex-président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, est accusé d’avoir détourné 138 millions de dollars.

Joseph Kabila, ancien président de la République démocratique du Congo, est accusé, lui et ses proches, d’avoir détourné plusieurs centaines de millions de dollars en utilisant des entreprises personnelles. En effet, une enquête réalisée par plusieurs associations journalistiques et cinq ONG luttant contre la corruption a démontré, en se basant sur l’analyse de plusieurs millions de documents, un détournement massif de la part de l’ex-dirigeant de 2013 jusqu’à 2018.

L’enquête, nommée « Congo-Hold-Up », a pu retracer le circuit du détournement et ses bénéficiaires. C’est un scandale pour plusieurs institutions et entreprises publiques. La Banque centrale, l’entreprise minière nationale « Gécamine » ainsi que le Fond national d’entretien routier ont été victimes de cette malversation. Ces dernières, ont été victimes d’une taxe appliquée par Joseph Kabila. D’un côté, la société minière nationale « Gécamine », créée en 1967, représente à elle seule, l’une des parts les plus importantes pour les revenus congolais. Ses activités sont concentrées sur l’exploitation minière dans le Katanga et participent activement à la vie sociale du pays. En effet, l’entreprise possède des infrastructures médicales et scolaires, des activités agricoles et elle investit dans le sport. Celle société représente une importance capitale pour la vie de nombreux congolais. De l’autre côté, le Fond national d’entretien routier, qui génère plusieurs centaines de millions en taxant le carburant, permet de réhabiliter le réseau routier du pays. L’économie locale dépend de ce fond. Ce dernier génère, pendant que les chantiers opèrent, de l’emploi massif.

Malheureusement, c’est le peuple congolais qui en souffre puisque les recettes de l’État devraient servir au développement du pays et non à l’enrichissement de la classe politique. La République démocratique du Congo possède l’une des populations les plus pauvres du monde et l’instabilité règne dans l’Est du pays, où la guerre continue depuis des années. Selon les estimations de la Banque mondiale, 73% de la population, soit 60 millions de personnes, vivent sous le seuil de pauvreté et le gouvernement doit faire face à des problèmes budgétaires. Il va sans dire que cet argent aurait pu aider grandement le pays. En effet, la modernisation et la création de nouvelles infrastructures, l’amélioration des axes de communication ou encore l’investissement dans l’enseignement en sont des exemples pourtant pressants.

À la suite de cette affaire, notre Premier ministre, Alexander de Croo, a rappelé la position de la Belgique dans la lutte contre la corruption. À ce stade, il n’est possible que d’espérer que les résultats mis en avant par l’enquête puissent aider le nouveau gouvernement dirigé par Félix Tshisekedi dans la lutte anti-corruption qui touche profondément l’ensemble du pays. Ce dernier a promis de lutter contre ce problème, mais pour l’instant, rappelons que chaque année, ce sont 15 à 20 milliards de dollars perdus. La République démocratique du Congo est un pays en voie de développement avec un potentiel économique conséquent dans l’attente de s’épanouir, mais pourtant, cette perte d’argent représente un frein significatif pour sa croissance.

Actuellement, l’ex-président Joseph Kabila réfute cette enquête et appelle le peuple congolais à ne pas croire des affirmations qu’il qualifie comme étant fausses et à cette tentative de décrédibilisation. Une information judiciaire a été lancée à son encontre.

Poverello, une drôle d’ASBL !

Par Gauthier Jacques, rédacteur en chef 

L’Église catholique de Belgique soutient-elle vraiment les plus démunis ? Une enquête du Vif, de Knack et du magazine #Investigation de la RTBF a mis en exergue des pratiques pour le moins peu catholiques, voire illégales, au sein de deux associations sans but lucratif de lutte contre la pauvreté : Rafaël et Poverello. Tantôt erreurs comptables et conflits d’intérêts, tantôt travail forcé et abus de bien sociaux, ce n’est pas Noël pour tout le monde.

Reprenons depuis le début. Le prêtre Belge, Réginald Rahoens (1956-2011), est le père fondateur de l’ASBL Rafaël. Ordonné prêtre en 1992, il revient à Bruxelles comme curé de plusieurs paroisses de la commune d’Anderlecht. Touché par la pauvreté et l’exclusion sociale à Bruxelles, Rahoens a transformé sa foi en décision. Servir les autres est devenu l’œuvre de sa vie, en particulier pour les pauvres, les faibles, les étrangers et les vulnérables. Lorsque la clinique d’Anderlecht Sainte-Anne déménage en 1994, Rahoens saisit l’opportunité de démarrer un centre d’accueil d’inspiration chrétienne dans les anciens bâtiments. Dans cet ancien bâtiment vivait la Congrégation des Sœurs hospitalières du Très Saint Sauveur. L’objet social de cette association était l’accueil et l’intégration des personnes migrantes et la population fragilisée et démunie. Il est clairement stipulé que la donation est faite dans un but social et chrétien.

Poverello, quant à elle, voit le jour en 1978. Fondée à Bruxelles par le gynécologue catholique Jan Vermeire, elle compte dix antennes en Flandre, trois à Bruxelles et deux en Wallonie et est désormais dirigée par Johan Van Eetvelde. Cette association dispose de moyens considérables et réalise un profit annuel s’approchant des 900 000 euros. Nonobstant, il affirme « qu’elle (l’ASBL) les utilise uniquement pour venir en aide aux personnes dans le besoin […] et si ce n’est pas le cas, c’est sans doute parce que nous sommes absorbés par bien d’autres travaux en ce moment ».

Ce qui est reproché à Poverello  ce sont les conflits d’intérêts, les membres peu scrupuleux du comité de direction, les nombreuses propriétés foncières mal utilisées, l’excès de travail demandé pour des personnes qui ne jouissent que d’un simple statut de « bénévole », la comptabilité plus que douteuse, les assurances vies souscrites aux différents sans-papiers bénévoles, les collusions entre le clergé et les associations et bien plus encore. A titre d’exemple, l’exploitation des sans-papiers est ouvertement revendiquée à travers des messages internet notamment sur Habitat groupé solidaire où Mme Boveroulle, administratrice de l’ASBL Rafaël, a publié en juin 2020 le message suivant :  « Outre la qualité humaine de ces personnes, elles peuvent être aussi très utiles et peuvent s’occuper d’une personne âgée / d’une personne malade, faire le ménage, travailler dans le jardin, faire les courses, cuisiner, faire de la blanchisserie (repassage ou autres), s’occuper d’animaux… « Être sans papiers » ne signifie pas ne rien savoir/vouloir faire […] »

Comment en est-on arrivé là ? Décryptons. À la mort de Monsieur Rahoens, c’est Mgr Herman Cosijns qui reprend la présidence de l’ASBL Rafaël mais en même temps, ce dernier vient tout juste d’être nommé secrétaire général de la Conférence épiscopale, la principale assemblée des évêques de l’Église catholique de Belgique. Parallèlement, Mgr Cosijns est aussi actif depuis 2008 au sein du Projet Bethléem, projet lancé en 2006 par le Cardinal Daneels et qui a pour objectif de transformer des biens d’église en logements sociaux. Ces nouveaux habitats sont gérés par des agences immobilières sociales qui perçoivent les loyers et en rétrocèdent une large proportion à l’Église.

Sous la présidence de Mgr Cosijns, l’ASBL Rafaël va connaître un déclin financier conséquent. Quand il reprend la direction en 2011, elle affiche des fonds propres positifs de 161.000 euros. C’est la richesse nette de l’association. En 2019, huit ans plus tard, les fonds propres de Rafaël sont en négatif de 280.000 euros… Aujourd’hui, cette ASBL n’est plus qu’une épave endettée depuis que son principal actif – l’ex-clinique Sainte-Anne, – a été gracieusement cédé à l’Église le 23 avril 2021. L’acte notarié a été signé entre Mgr Consijs et Patrick du Bois de Bounam de Ryckholt, administrateur délégué  de l’Archevêché Malines-Bruxelles et notamment connu pour avoir été inculpé dans le dossier « Sabena ». Il y a donc conflit d’intérêts. Pour faire simple, c’est un peu comme si Cosijns avait donné l’immeuble à l’organisation de son chef.

Selon le professeur de droit public et avocat, Stéphane Rixho,  « on constate qu’il y a des liens et donc on peut considérer qu’il y a conflit d’intérêts “. Ils auraient dû à tout le moins signaler qu’il y avait ce problème potentiel ou effectif de conflit d’intérêts, le faire inscrire au procès-verbal, se déporter pour les délibérations et se déporter pour le vote. Le problème étant que la valeur de l’immeuble est très importante par rapport au patrimoine de l’ASBL, donc il y a un réel appauvrissement de celle-ci ».

Bref, c’est le début d’un nouveau « gros dossier » et de lourdes déclarations dans lesquelles l’Eglise – soit disant proche des pauvres – se retrouve à nouveau mêlée. La Maison de Dieu n’arrête donc jamais de nous surprendre…

Sources :

https://www.lalibre.be/belgique/societe/2021/12/09/lassociation-daide-aux-sans-abri-poverello-mise-en-cause-sur-lutilisation-de-ses-moyens-financiers-7X5XMCERU5EQTEMH7NJQ2PYMSE/

https://www-nieuwsblad-be.translate.goog/cnt/g53d2dpr?_x_tr_sl=nl&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc

https://www.cathobel.be/2021/12/investigation-un-traitement-mediatique-mensonger/

https://www.rtbf.be/info/dossier/investigation/detail_les-etranges-affaires-de-l-eglise-ils-cuisinent-lavent-et-repassent-qui-veut-heberger-un-sans-papiers?id=10893697

https://www.habitat-groupe.be/petites-annonces/demandes-location/bruxelles/sos-accueil-personnes-sans-papier/

https://www.dhnet.be/actu/faits/requisitoire-boucle-dans-le-dossier-sabena-51b7b425e4b0de6db988c746

https://www.levif.be/actualite/magazine/des-dizaines-de-millions-d-euros-inutilises/article-normal-1500533.html

Mon métier? Sauver des animaux !

Par José Vanobost, Cindy Claes et Gauthier Jacques

Notre équipe a eu l’occasion de rencontrer Béline Renault, jeune femme de 21 ans habitant la périphérie bruxelloise, active dans la protection des animaux.

 

Dès l’adolescence, elle s’intéresse aux différentes associations qui viennent en aide aux animaux. C’est via les réseaux sociaux et son site internet qu’elle concrétise son engagement en devenant famille d’accueil pour un chien abandonné venant de Roumanie.

Par la suite, toujours via les réseaux sociaux et en particulier via les groupes Facebook, Béline se lance dans le sauvetage d’animaux maltraités ou abandonnés. Au début, elle recueillait des chiens, mais au fur et à mesure, elle élargit son spectre et vient en aide à des chats, oiseaux, cochons, et bien plus encore. 

 

Le constat est, qu’avec le confinement, les abandons ont le vent en poupe. En effet, les personnes, par crainte d’attraper la covid (par transmission animale), délaissent leur compagnon de route. Elle a, donc, décidé de créer un groupe sur les réseaux sociaux qui a directement fonctionné avec plusieurs centaines de membres. Petit à petit, elle a structuré son groupe et a fondé une ASBL, Béline Pets and HopeLes missions menées par son association sont organisées au jour le jour; elle n’a pas vraiment le choix car les abandons sont difficilement planifiables. Certaines périodes sont très calmes, comme les mois d’octobre et de novembre, d’autres le sont moins.

 

Son association, vivant principalement des dons, évolue et effectue des sauvetages d’animaux dans tout le pays.

 

L’association n’est qu’un premier pas pour Béline, et déjà à 21 ans, elle prépare d’autres projets nouveaux. Elle aimerait ouvrir une ferme pédagogique, ayant comme objectif de donner les outils nécessaires à ceux qui souhaitent avoir un animal. Ce projet serait, principalement, destiné aux enfants afin qu’ils puissent prendre soin correctement de leur futur compagnon. Prendre soin d’un animal n’est pas une chose facile. En effet, les familles ne se rendent pas compte de la tâche et du temps qu’un tel engagement induit. Pour éviter que cela se termine en abandon, elle recommande de se renseigner au préalable notamment sur les spécificités de la race, les côtés négatifs (car le vendeur ne donnera que les aspects positifs), le temps nécessaire, afin de maximiser le bien être de l’animal…

La mobilité de demain, un vrai défi !

Par Guerric Deblire

Taxe kilométrique, zone à basse émission, mobilité alternative, intermodalité… tant de thématiques qui dominent les débats médiatiques de ces derniers mois quand vient le sujet épineux de la Mobilité. Mais au fond, avons-nous bien conscience des difficultés et des enjeux de demain?

Retour en 2020. L’accord de Gouvernement Vivaldi prévoit de débloquer un budget de 250 millions d’euros d’ici 2024 en vue de réaliser des investissements importants sur le rail. Ces investissements sont nécessaires afin d’évoluer vers un rail plus performant, et plus en accord avec les attentes et besoins des utilisateurs. Presque dans le même temps, le Gouvernement Wallon affirme vouloir densifier le réseau de lignes Express TEC et créer 10 nouvelles liaisons. Le secteur privé, quant à lui, n’est pas en reste à l’image de l’initiative flamande « Office on Wheels – Kantoorbus », entendez par là des bus-bureau qui partent de différentes villes et convergent vers Bruxelles en donnant la possibilité aux travailleurs de rentabiliser leur temps de trajet grâce à un bus totalement équipé comme un véritable bureau : prises électriques, USB, wifi, machine à café,… Bref, la transition vers la mobilité de demain est en marche !

Derrière ce bel élan que personne ne contestera, nous sommes toutefois en droit de nous poser certaines questions, parmi laquelle: les moyens technologiques et humains actuels, nous permettent-ils d’entrevoir sereinement la transition vers la mobilité du futur?

 

A l’aube de la COP26 qui s’est déroulée du 31 octobre au 12 novembre 2021 à Glasgow, l’objectif reste clair afin de rencontrer l’accord de Paris sur le climat: nous devons évoluer vers une mobilité plus collective afin de réduire nos émissions dues au transport. Cependant, bien que cet objectif reste primordial, n’oublions pas que les moyens de transport collectifs et individuels doivent se compléter mais que ces derniers cités ne pourront être totalement remplacés.

 

En juin dernier, le Gouvernement Bruxellois (représenté par Défi – PS – Ecolo, côté francophone) a détaillé son plan de sortie du diesel. A partir de 2030 les voitures et camionnettes qui utilisent ce carburant seront bannies de la capitale. Avec notre vision libérale, nous demandons un accompagnement pour les PME et indépendants qui devront nécessairement s’adapter à cette forme de mobilité du futur. Comment se dérouleront les livraisons de commerces ? Le citoyen habitant en périphérie se rendra-t-il encore chez son coiffeur en centre-ville ? Il est de notre devoir de libéraux de réfléchir, soutenir, et promouvoir nos commerces urbains qui contribuent à l’activité et à la vie de nos belles villes. 

 

En outre, l’extension des zones à trafic limité et des zones piétonnes devra prendre en compte certaines aspects tels que l’accès aux centres-villes à la partie la plus vieillissante de notre population, aux personnes en situation de handicap et aux familles avec bébés, pour qui une dépose au plus près de la destination est primordiale. La Ministre de la Mobilité Elke Van den Brandt (Groen) souhaite que d’ici 2030, 50 % des déplacements  intra-bruxellois s’organisent à pied, mais pouvons-nous vraiment obliger un octogénaire à agir de cette manière? L’intermodalité est certainement un enjeu clé de demain mais elle doit se préparer au mieux, dès aujourd’hui.

 

L’intermodalité, venons-en justement ! Vous êtes-vous déjà posé la question de savoir combien de moyens de transport vous empruntiez chaque semaine? Si relier deux points grâce à plusieurs modes de transport relève encore du casse-tête, de plus en plus de projets MaaS (Mobility as a Service) font leur apparition. Leur but? Permettre via un moyen technologique simple (dans la majorité des cas une seule et même application)  de réserver un billet de train, puis de bus, puis d’activer l’utilisation d’un vélo partagé ou encore d’appeler un service « Uber » et ce sans devoir passer par différents systèmes billettiques et de paiement. Si la Finlande se montre précurseur en la matière, la Belgique regorge de talents en matière technologique et de digitalisation et il ne tient qu’à nous de les soutenir.

Crise en Afghanistan: les limites désastreuses du Nation Building à l’américaine

Par Olivier Humblet, journaliste Piccolo.

Retour sur les évènements de ces dernières semaines

« Il s’agit d’un échec de l’ensemble de la stratégie occidentale conduite au cours des deux dernières décennies ». Voici comment Nicolas Gosset, spécialiste de l’Asie centrale à l’institut royal supérieur de défense, définit la situation actuelle en Afghanistan.

Nous sommes les témoins d’un renversement complet du régime mis en place par les Occidentaux il y a de cela plus de 20 ans. Les derniers évènements ont pris un coup d’accélérateur quand le président américain Joe Biden a annoncé le retrait définitif des troupes américaines le 14 avril dernier. Suite à cette annonce et au retrait progressif des troupes US, les Talibans n’ont fait que prendre des territoires. Districts après districts, villes après villes, ils ont enchaîné les victoires sur les forces militaires et policières gouvernementales afghanes. L’armée régulière en déroute et exsangue laisse derrière elle l’équipement qui est utilisé par les Talibans pour accélérer la prise du pays. 

A la surprise des Occidentaux, le président Ashraf Ghani fuit le pays et les Talibans entrent dans Kaboul le 15 août 2021 créant la panique dans la capitale. Tous les calendriers sont bousculés et commence la cohue pour fuir le pays de la part des nombreux ressortissants étrangers et leur famille ainsi que les Afghans ayant collaboré de près ou de loin avec les Américains et leurs Alliés. C’est à l’aéroport de Kaboul, seul vivier encore sous protection occidentale, que se cristallise cet exode moderne. Se masse alors des milliers de candidats au départ créant des scènes de chaos qui ont fait le tour du monde. C’est à la lumière de ces images qui nous sont parvenues par les réseaux sociaux principalement que nous pouvons évaluer la crainte que représente l’arrivée des forces talibanes au sommet du pouvoir. Les foules se déplacent, les gens s’accrochent aux carlingues, les jeunes courent après les avions qui quittent le tarmac et nous comptons déjà les premiers décès. Le 20 août, une source de l’OTAN fait état d’une vingtaine de personnes décédées lors de ces évènements.

S’est alors organisé plusieurs opérations occidentales conjointes pour rapatrier les ressortissants et les personnes candidates à l’exil. La Belgique se joint à l’opération via sa propre mission Red Kite qui a pour but d’évacuer les Belges d’Afghanistan. Des ponts aériens entre Kaboul et la capitale pakistanaise Islamabad ont été créés. Cette opération menée par la Belgique a permis d’évacuer 1400 personnes à bord des vieux C-130 de la Défense, pourtant voués à enrichir nos musées.

Malgré les évacuations qui allaient bon train, deux éléments rendent la situation délicate aux abords de l’aéroport de Kaboul. Premièrement, la date définitive du retrait des troupes américaines, dernières garantes de la sécurité des missions d’évacuation, est fixée et confirmée par J. Biden au 31 août 2021. Or les candidats au départ sont extrêmement nombreux et massés aux entrées de ce que représente la dernière porte de sortie du pays. Il commence à se faire entendre que tout le monde n’aura pas une place dans l’avion. Le deuxième élément est la menace d’une attaque terroriste qui plane depuis plusieurs jours. En effet, Didier Leroy, chercheur à l’institut royal supérieur de défense, estime que le paysage politique morcelé de l’Afghanistan se prête à un jeu de pouvoir et d’influence entre les groupes islamistes qu’ils soient d’Al-Qaïda, des Talibans ou de l’Etat Islamique. Ce jeu d’influence pourrait donc mener un de ces groupes et notamment l’Etat Islamique à perpétrer un attentat dans cette foule agglutinée aux abords de l’aéroport. Pour le chercheur, l’occasion serait ici « trop belle » pour l’EI de perpétrer une attaque qui déforcerait les Talibans vainqueur de la guerre d’Afghanistan, mettrait en lumière l’impuissance américaine et aurait un potentiel de publicité énorme tant la situation afghane actuelle est médiatisée. C’est exactement ce qui arriva le 26 août dernier. Un attentat suicide a été perpétré et revendiqué par l’Etat Islamique causant la mort de 180 personnes dont 13 soldats américains et blessant 200 personnes supplémentaires. Cela faisait deux jours que les renseignements occidentaux parlaient d’un risque très élevé d’une attaque de l’EI dans la foule de l’aéroport. Les Américains ont, la veille de l’explosion, exhorté les candidats à l’exil de quitter la zone. Mue par une crainte encore plus forte de rater un éventuel vol pour fuir le régime taliban, la foule est restée campée là dans l’espoir d’un voyage.

Nous sommes le 31 août 2021 à l’heure d’écrire ces lignes et les derniers soldats américains ont quitté le pays, détruisant leur matériel militaire resté sur place, et laissant un peuple voué à son propre destin. Les tirs de victoire des Talibans dans la capitale afghane marquent ainsi la fin d’une guerre initiée en 2001 à la suite des attentats du World Trade Center de New-York.

Eléments historiques d’une catastrophe annoncée

Faisons un retour dans le temps pour comprendre comment nous en sommes arrivés à la situation chaotique de ces dernières semaines. Déjà en 1979, en pleine guerre froide, l’Afghanistan se retrouve au centre d’un conflit décentralisé qui oppose les deux superpuissances de l’époque, l’URSS et les USA. Marc Epstein revient sur la guerre d’Afghanistan de 1979 à 1989. Il fait ressortir un point intéressant dans l’analyse des évènements qui ont eu lieu en ce mois d’août 2021, soit 40 ans plus tard. Le casus belli de la guerre de 1979 est l’entrée sur le territoire afghan de l’armée rouge voulant porter secours à la branche communiste de la politique afghane et ainsi assurer la pérennité de la République Démocratique d’Afghanistan. Avec la même logique qui a poussé les USA à intervenir en Corée, au Vietnam, ou en Chine, les Américains sont également intervenus en Afghanistan pour éviter que le pays tombe dans le camp communiste. Pour se faire, ils ont favorisé un soutien à des combattants locaux et non l’intervention militaire pure. Ainsi, plus de 7 milliards de dollars ont été dépensés par les USA, au travers de l’opération Cyclone de la CIA, et l’Arabie Saoudite pour le financement de la résistance afghane composée, entre autres, des Moudjahidines d’Afghanistan. Il s’agit d’un groupe islamiste salafiste prônant le Djihad pour chasser les Soviétiques de leur pays. Pour ce financement, la CIA a fait appel à Oussama Ben Laden qui s’occupait des relations avec l’Arabie Saoudite et qui recrutait des guerriers pour lutter contre les Soviétiques. L’URSS perd la guerre et quitte le pays en 1989 juste avant la chute de son empire communiste. 

La décennie qui suit la guerre d’Afghanistan de 1979 à 1989 voit la guerre civile prendre le dessus. Des dissensions apparaissent entre les groupes de résistance vainqueurs des Soviétiques. Deux cellules s’affrontent alors. D’une part la résistance afghane dont l’une des figures emblématiques est le Commandant Massoud, et les combattants étrangers arabophones importés par Ben Laden. Ces derniers veulent faire de l’Afghanistan le pays central où former les candidats au Djihad (ou guerre sainte), créer un état respectant la Charia, et lutter contre le système mondial et la présence occidental en terre d’Islam. Les Moudjahidines de Massoud sont exilés dans la montagne et le Mollah Omar instaure la loi islamique au pays et permet aux graines d’Al-Qaïda de germer sur son territoire.

En 2001, les alertes envoyées par le Commandant Massoud aux Occidentaux sur la menace d’attentat qui pèse sur eux ne parviendront pas à éviter l’Histoire de se dérouler. Le 6 septembre 2001, un attentat perpétré par deux Tunisiens vivant à Bruxelles coûte la vie au Commandant des Moudjahidines, et le 1er septembre de la même année, les Etats-Unis sont frappés à New-York par un attentat qui changea la face du monde. La réaction du président de l’époque, George Bush fils, est immédiate. Il demande à l’Afghanistan de livrer les responsables des attentats, à savoir Ben Laden et son groupe. Suite au refus de coopération des Talibans au pouvoir, les USA entrent en guerre et chassent les Talibans du pouvoir. C’est le début de la seconde guerre d’Afghanistan qui vient tout juste de prendre fin.

Gilles Dorronsoro parlait déjà d’un « échec annoncé » dans son ouvrage daté de 2003. En effet, malgré une prise rapide du pays, les Talibans se sont vite regroupés dans les montagnes et les campagnes qui entourent les grandes villes. Pieter de Crem, notre ministre de la Défense de l’époque, avait le nez creux quand en 2011 il a dit : « la guerre n’est pas finie ». La menace n’a jamais disparu, la situation s’est enlisée et le conflit a duré. Un des éléments qui explique pourquoi la guerre s’est corrompue en Afghanistan est l’absence de soutien dans les communautés locales. Les Américains ont imposé une nation démocratique basée sur le système occidental dans un pays où la réalité démographique, morale, religieuse était tout autre. Les Talibans n’ont donc jamais disparu. Ils gardaient une forte emprise dans les zones rurales qui s’opposaient de plus en plus à l’occidentalisation des villes. C’est dans ce contexte de guerre sans fin, de dépense publique astronomique, d’une résurgence des Talibans en 2017 malgré l’assertivité d’Obama que le président D. Trump et son administration ont négocié, lors des accords de Doha, un retrait définitif des troupes américaines.

L’accord de Doha a eu lieu en février 2020 entre les USA et les Talibans. Cet accord prévoyait une sortie des Américains du pays dans les 14 mois, l’assurance que les Talibans ne mettraient pas en péril la sécurité des premiers et de leurs alliés ainsi que la restitution de prisonniers dans les deux camps. Joe Biden qui a dû respecter cet accord a donc entrepris le retrait des troupes ce qui a permis aux Talibans de reprendre le pays.

Echec du nation building en Afghanistan

De l’avis des observateurs, cette reprise du pays par les Talibans sonne comme un échec. Il s’agit de l’échec d’un modèle américain instauré dans les années 1990-2000 nommé le Nation Building. Il s’agit d’une doctrine politique appuyée par la frange conservatrice de l’échiquier politique américain et proche de G. Bush fils. C’est cette doctrine qui a poussé les USA à rester en Afghanistan après 2001. C’est également cette politique qui est à la base de la guerre d’Irak de 2002, de la guerre de Syrie et de celle de Libye de 2011. L’objectif est de renverser un pouvoir jugé contraire à l’ordre et la sécurité mondiale militairement, puis d’occuper le pays assez longtemps que pour y mettre en place un gouvernement démocratique favorable aux valeurs occidentales libérales. A quoi aura servi 20 ans de guerres, des milliers de morts, et des milliards de dollars, pour qu’à la fin, les Talibans reprennent les rennes du pays ?  La fin de la guerre d’Afghanistan ne doit-elle pas enterrer le concept de Nation Building à l’américaine qui, de nombreuses fois, a montré ses limites ? Comment faire rayonner les valeurs de liberté à travers le monde sans causer plus de dommage que d’avantage ? Voici les questions auxquelles vont devoir répondre les dirigeants du monde libre au lendemain d’un retour en force de l’islamisme sur la scène internationale.

Sources (dont photos):

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_afghanistan-les-chancelleries-occidentales-entament-l-evacuation-de-leur-personnel-sur-place?id=10824454

https://www.ouest-france.fr/monde/afghanistan/le-president-afghan-ashraf-ghani-est-aux-emirats-arabes-unis-e708b404-002d-11ec-a0ac-8a8a3b7c04b7

https://fr.metrotime.be/belgique/fin-de-loperation-red-kite-kaboul-il-y-avait-un-risque-dattentat-suicide

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_mieux-comprendre-ce-qui-se-passe-en-afghanistan-en-six-questions-reponses?id=10824930

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_attaque-a-l-aeroport-de-kaboul-entre-l-impuissance-americaine-et-l-humiliation-talibane-l-etat-islamique-est-le-seul-gagnant?id=10830766

https://www.lexpress.fr/actualite/monde/attentat-a-l-aeroport-de-kaboul-le-recit-d-un-carnage-aux-consequences-internationales_2157360.html

https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_p-de-crem-sur-le-retrait-d-afghanistan-la-guerre-n-est-pas-finie?id=6363643

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_afghanistan-quel-risque-terroriste-representent-l-etat-islamique-et-al-qaida-face-aux-talibans?id=10830090

https://information.tv5monde.com/info/afghanistan-les-raisons-du-chaos-mortel-l-aeroport-de-kaboul-421419

« Afghanistan : chronique d’un échec annoncé », Gilles Dorronsoro, Dans Critique internationale 2003/4, (no 21), pages 17 à 23.

« L’URSS et le piège Afghan 1979-1989 », Marc Epstein, Perrin.

La décadence post-linguistique

Par Gauthier Jacques, journaliste Piccolo.

De nos jours, certains mouvements de gauche – toutes gauches confondues d’ailleurs – tentent d’améliorer et de moderniser notre société contemporaine grâce à des changements aussi futiles que loufoques. Dans cet article d’opinion pamphlétaire et contestataire, je me contenterai de mentionner l’écriture dite non-genrée ou non-binaire. Cette écriture, directement inspirée du politiquement correct, nous plonge dans une décadence post-linguistique. D’ailleurs, dans l’Identité malheureuse, Alain Finkielkraut déclarait : « Le politiquement correct, c’est le conformisme idéologique de notre temps. La démocratie, en effet, c’est-à-dire le droit de tous à la parole, produit du conformisme. L’homme démocratique pense comme tout le monde en croyant penser par lui-même. Il ne se contente pas d’adhérer au jugement du public, il l’épouse jusqu’à ne plus pouvoir le discerner du sien propre » (Finkielkraut, 2013). Ne vous méprenez pas, je ne suis point contre cet homme démocratique, tant s’en faut, mais bien contre toutes les personnes qui tentent de révolutionner le monde à travers de fausses bonnes idées. Bien que la culture soit un des domaines où se déroule une activité spirituelle et créatrice, pour reprendre une autre citation de notre Académicien, cette activité ne doit en aucun cas pourfendre l’hérésie linguistique. 

Reconnaissons que la langue française est très complexe. Entre sa grammaire et son orthographe, les apprenants de la langue de Molière peuvent éprouver de réelles difficultés. Alors pourquoi encore entraver leur apprentissage ? 

L’écriture non-binaire peut se définir comme une forme linguistique neutre, entendez par-là que les notions de « masculin » et « féminin » disparaissent. Cependant, la complexité ne s’arrête pas là puisque le neutre grammatical n’est pas la même chose que le genre neutre (également nommé neutrois). On peut, donc, par exemple être agenre (personne n’ayant aucun genre), demi-garçon, demi-fille, bispirituel (avoir un esprit féminin et un esprit masculin cohabitant en même temps), genre-fluide, etc. et utiliser le neutre grammatical pour se désigner.

D’un point de vue purement linguistique, cette non-binarité entrave la compréhension et probablement l’apprentissage de la langue française, bien que cette information ne soit pas scientifiquement vérifiée, étant donné la nouveauté de ce phénomène. Cependant, nous pouvons supputer que cette nouvelle écriture entrave la compréhension d’une langue déjà complexe. J’en veux pour exemple les différentes manières d’écrire le phonème [ɛ̃] en français. On peut l’écrire avec /in/ (intéressant), /im/ (important), /ein/ (ceinture), /ain/ (pain), /aim/ (faim), /yn/ (lynx), /ym/ (symbole). Il existe une pléthore d’autres exemples mais nous nous contenterons de celui-ci. Si l’écriture non-binaire souhaite éviter les discriminations, elle en génère indubitablement par sa complexité. Comme le montre le tableau suivant, la langue française connaîtra de nouvelles formes lexicales, verbales, etc. 

 

Source : http://uniqueensongenre.eklablog.fr

Autrement dit, par souci d’inclusion, nous préférons compliquer la langue française mais nous n’avons pas pensé un seul instant que nous allions discriminer toutes les personnes éprouvant déjà des difficultés lors de leur apprentissage. Certains linguistes seront opposés à cet avis mais je prendrai l’exemple suivant pour montrer la complexité et l’idiotie de cette nouvelle écriture. 

Exemple 1 : « Il est beau » (français standard).

Exemple 2 : « Ille est belleaux » (français dit « non-binaire »). 

La première question qui se pose est la suivante. Comment prononcer Ille ? Rien de plus simple. Ce mot se prononce comme le Il (du français standard). Pour une écriture qui souhaite éviter toutes discriminations mais qui garde la même prononciation phonétique masculine, pardonnez ce satisfecit, mais je trouve cela quelque peu étrange. Ensuite, la forme belleaux est identique au singulier et au pluriel. Certains y verront une facilité, j’y vois une incompréhension. Admettons.

L’hérésie linguistique ne s’arrête pas là. La terminaison des noms féminins et masculins, pour les professions par exemple, sont remplacés par /x/. « Un avocat » s’écrira donc « Um avocax ». Un chanteur et une chanteuse s’écrira désormais « chateureuse ». Peut-on me garantir qu’il n’y aura aucun caractère humoristique quand nous dirons que lu (la) chanteureuse est triste. Le maitre et la maîtresse – qui avait déjà posé problème lors de la féminisation des professions pour avoir deux acceptions dont une quelque peu péjorative – s’écrira désormais « maitré ». Nous pourrions continuer avec une kyrielle d’exemples mais ce n’est pas le but de cet article. 

Une langue doit évoluer sinon elle meurt ! C’est une évidence ! On peut déplorer quotidiennement la disparition des langues comme le relate Claude Hagège dans son ouvrage, paru en 2000, Halte à la mort des langues. Cependant, nous devrions nous attarder sur d’autres aspects linguistiques afin de faciliter l’apprentissage de cette langue et non complexifier ce dernier…

Sources : 

Finkielkraut, Alain. 2013. L’identité malheureuse. Paris: Stock.

Hagège, Claude. 2000. Halte à la mort des langues. Paris: O. Jacob.

 

Interview de Nadia Geerts: la religion et la laïcité

Retrouvez Gauthier Jacques, journaliste Piccolo, en compagnie de notre invitée, Nadia Geerts, chroniqueuse et nouvelle recrue du Centre Jean Gol.

Au menu de ce jour: la place de la religion dans notre société, le port des signes convictionnels dans les écoles et les universités et la laïcité en tant que garant de nos libertés!

Comme d’habitude, n’hésitez pas à liker, partager et à vous abonner à la chaîne des Jeunes MR! On se retrouve tout bientôt pour la suite! #staytuned