Bye bye Facebook?

Par Gauthier Jacques, rédacteur en chef

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de données supprimées

Il y a quelques semaines, Facebook a surpris le monde entier en annonçant son nouveau nom. La société-mère s’appellera désormais Meta. En présentant, le 28 octobre dernier, le nouveau nom qu’il a choisi pour Facebook, Mark Zuckerberg, qui se targue de culture classique – ses filles portent des prénoms inspirés d’empereurs romains –, en a expliqué la signification. « En grec, Meta veut dire “au-delà” », a-t-il souligné. Meta vient également rappeler le concept de métavers, c’est-à-dire la transposition de l’univers réel dans le virtuel dans lequel Facebook s’investit beaucoup ces derniers mois.

 

Cependant, Meta ne s’arrête pas là. En effet, le jeudi 4 novembre 2021, c’est une nouvelle encore plus étonnante qui est relayée par la presse. En effet, Facebook veut arrêter la reconnaissance faciale engendrant par la même occasion la suppression de plus d’un milliard d’informations collectées au cours de la dernière décennie. 

« Je perçois de nombreuses inquiétudes quant à la place de la technologie de reconnaissance faciale dans la société ».
Jérôme Pesenti
Vice-président (IA)

Pour rappel, la reconnaissance faciale a été lancée en 2010. L’algorithme, alimenté par l’intelligence artificielle, reconnaissait automatiquement les personnes présentes sur les photos et vous suggérait de les identifier. Ces photos étaient ensuite liées aux profils des utilisateurs identifiés.

 

Malheureusement, force est de constater qu’au cours des dix dernières années, la reconnaissance faciale a changé de statut. Avancée technologique majeure, elle est désormais considérée comme une technologie raciste, répressive et misogyne. Rappelons par exemple que c’est grâce à cette reconnaissance faciale que la Chine contrôle la communauté ouïghoure ou que d’autres polices y traquent des individus. Le doute sur cette technologie ne fait donc qu’augmenter.

Notons que Facebook ne réinvente pas la roue. En effet, en 2019, Microsoft avait déjà – discrètement – supprimé sa base de données qui contenait plus de 10 millions d’images d’environ 100 000 personnes. D’autres compagnies ont embrayé le pas. C’est le cas d’Amazon ou d’IBM qui ont ouvertement déclaré qu’elles ne vendraient pas leur technologie de reconnaissance faciale à la police américaine tant qu’une législation plus détaillée et plus claire n’aura pas été établie. Quoiqu’il en soit, cette technologie ne disparaitra pas du jour au lendemain puisqu’elle est indispensable pour créer le célèbre Métaverse, futur univers de Facebook dans lequel tous les utilisateurs seront représentés par un avatar. Cependant, cet univers ne semble pas plaire à tout le monde. C’est le cas de la lanceuse d’alerte Mme. Frances Haugen qui a, dès le début du mois de novembre, mis en garde l’ensemble des députés français contre le projet du géant américain.

Petit détour historique

2004

Fondation de la plateforme Facebook

2017

Facebook compte 2 milliards d'utilisateurs actifs

2021

La société-mère "Facebook" adopte le nouveau nom "Méta".

Sources

Pourquoi Facebook devient Meta ? Futura, consulté sur https://www.futura-sciences.com/tech/actualites/facebook-facebook-devient-meta-94538/ (le jeudi 4 novembre 2021).

 

Facebook/Meta, ce colosse en marche vers la création d’un univers captif, Le Vif, consulté sur www.levif.be/facebook-meta-ce-colosse-en-marche-vers-la-creation-d-un-univers-captif.html (le jeudi 4 novembre 2021)

 

Facebook ne veut plus de la reconnaissance faciale, vraiment ?, L’Écho, jeudi 4 novembre 2021, p.4. 

L’épargne Belge explose !

Par Vincent Decoux, délégué JeunesMR à l’emploi, l’économie, la fiscalité et l’entreprenariat

Les Belges ont épargné 15 milliards supplémentaires par rapport à 2019.

On connait l’habitude du Belge à épargner et l’année 2020 n’a pas fait exception à la règle. Selon la Banque Nationale de Belgique, le montant d’épargne des belges s’élevait à 300 milliards d’euros. Le responsable de cette tendance : la Covid19…

En effet, bons nombres d’activités ont dû être restreintes voire annulées pour tout un chacun. Citons par exemple, la fermeture de l’horeca, l’annulation de voyages à l’étranger, et la mise en arrêt des endroits culturels. Ne pouvant plus profiter de ces différents plaisirs, le Belge a épargné plus. En 2021, on constate plusieurs tendances émergeantes. 

La première tendance concerne l’augmentation des ventes en ligne suite à la crise de la Covid19. En effet, certains en ont profité et ont également investi plus d’argent dans le confort de leur maison. Beaucoup se sont rendu compte à quel point c’était important surtout en période de télétravail et de confinement.

La seconde tendance est la généralisation du télétravail pour la majorité des travailleurs. Cela permet d’une part, aux entreprises de continuer à travailler en essayant de mettre le moins possible de personnes au chômage temporaire et d’autre part, d’éviter la recrudescence du virus et donc la fermeture de certains secteurs tels que nous les avons connus (HORECA, secteur culturel, monde de la nuit…).

Ensuite, il y a eu la mise en place du chômage temporaire pour la fermeture de certains secteurs. Cette mesure a eu pour but d’accompagner les travailleurs et dirigeants d’entreprises afin de traverser la crise et de garantir du pouvoir d’achat. Les sociétés ont reçu des indemnités Covid et des primes Covid qui varient selon les secteurs et le nombre de travailleurs. L’objectif était de soutenir les entreprises qui ont dû fermer temporairement à la suite de la crise de la Covid19 afin d’éviter bon nombres de faillites qui auraient été une catastrophe sur le plan économique (crédits non remboursés, pertes d’emplois, accroissement du chômage, augmentation de la précarité…).

Enfin, n’oublions pas que nous vivons actuellement une période d’inflation importante . Tous les prix augmentent que ça soit pour se nourrir, pour se chauffer ou se déplacer. La plus forte hausse est celle du carburant et de l’énergie qui engendrera également des impacts sur les prix dans le prêt à porter. Les prix dans le secteur du bâtiment ont également bien augmenté en 2021 en raison de la pénurie d’approvisionnement de matières premières et de coût de transport plus conséquents. Il faut également s’attendre à une possible augmentation de la prime d’assurance incendie en vertu des nombreuses inondations qu’on a connues cette année.

Un élément qui ne change pas, c’est l’argent laissé sur un compte bancaire, sans intérêt, par les ménages qui arrivent à épargner. Le Belge a, en effet, tendance à laisser son argent “dormir” sur son compte et ce soit par sécurité pour faire face à des dépenses futures soit par peur d’investir soit par manque de connaissances et de conseils dans la finance et la fiscalité. Cet argent peut être utilisé pour soutenir le développement de nos sociétés belges et favoriser la croissance de celles-ci. La croissance des sociétés est une arme efficace pour faire face à une crise car cela stimule le marché de l’emploi et peut également avoir un effet positif sur la compétitivité des entreprises et ce notamment grâce à des investissements dans l’innovation. A titre d’exemple, le Belge peut investir et soutenir des start-up belges et bénéficier d’une réduction fiscale. C’est le principe du tax shelter start-up permettant de bénéficier d’une réduction d’impôt pouvant aller jusqu’à 30 %. Vous devez, certes, respecter des règles précises pour pouvoir profiter d’une telle réduction d’impôt mais le jeu en vaut la chandelle. Si vous êtes intéressés par le sujet, vous trouverez plus d’information sur le site du ministère des finances où tout y est très bien expliqué : https://eservices.minfin.fgov.be/myminfin-web/pages/fisconet/document/d28beac8-7b60-4a2d-9fed-bb026e269306

Si la lutte du réchauffement climatique est une de vos priorités, il vous est par exemple possible de placer de l’argent dans des fonds spécialisés qui investissent dans le développement durable, l’économie circulaire (éviter la production de déchets et reconditionner un maximum d’éléments afin de pouvoir les réutiliser) ou encore dans des solutions environnementales innovantes. Dans tous les cas, il vaut mieux être conseillé et suivi par des professionnels. Mais voici 2 exemples qui ont un effet win-win à savoir que votre argent est injecté dans l’économie pour soutenir des causes qui vous importe et il vous rapporte plus que de le laisser simplement sur votre compte épargne.

La deuxième grande modification : la règle d’octroi de crédits hypothécaires.

 

Le marché bancaire a subi de nombreuses régulations depuis la crise de 2008. Pour rappel, les banques ont été sauvées par l’État belge afin d’éviter des faillites et l’effondrement du système (plus d’emprunts pour les sociétés et donc de développement). En contrepartie, ces dernières sont beaucoup plus contrôlées par la BCE (Banque Centrale Européenne). Il a notamment été décidé de faire attention à la partie consacrée de crédits hypothécaires dans le portefeuille global des banques afin de toujours assurer une quantité minimale de fonds propres en cas de non remboursement de crédits. Un autre aspect concernait la quotité empruntée limitée à 90 % du montant. En théorie, les banques ne pouvaient plus prêter 100 % de la somme demandée mais dans la pratique, certaines banques le faisaient toujours. Le but de cette décision (quotité limitée) était de réduire l’aspect risque pour les banques et le marché immobilier.

À partir 2022, une nouvelle règle risque de voir le jour et d’être imposée au secteur bancaire. Cette nouvelle règle prévoit que les banques devront faire réaliser une expertise du bien acheté (appartement, maison). Cette expertise sera en principe réalisée par des architectes. Les banques ne pourront prêter que le montant de l’expertise, la différence entre l’expertise et le prix d’achat devra faire l’objet d’un apport personnel par les acheteurs en plus de devoir s’acquitter des frais de notaires et droits d’enregistrement. Le but est que la banque prête pour la valeur du bien car, par le passé (en 2008 et avant), on s’est retrouvé à devoir vendre des actifs qui avaient fortement perdu de la valeur et il était difficile de rembourser les prêts octroyés même avec la vente du bâtiment faisant l’objet d’un crédit hypothécaire. Cela risque d’avoir beaucoup de répercussions dans le domaine du logement. En effet, avec une telle mesure, en cas de grosse différence entre l’expertise et le prix d’achat demandé par la partie venderesse, le montant de l’effort propre devra être plus conséquent pour les ménages qui désirent acheter. Ce qui va réduire la possibilité de devenir propriétaire pour bons nombres de personnes.

 

Ajoutez à cet aspect, le fait que si vous êtes locataire à l’heure actuelle, il est compliqué de mettre de l’argent de côté et donc d’avoir des fonds propres en suffisance pour espérer avoir un crédit bancaire. C’est donc un cercle vicieux. Il faut pourtant se loger. Si cette nouvelle règle est appliquée, les jeunes auront d’autant plus de mal à devenir propriétaire à moins d’une grande aide des parents. On peut certes bénéficier d’un abattement sur la première tranche de 20.000 € des droits d’enregistrements en cas de première acquisition en Wallonie. A Bruxelles, il ne faut pas s’acquitter de 12,50 % de droits d’enregistrements sur les premiers 175.000 € en cas de première acquisition immobilière et en région flamande,  il ne faut pas payer de droits d’enregistrements sur les premiers 80.000 €. Cette politique d’abattement de droits d’enregistrement est une très bonne mesure mais qui sera insuffisante à l’avenir si on veut que nos jeunes puissent devenir propriétaire. Sans une aide importante de la part des parents, ça sera vraiment très compliqué d’acquérir une maison ou un appartement avec cette nouvelle règle. On doit certes tirer les leçons du passé afin d’éviter de reproduire les mêmes erreurs mais il faut également trouver des solutions innovantes pour que le domaine du logement soit faiblement impacté. Rappelons que se loger est un besoin vital.

La mobilité de demain, un vrai défi !

Par Guerric Deblire

Taxe kilométrique, zone à basse émission, mobilité alternative, intermodalité… tant de thématiques qui dominent les débats médiatiques de ces derniers mois quand vient le sujet épineux de la Mobilité. Mais au fond, avons-nous bien conscience des difficultés et des enjeux de demain?

Retour en 2020. L’accord de Gouvernement Vivaldi prévoit de débloquer un budget de 250 millions d’euros d’ici 2024 en vue de réaliser des investissements importants sur le rail. Ces investissements sont nécessaires afin d’évoluer vers un rail plus performant, et plus en accord avec les attentes et besoins des utilisateurs. Presque dans le même temps, le Gouvernement Wallon affirme vouloir densifier le réseau de lignes Express TEC et créer 10 nouvelles liaisons. Le secteur privé, quant à lui, n’est pas en reste à l’image de l’initiative flamande « Office on Wheels – Kantoorbus », entendez par là des bus-bureau qui partent de différentes villes et convergent vers Bruxelles en donnant la possibilité aux travailleurs de rentabiliser leur temps de trajet grâce à un bus totalement équipé comme un véritable bureau : prises électriques, USB, wifi, machine à café,… Bref, la transition vers la mobilité de demain est en marche !

Derrière ce bel élan que personne ne contestera, nous sommes toutefois en droit de nous poser certaines questions, parmi laquelle: les moyens technologiques et humains actuels, nous permettent-ils d’entrevoir sereinement la transition vers la mobilité du futur?

 

A l’aube de la COP26 qui s’est déroulée du 31 octobre au 12 novembre 2021 à Glasgow, l’objectif reste clair afin de rencontrer l’accord de Paris sur le climat: nous devons évoluer vers une mobilité plus collective afin de réduire nos émissions dues au transport. Cependant, bien que cet objectif reste primordial, n’oublions pas que les moyens de transport collectifs et individuels doivent se compléter mais que ces derniers cités ne pourront être totalement remplacés.

 

En juin dernier, le Gouvernement Bruxellois (représenté par Défi – PS – Ecolo, côté francophone) a détaillé son plan de sortie du diesel. A partir de 2030 les voitures et camionnettes qui utilisent ce carburant seront bannies de la capitale. Avec notre vision libérale, nous demandons un accompagnement pour les PME et indépendants qui devront nécessairement s’adapter à cette forme de mobilité du futur. Comment se dérouleront les livraisons de commerces ? Le citoyen habitant en périphérie se rendra-t-il encore chez son coiffeur en centre-ville ? Il est de notre devoir de libéraux de réfléchir, soutenir, et promouvoir nos commerces urbains qui contribuent à l’activité et à la vie de nos belles villes. 

 

En outre, l’extension des zones à trafic limité et des zones piétonnes devra prendre en compte certaines aspects tels que l’accès aux centres-villes à la partie la plus vieillissante de notre population, aux personnes en situation de handicap et aux familles avec bébés, pour qui une dépose au plus près de la destination est primordiale. La Ministre de la Mobilité Elke Van den Brandt (Groen) souhaite que d’ici 2030, 50 % des déplacements  intra-bruxellois s’organisent à pied, mais pouvons-nous vraiment obliger un octogénaire à agir de cette manière? L’intermodalité est certainement un enjeu clé de demain mais elle doit se préparer au mieux, dès aujourd’hui.

 

L’intermodalité, venons-en justement ! Vous êtes-vous déjà posé la question de savoir combien de moyens de transport vous empruntiez chaque semaine? Si relier deux points grâce à plusieurs modes de transport relève encore du casse-tête, de plus en plus de projets MaaS (Mobility as a Service) font leur apparition. Leur but? Permettre via un moyen technologique simple (dans la majorité des cas une seule et même application)  de réserver un billet de train, puis de bus, puis d’activer l’utilisation d’un vélo partagé ou encore d’appeler un service « Uber » et ce sans devoir passer par différents systèmes billettiques et de paiement. Si la Finlande se montre précurseur en la matière, la Belgique regorge de talents en matière technologique et de digitalisation et il ne tient qu’à nous de les soutenir.

La gestion de la pandémie passe à l’heure d’hiver !

Par Gauthier Jacques, rédacteur en chef.

Covid Safe, loi pandémie, CODECO… on fait le point.

Depuis près de deux ans, nous ne cessons de parler de cette fameuse pandémie, des variants, des vaccins, et bien plus encore. Bien que la Covid-19 comptabilise jusqu’à présent 4,6 millions de décès dans le monde, ce n’est la plus meurtrière des pandémies. Rappelons-en brièvement deux autres. La première est la peste noire. Entre 1347 et 1351, la peste bubonique se répand dans toute l’Europe et sera responsable de la mort d’environ 25 millions de personnes sur tout le continent. La deuxième est la grippe espagnole. À la fin de la Première Guerre mondiale, les autorités de santé publique n’avaient pas de protocoles officiels en place pour faire face aux pandémies virales. La grippe espagnole – dont le foyer principal était chinois et non espagnol – fera plus de 500 millions de contaminations et 50 millions de victimes, soit plus que la guerre en elle-même pour être tout à fait précis.

Si nous nous arrêtons quelques instants pour faire le point sur la situation mondiale, le constat est sans appel. Hausse des contaminations, comme nous pouvons le constater dans le graphique ci-dessous.

Source: ECDC, Our World in data. Chiffre jusqu’au 17 octobre, données pour la Finlande et Suède indisponibles.

Le graphique montre que, parmi tous les pays d’Europe occidentale à la forte couverture vaccinale, l’Irlande et la Belgique sont ceux qui connaissent l’augmentation la plus rapide du nombre d’infections et d’hospitalisations. Mais quelle est la situation de nos pays voisins ?

Aux Pays-Bas, le gouvernement de Mark Rutte a demandé à son organe consultatif dans la lutte contre la pandémie (l’Outbreak Management Team) de formuler des recommandations de mesures supplémentaires. Chez nos voisins français, l’Hexagone réussit à contenir le virus. Avec l’introduction du Pass sanitaire, la France a pu augmenter considérablement son taux de vaccination ; 74% de la population pourrait être vaccinées d’ici la semaine de Toussaint. Pour le Luxembourg, le gouvernement a également instauré le Pass sanitaire dans l’optique d’augmenter le taux de vaccination puisqu’il reste encore un quart de la population adulte qui n’a pas encore reçu de dose de vaccin. Et pour le sud de l’Europe, le virus est contenu. Quand la Covid-19 est arrivée en Europe, au printemps 2020, l’Italie, l’Espagne ou encore le Portugal étaient les pays les plus touchés. Aujourd’hui, leurs statistiques sont parmi les meilleures d’Europe.

Et la Belgique dans tout ça ? Quid du dernier CODECO ?

Avancé à ce mardi, la réunion du Comité de concertation – initialement prévue ce vendredi – a pris plusieurs responsables de court. Ni Sophie Wilmès (au Rwanda), ni Pierre-Yves Dermagne (au Danemark aux côtés du Roi), ni Rudi Vervoort (en Turquie), ni Jan Jambon (à Dubaï) n’étaient physiquement présents. Ne soyons pas alarmistes, ce n’est pas un retour au confinement, tant s’en faut ! Cependant la parenthèse estivale est terminée et la gestion de la crise passe à l’heure d’hiver. La page de l’épidémie n’est pas encore tournée. Outre le retour du port du masque dans tous les espaces publiques intérieurs ou l’imposition du Covid Safe Ticket (CST) dans tout le pays, la loi pandémie sera activée.

Cette loi a été publiée au moniteur le 20 août et est entrée en vigueur le 4 octobre dernier. Pour qu’elle soit utilisée, il faut d’abord qu’une situation d’urgence épidémique soit déclarée par un arrêté royal, sur base d’une délibération du conseil des ministres. Il faut, ensuite, déclencher la phase fédérale de gestion de crise. Des arrêtés royaux doivent être pris pour fixer les mesures restrictives de liberté à instaurer : accès au territoire, limitation d’accès ou fermeture de certaines catégories, limitation ou interdiction de rassemblements, limitation ou interdiction de déplacements, conditions d’organisation du travail, etc. Dans la suite logique, la Chambre a 15 jours pour confirmer ou infirmer mais il ne faut pas attendre cette ratification pour la mise en œuvre des nouvelles règles. En cas de concertation non-aboutie « le fédéral peut décider seul » déclare Patrick Goffaux, professeur de droit administratif à l’ULB. Par ailleurs, les autorités locales peuvent prendre des mesures complémentaires via les bourgmestres ou gouverneurs.

D’aucuns vitupèrent contre ces possibles restrictions liberticides et populicides – comme l’aurait très justement souligné Gracchus Baboeuf – mais une telle loi n’est pas une première dans notre pays. En effet, un décret sanitaire avait notamment été pris dans une situation de choléra en 1831 qui punissait de peine de mort les contrevenants. Nous sommes, donc, bien loin des amendes, peines de travail ou des peines de probation autonome imposées par cette nouvelle loi pandémie.

Sources 

Six pandémies qui ont marqué l’histoire, La Libre, Mercredi 27 octobre 2021 (Dossier Léguer Serain, pp. 10-11).

Gérer la crise la crise sanitaire avec la loi pandémie, cela change quoi ? , l’Echo, Mercredi 27 ocobtre 2021 (p.3).

Comment l’Europe répond à la hausse des contaminations au covid, l’Echo, Mercredi 27 ocobtre 2021 (p.4).

La loi pandémie sera activée, les mesures harmonisées, La Libre, Mercredi 27 octobre 2021 (pp. 4-7).

Interopérabilité des données

Par Olaf Van Der Straten

Derrière cette expression rebutante se cache un concept simple : la possibilité de transférer, d’une plateforme à l’autre, nos données personnelles.

Voyons pourquoi il est important de mettre en place un cadre législatif l’imposant aux acteurs du numérique.

Les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) tirent, en partie, leur position de quasi-monopole, de l’impossibilité de transférer nos données personnelles d’une plateforme à une autre.

Prenons, par exemple, le cas de Facebook. Si demain, je souhaitais quitter ce réseau social pour m’inscrire à un autre. Comment devrais-je procéder ?

Je devrais recréer un compte. J’inviterais chacun de mes amis présents sur cette nouvelle plateforme à nouer une “nouvelle” relation. Je m’abonnerais aux groupes ou aux pages qui m’intéressent, etc. Ce processus fastidieux est suffisamment décourageant pour inciter à rester sur le même réseau. 

À l’inverse, si je pouvais, d’un simple click,  télécharger mes données détenues par Facebook et les importer dans une nouvelle application, cela sera plus pratique. Si cela créait, automatiquement, une relation avec mes amis présents sur cette autre app, les groupes dont je suis membre et les pages que je suis, cela me permettrait de changer facilement de plateforme et créerait, de facto, une concurrence saine entre les réseaux sociaux. L’émergence de nouveaux acteurs serait également facilitée.

En tant que libéral, nous savons à quel point la concurrence libre et non faussée est source d’innovation et de bien-être.

La crise du Covid dans les écoles, ou comment rendre les choses toujours plus compliquées.

Par Nathan EYNATTEN

Depuis mars 2020, et l’annonce de la fermeture totale des écoles pendant une période indéterminée, il est évident que le rythme scolaire a totalement été bouleversé. Tous les acteurs de l’enseignement s’accordent à le dire : rien n’est plus comme avant ! Effectuons un petit tour d’horizon sur ce qui a changé et sur les conséquences désastreuses que cela peut avoir…

Première étape : suspension des cours

Cette mesure, prise dans l’urgence, nous ne pouvons pas fondamentalement la critiquer ; qui pourrait prétendre ce qu’il était bon de faire dans une situation de crise comme celle qu’a dû gérer notre ancien gouvernement, alors que l’ensemble des experts annonçaient une catastrophe épidémiologiste en cas d’inaction.

Cependant, aujourd’hui, nous pouvons constater les dégâts, en termes d’apprentissages, qui ont été causés par cette fermeture des institutions scolaires. Les enseignants n’ont pas pu terminer le programme de l’année en cours ; il revenait donc aux enseignants de l’année suivante de terminer les apprentissages essentiels pour continuer à accumuler des compétences.

La fermeture totale des écoles a également eu comme impact une énorme cassure dans le rythme scolaire, à tous les niveaux de l’enseignement (de l’école maternelle jusqu’à la dernière année de master universitaire). En effet, les élèves se levaient quand ils le souhaitaient, n’étaient pas contraints de travailler pour l’école … c’était, en quelques sortes, de belles vacances supplémentaires. Comment revenir à un rythme plus ou moins régulier par la suite ? Surtout que, nous allons y venir, l’école n’a jamais réellement repris…

Deuxième étape : reprise partielle des cours

Avant la fin de l’année scolaire 2020-2021, certains élèves ont pu retourner à l’école : les élèves ayant des difficultés d’apprentissage et nécessitant un accompagnement privilégié – bonjour le système discriminatoire, Madame Désir. Les autres devaient apprendre à utiliser une plateforme numérique tout en gérant le travail que les professeurs leur donnaient. Notons à ce stade que les professeurs, plus que jamais, ont été également sollicités d’une manière inédite : ils ont dû adapter en un temps record l’ensemble de leurs cours en version numérique pour garantir les bases solides de l’enseignement de base.

Perte de motivation, lacunes dans les apprentissages et essoufflement du corps professoral ne sont que trois exemples de conséquences que les élèves ou leurs enseignants ont pu ressentir pendant cette fin d’année scolaire. Malheureusement, ils n’étaient pas au bout de leur peine…

Troisième étape : entre le « vert pastelle » et le « rouge sang » – un arc-en-ciel de couleurs liberticides

Nous exagérons le trait, bien entendu, lorsque nous parlons de « couleurs liberticides », veillez nous en excuser, Madame la Ministre, mais… malgré tout… vous admettrez que votre code couleur qui avait pour vocation de réguler les ouvertures/fermetures des écoles dès la rentrée 2020-2021, n’avait rien de clair.

Au départ, nous avions envie de croire que l’épidémie était dernière nous : nous rentrions en code vert ! Ce code vert n’aura, in fine, duré que quelques jours puisque la situation épidémiologique s’aggravait : passage au code orange amorcé !

Les écoles étaient donc invitées à organiser les cours en hybridation – sauf pour les élèves du primaire et du premier degré secondaire. Il fallait donc trouver un moyen d’organiser les cours à moitié à l’école et à moitié à la maison. Les parents devenaient donc des enseignants, pendant qu’eux aussi ils télétravaillaient, les élèves jonglaient avec l’ordinateur et leurs cours, enfin… s’ils y arrivaient, et ce sans aucun stresse car, comme l’année précédente, la ministre de l’Enseignement obligatoire l’avait déjà annoncé : lors des délibérations, les enseignants et les directions seront amenés à considérer l’hybridation et donc à être indulgents. Traduction : vous passerez tous, sauf grosses exceptions.

L’année 2020-2021 a été une succession de changements de couleur, en fonction d’abord de la situation en FWB, puis au niveau régional, puis au niveau local … bref un casse-tête sans nom que personne ne comprenait.

Quatrième étape : qu’en est-il aujourd’hui ?

Depuis le début de cette année scolaire, les écoles sont ouvertes et les élèves peuvent suivre les cours à temps plein en classe. Sauf que, dans les faits, les choses ne sont pas aussi simples. Le virus est toujours présent, donc il n’est pas impossible qu’une quarantaine soit exigée pour un élève, et donc c’est au professeur de s’adapter : donner cours en se filmant pour être en direct chez les élèves absents. Tenter, tant bien que mal, de gérer les apprentissages malgré les lacunes accumulées. Essayer de redonner aux élèves le plaisir d’apprendre, et surtout de leur réapprendre la vie à l’école, car comme expliqué ci-dessus, les deux dernières années scolaires n’a pas aidé nos jeunes dans leur rythme…

Une peur règne dans les écoles : le retour à l’hybridation ou – pire encore – une nouvelle fermeture totale des écoles.

L’enseignement est un secteur qui aurait toujours dû être considéré comme essentiel, et qui pourtant, aujourd’hui, est mal mené.

Les Jeunes MR plaident pour un retour à la normalité dans les écoles, un retour aux apprentissages réels et efficaces, une vraie considération des enseignants et de leurs élèves.

Nous encourageons nos dirigeants à prendre en compte la réalité du terrain avant d’annoncer sur un plateau de télévision des mesures qui sont encore loin d’être prises. Les directions des écoles sont à bout de souffle, ils attendent avec impatience les nouvelles circulaires dans lesquelles ils risquent d’apprendre que leur rôle va encore changer. Vont-ils devenir médecins, agent de tracing ? Vont-ils être amenés à devoir, une nouvelle fois, organiser un sens de circulation dans l’école ou vont-ils devoir investir dans des logiciels pour permettre une hybridation ? Bref, quand vont-ils retrouver leur fonction principale : gérer un établissement scolaire où l’objectif est de garantir à chacun des élèves un épanouissement et une qualité d’apprentissage ?

Nous encourageons également nos enseignants à tenir le coup, les jeunes MR savent qu’ils sont sur le front chaque jour pour faire du mieux qu’ils peuvent. Leur objectif reste l’accompagnement des jeunes dans la réussite, et pour cela nous leurs sommes reconnaissants !

Enfin nous pensons à chacun d’entre nous, jeune élève, jeune étudiant ou jeune diplômé, qui doivent, chaque jour, augmenter notre capacité d’adaptation.

En résumé : gardons le cap ! Soyons forts, nous allons pouvoir tenir le coup.

Nathan EYNATTEN – Délégué jeunesse, enseignement, formation & vie étudiante.

L’édito

La parole est à vous !

Chères amies libérales, chers amis libéraux,

Voici mes premiers mots en tant que rédacteur en chef de ce merveilleux magazine. Comme vous le savez probablement, notre Piccolomag va prendre un nouvel envol : nouveau nom, nouveaux et nouvelles journalistes, sensibles à différentes thématiques telles que politique, économique, scientifique, et bien plus encore.

Je profite également de ces quelques lignes pour vous garantir que nous n’attendrons pas que la parole nous soit donnée, nous la prendrons, comme nous l’avons toujours fait ! A travers ce magazine, nous aborderons librement différents sujets, car comme l’aurait dit Jean Jaurès – bien que partageant une tendance différente de la nôtre, nous ne pouvons que souscrire à son propos quand il déclare que – le premier des droits de l’homme [sic] c’est la liberté individuelle, […] la liberté de pensée et la liberté de travail. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter, chères lectrices et chers lecteurs, une agréable lecture ; et à vous, mes journalistes, une rédaction fructueuse et de qualité, digne de notre renom !

Libéralement vôtre,

Gauthier Jacques

L’interview politique d’Egbert Lachaert, Président de l’Open VLD

Retrouvez notre journaliste Piccolo, Gauthier Jacques, en présence d’un invité de marque, Egbert Lachaert, le Président de l’Open VLD, les Libéraux flamands. Au sujet de cette interview, vous entendrez donc notre invité sur prononcer sur diverses thématiques dont, entre autres, la crise Covid-19, les mesures mises en place pour lutter contre le virus ainsi que leurs impacts sur l’économie, la migration ou encore la séparation entre l’Eglise et l’Etat.

Petite particularité de cette interview, elle se fait en 2 langues! Certaines questions sont donc posées et répondues en français et d’autres en néerlandais.

Alors genietervan et on se retrouve très vite pour une nouvelle vidéo sur notre chaîne Youtube! #staytuned

Le politiquement correct… on en crève !

Par Gauthier Jacques, journaliste Piccolo.

Tout le monde a déjà été confronté à ce politiquement correct mais que devons-nous en penser ?

La dernière idiotie est récente. Comme vous le savez, chaque année, une cinquantaine d’États, dont la Belgique, font la démonstration d’une belle coopération européenne à travers l’organisation des “Journées européennes du Patrimoine” dans le but de rapprocher les trésors patrimoniaux du public. En Wallonie, ces journées auront lieu les 11 et 12 septembre sur le thème “Femmes et Patrimoine”. Elles mettront précisément en valeur les femmes en évoquant leur rôle, leur fonction, leur apport personnel et collectif, leur gestion, leur empreinte ou alors tout simplement leur souvenir. Par ailleurs, seront également mis en avant les biens patrimoniaux wallons en lien avec l’évolution des droits sociaux et politiques des femmes en Belgique.

Tout semble fonctionner comme sur des roulettes mais le socialiste bruxellois Pascal Smet de Vooruit est tombé dans les griffes de ce politiquement correct. En effet, il souhaiterait changer le nom et le rebaptiser de « Heritage days ». Pourquoi ce changement ? Selon le Secrétaire d’Etat, cette appellation est purement sexiste puisque le mot « patrimoine » dérive directement du substantif latin patrimonium, évoquant un héritage paternel et donc masculin.

L’idiotie humaine ne cessera jamais de m’impressionner. Je pense que personne n’avait jamais pensé à cette étymologie latine aux « allusions sexistes ». Par ailleurs, je pense même que toutes les personnes qui utilisait le mot patrimoine n’ont jamais pensé « asservir » les femmes. Ce changement d’appellation pose, en réalité, deux problèmes. Nous créons, d’une part, un problème où il n’y en a pas. D’autre part, nous utilisons des mots anglais alors que nous avons des équivalents en français. L’incorporation de substantifs étrangers dans une langue ne me dérange absolument pas à condition qu’ils soient nécessaires. Le cas échéant, utilisons les mots dont nous disposons.

Le politiquement correct nous plonge non seulement dans une décadence linguistique mais également dans une constante crainte de « mal parler ». Une personne aveugle voit-elle mieux quand on l’appelle « malvoyante » ? Le politiquement correct nous plonge dans un marasme dont nous ne pourrons plus sortir. Le politiquement correct nous plonge dans une société décadente. Y souscrire, c’est renoncer à sa liberté ! Pour moi, c’est donc un grand « non » !

Sources (dont image):

https://www.lalibre.be/debats/ripostes/2021/08/25/pascal-smet-a-t-il-eu-raison-de-rebaptiser-les-journees-du-patrimoine-en-heritage-days-BLNMA5Z4CNG4HBVN2KQ6MGMR6Y/?fbclid=IwAR2SvOa_fQ0a47eTJFqo0T300lNE17Rk2ZAdVlJInsFX7v2H1_j_p9GCUpc

Crise en Afghanistan: les limites désastreuses du Nation Building à l’américaine

Par Olivier Humblet, journaliste Piccolo.

Retour sur les évènements de ces dernières semaines

« Il s’agit d’un échec de l’ensemble de la stratégie occidentale conduite au cours des deux dernières décennies ». Voici comment Nicolas Gosset, spécialiste de l’Asie centrale à l’institut royal supérieur de défense, définit la situation actuelle en Afghanistan.

Nous sommes les témoins d’un renversement complet du régime mis en place par les Occidentaux il y a de cela plus de 20 ans. Les derniers évènements ont pris un coup d’accélérateur quand le président américain Joe Biden a annoncé le retrait définitif des troupes américaines le 14 avril dernier. Suite à cette annonce et au retrait progressif des troupes US, les Talibans n’ont fait que prendre des territoires. Districts après districts, villes après villes, ils ont enchaîné les victoires sur les forces militaires et policières gouvernementales afghanes. L’armée régulière en déroute et exsangue laisse derrière elle l’équipement qui est utilisé par les Talibans pour accélérer la prise du pays. 

A la surprise des Occidentaux, le président Ashraf Ghani fuit le pays et les Talibans entrent dans Kaboul le 15 août 2021 créant la panique dans la capitale. Tous les calendriers sont bousculés et commence la cohue pour fuir le pays de la part des nombreux ressortissants étrangers et leur famille ainsi que les Afghans ayant collaboré de près ou de loin avec les Américains et leurs Alliés. C’est à l’aéroport de Kaboul, seul vivier encore sous protection occidentale, que se cristallise cet exode moderne. Se masse alors des milliers de candidats au départ créant des scènes de chaos qui ont fait le tour du monde. C’est à la lumière de ces images qui nous sont parvenues par les réseaux sociaux principalement que nous pouvons évaluer la crainte que représente l’arrivée des forces talibanes au sommet du pouvoir. Les foules se déplacent, les gens s’accrochent aux carlingues, les jeunes courent après les avions qui quittent le tarmac et nous comptons déjà les premiers décès. Le 20 août, une source de l’OTAN fait état d’une vingtaine de personnes décédées lors de ces évènements.

S’est alors organisé plusieurs opérations occidentales conjointes pour rapatrier les ressortissants et les personnes candidates à l’exil. La Belgique se joint à l’opération via sa propre mission Red Kite qui a pour but d’évacuer les Belges d’Afghanistan. Des ponts aériens entre Kaboul et la capitale pakistanaise Islamabad ont été créés. Cette opération menée par la Belgique a permis d’évacuer 1400 personnes à bord des vieux C-130 de la Défense, pourtant voués à enrichir nos musées.

Malgré les évacuations qui allaient bon train, deux éléments rendent la situation délicate aux abords de l’aéroport de Kaboul. Premièrement, la date définitive du retrait des troupes américaines, dernières garantes de la sécurité des missions d’évacuation, est fixée et confirmée par J. Biden au 31 août 2021. Or les candidats au départ sont extrêmement nombreux et massés aux entrées de ce que représente la dernière porte de sortie du pays. Il commence à se faire entendre que tout le monde n’aura pas une place dans l’avion. Le deuxième élément est la menace d’une attaque terroriste qui plane depuis plusieurs jours. En effet, Didier Leroy, chercheur à l’institut royal supérieur de défense, estime que le paysage politique morcelé de l’Afghanistan se prête à un jeu de pouvoir et d’influence entre les groupes islamistes qu’ils soient d’Al-Qaïda, des Talibans ou de l’Etat Islamique. Ce jeu d’influence pourrait donc mener un de ces groupes et notamment l’Etat Islamique à perpétrer un attentat dans cette foule agglutinée aux abords de l’aéroport. Pour le chercheur, l’occasion serait ici « trop belle » pour l’EI de perpétrer une attaque qui déforcerait les Talibans vainqueur de la guerre d’Afghanistan, mettrait en lumière l’impuissance américaine et aurait un potentiel de publicité énorme tant la situation afghane actuelle est médiatisée. C’est exactement ce qui arriva le 26 août dernier. Un attentat suicide a été perpétré et revendiqué par l’Etat Islamique causant la mort de 180 personnes dont 13 soldats américains et blessant 200 personnes supplémentaires. Cela faisait deux jours que les renseignements occidentaux parlaient d’un risque très élevé d’une attaque de l’EI dans la foule de l’aéroport. Les Américains ont, la veille de l’explosion, exhorté les candidats à l’exil de quitter la zone. Mue par une crainte encore plus forte de rater un éventuel vol pour fuir le régime taliban, la foule est restée campée là dans l’espoir d’un voyage.

Nous sommes le 31 août 2021 à l’heure d’écrire ces lignes et les derniers soldats américains ont quitté le pays, détruisant leur matériel militaire resté sur place, et laissant un peuple voué à son propre destin. Les tirs de victoire des Talibans dans la capitale afghane marquent ainsi la fin d’une guerre initiée en 2001 à la suite des attentats du World Trade Center de New-York.

Eléments historiques d’une catastrophe annoncée

Faisons un retour dans le temps pour comprendre comment nous en sommes arrivés à la situation chaotique de ces dernières semaines. Déjà en 1979, en pleine guerre froide, l’Afghanistan se retrouve au centre d’un conflit décentralisé qui oppose les deux superpuissances de l’époque, l’URSS et les USA. Marc Epstein revient sur la guerre d’Afghanistan de 1979 à 1989. Il fait ressortir un point intéressant dans l’analyse des évènements qui ont eu lieu en ce mois d’août 2021, soit 40 ans plus tard. Le casus belli de la guerre de 1979 est l’entrée sur le territoire afghan de l’armée rouge voulant porter secours à la branche communiste de la politique afghane et ainsi assurer la pérennité de la République Démocratique d’Afghanistan. Avec la même logique qui a poussé les USA à intervenir en Corée, au Vietnam, ou en Chine, les Américains sont également intervenus en Afghanistan pour éviter que le pays tombe dans le camp communiste. Pour se faire, ils ont favorisé un soutien à des combattants locaux et non l’intervention militaire pure. Ainsi, plus de 7 milliards de dollars ont été dépensés par les USA, au travers de l’opération Cyclone de la CIA, et l’Arabie Saoudite pour le financement de la résistance afghane composée, entre autres, des Moudjahidines d’Afghanistan. Il s’agit d’un groupe islamiste salafiste prônant le Djihad pour chasser les Soviétiques de leur pays. Pour ce financement, la CIA a fait appel à Oussama Ben Laden qui s’occupait des relations avec l’Arabie Saoudite et qui recrutait des guerriers pour lutter contre les Soviétiques. L’URSS perd la guerre et quitte le pays en 1989 juste avant la chute de son empire communiste. 

La décennie qui suit la guerre d’Afghanistan de 1979 à 1989 voit la guerre civile prendre le dessus. Des dissensions apparaissent entre les groupes de résistance vainqueurs des Soviétiques. Deux cellules s’affrontent alors. D’une part la résistance afghane dont l’une des figures emblématiques est le Commandant Massoud, et les combattants étrangers arabophones importés par Ben Laden. Ces derniers veulent faire de l’Afghanistan le pays central où former les candidats au Djihad (ou guerre sainte), créer un état respectant la Charia, et lutter contre le système mondial et la présence occidental en terre d’Islam. Les Moudjahidines de Massoud sont exilés dans la montagne et le Mollah Omar instaure la loi islamique au pays et permet aux graines d’Al-Qaïda de germer sur son territoire.

En 2001, les alertes envoyées par le Commandant Massoud aux Occidentaux sur la menace d’attentat qui pèse sur eux ne parviendront pas à éviter l’Histoire de se dérouler. Le 6 septembre 2001, un attentat perpétré par deux Tunisiens vivant à Bruxelles coûte la vie au Commandant des Moudjahidines, et le 1er septembre de la même année, les Etats-Unis sont frappés à New-York par un attentat qui changea la face du monde. La réaction du président de l’époque, George Bush fils, est immédiate. Il demande à l’Afghanistan de livrer les responsables des attentats, à savoir Ben Laden et son groupe. Suite au refus de coopération des Talibans au pouvoir, les USA entrent en guerre et chassent les Talibans du pouvoir. C’est le début de la seconde guerre d’Afghanistan qui vient tout juste de prendre fin.

Gilles Dorronsoro parlait déjà d’un « échec annoncé » dans son ouvrage daté de 2003. En effet, malgré une prise rapide du pays, les Talibans se sont vite regroupés dans les montagnes et les campagnes qui entourent les grandes villes. Pieter de Crem, notre ministre de la Défense de l’époque, avait le nez creux quand en 2011 il a dit : « la guerre n’est pas finie ». La menace n’a jamais disparu, la situation s’est enlisée et le conflit a duré. Un des éléments qui explique pourquoi la guerre s’est corrompue en Afghanistan est l’absence de soutien dans les communautés locales. Les Américains ont imposé une nation démocratique basée sur le système occidental dans un pays où la réalité démographique, morale, religieuse était tout autre. Les Talibans n’ont donc jamais disparu. Ils gardaient une forte emprise dans les zones rurales qui s’opposaient de plus en plus à l’occidentalisation des villes. C’est dans ce contexte de guerre sans fin, de dépense publique astronomique, d’une résurgence des Talibans en 2017 malgré l’assertivité d’Obama que le président D. Trump et son administration ont négocié, lors des accords de Doha, un retrait définitif des troupes américaines.

L’accord de Doha a eu lieu en février 2020 entre les USA et les Talibans. Cet accord prévoyait une sortie des Américains du pays dans les 14 mois, l’assurance que les Talibans ne mettraient pas en péril la sécurité des premiers et de leurs alliés ainsi que la restitution de prisonniers dans les deux camps. Joe Biden qui a dû respecter cet accord a donc entrepris le retrait des troupes ce qui a permis aux Talibans de reprendre le pays.

Echec du nation building en Afghanistan

De l’avis des observateurs, cette reprise du pays par les Talibans sonne comme un échec. Il s’agit de l’échec d’un modèle américain instauré dans les années 1990-2000 nommé le Nation Building. Il s’agit d’une doctrine politique appuyée par la frange conservatrice de l’échiquier politique américain et proche de G. Bush fils. C’est cette doctrine qui a poussé les USA à rester en Afghanistan après 2001. C’est également cette politique qui est à la base de la guerre d’Irak de 2002, de la guerre de Syrie et de celle de Libye de 2011. L’objectif est de renverser un pouvoir jugé contraire à l’ordre et la sécurité mondiale militairement, puis d’occuper le pays assez longtemps que pour y mettre en place un gouvernement démocratique favorable aux valeurs occidentales libérales. A quoi aura servi 20 ans de guerres, des milliers de morts, et des milliards de dollars, pour qu’à la fin, les Talibans reprennent les rennes du pays ?  La fin de la guerre d’Afghanistan ne doit-elle pas enterrer le concept de Nation Building à l’américaine qui, de nombreuses fois, a montré ses limites ? Comment faire rayonner les valeurs de liberté à travers le monde sans causer plus de dommage que d’avantage ? Voici les questions auxquelles vont devoir répondre les dirigeants du monde libre au lendemain d’un retour en force de l’islamisme sur la scène internationale.

Sources (dont photos):

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_afghanistan-les-chancelleries-occidentales-entament-l-evacuation-de-leur-personnel-sur-place?id=10824454

https://www.ouest-france.fr/monde/afghanistan/le-president-afghan-ashraf-ghani-est-aux-emirats-arabes-unis-e708b404-002d-11ec-a0ac-8a8a3b7c04b7

https://fr.metrotime.be/belgique/fin-de-loperation-red-kite-kaboul-il-y-avait-un-risque-dattentat-suicide

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_mieux-comprendre-ce-qui-se-passe-en-afghanistan-en-six-questions-reponses?id=10824930

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_attaque-a-l-aeroport-de-kaboul-entre-l-impuissance-americaine-et-l-humiliation-talibane-l-etat-islamique-est-le-seul-gagnant?id=10830766

https://www.lexpress.fr/actualite/monde/attentat-a-l-aeroport-de-kaboul-le-recit-d-un-carnage-aux-consequences-internationales_2157360.html

https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_p-de-crem-sur-le-retrait-d-afghanistan-la-guerre-n-est-pas-finie?id=6363643

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_afghanistan-quel-risque-terroriste-representent-l-etat-islamique-et-al-qaida-face-aux-talibans?id=10830090

https://information.tv5monde.com/info/afghanistan-les-raisons-du-chaos-mortel-l-aeroport-de-kaboul-421419

« Afghanistan : chronique d’un échec annoncé », Gilles Dorronsoro, Dans Critique internationale 2003/4, (no 21), pages 17 à 23.

« L’URSS et le piège Afghan 1979-1989 », Marc Epstein, Perrin.