Vivre son homosexualité en Belgique

Pour le PiccoloMag, Cyril, Guillaume, Renaud et Louis-Xavier, membres Jeunes MR, ont accepté de témoigner du vécu de leur homosexualité en Belgique.

A visage découvert, ils parlent de l’évolution des mentalités, de l’homophobie, des difficultés à exprimer leur orientation sexuelle dans leur quotidien ou encore dans leur profession. Vraiment rien n’est mis de côté! De plus, pour améliorer la situation de vie des hommes homosexuels, ils proposent plusieurs recommandations notamment sur l’adoption, la GPA, le don de sang ou encore pour un enseignement plus inclusif.

Découvrez leur expérience dans la vidéo ci-dessous!

Que se passe-t-il en Birmanie ? Retour des violences dans ce pays où le coup d’État passe de l’exception à la norme

Par Olivier Humblet, journaliste Piccolo

Dernière flambée de violence 

Ça s’est encore produit ! Pour la troisième fois de son histoire depuis l’indépendance en 1948, la Birmanie  a vécu un coup d’État dans la matinée du lundi 1er février de cette année. Cependant, il s’agit du premier  renversement de pouvoir de la part de l’armée depuis la transition démocratique amorcée en 2008 suite  à un référendum national, découlant de la révolution de safran. Ainsi, le président du pays, Win Myint, et  la cheffe de facto du gouvernement, Aung San Suu Kyi, ont été arrêtés dans la matinée du 1er février par  la junte militaire sous l’égide du général Min Aung Hlaing. Les organes de l’Etat ont été mis sous le contrôle de l’armée, l’Internet a été totalement bloqué et un couvre-feu a été instauré interdisant tout  déplacement à partir de 20h. S’en sont suivies des manifestations partout dans le pays mais surtout à  Rangoon, la capitale historique. D’abord pacifiques et sans violence, ces manifestations ont vite été  brimées par la junte, désormais toute puissante. La police militaire tente de rétablir l’ordre en usant de violence provoquant de nombreux blessés et décès. A l’heure actuelle, l’ONU fait état de plus de 70 morts  suites aux manifestations dont le but est le retour à la démocratie, le respect des résultats électoraux de  novembre 2020 et la libération de la leader du parti vainqueur, Aung San Suu Kyi. 

Coup d’Etat de février 2021, le contexte d’un événement prévisible

La Birmanie est un pays d’Asie du Sud Est qui souffre d’un passé compliqué caractérisé par une indépendance sanglante, et dont la première Constitution porte en elle le terreau de futures répressions  des minorités du pays qui mettront à mal la réputation du pays sur la scène internationale. A côté de cela, l’histoire birmane se raconte au travers de sa junte militaire et de ses coups d’Etat ainsi que par la vie de la dame de Rangoon, Aung San Suu Kyi. 

Le dernier putsch militaire qui s’est produit en février dernier s’inscrit donc dans une dynamique plus complexe. Cette ligne du temps commence en 1962 avec le premier coup d’Etat qui voit Ne Win, un  militaire, prendre le pouvoir et le garder jusqu’en 1988. Pendant cette période, un parti unique sous  l’égide de l’armée est créé. Il s’agit du Parti du programme socialiste birman qui entérine la doctrine  politique du pays, le socialisme. Cette période voit également la création d’une nouvelle Constitution et  la naissance de la République socialiste de l’Union de Birmanie pour laquelle la moitié du budget de l’État est allouée à l’armée. La Birmanie rejoint alors la liste des pays les moins avancés de la planète. Les tentatives pour sauver l’économie birmane de 1987 vont plonger le pays dans une grave récession et ses habitants dans une grande misère. Il va en découler des manifestations qui vont être violemment brimées au point de déplorer plus de 10 000 morts durant toute la période des revendications pour l’avènement  de la démocratie libérale en 1988. Cette année voit également arriver sur la scène publique la fille du héros assassiné de l’indépendance, Aung San Suu Kyi qui va revêtir la prestance d’une femme d’état.  

1988 est également l’année de la troisième Constitution qui maintient les militaires au pouvoir en créant  le Conseil d’État pour la restauration de la loi et de l’ordre, et en renommant le pays « Myanmar ». La Ligue nationale pour la démocratie (NLD), à savoir l’opposition démocratique dirigée par Aung San Suu  Kyi, ne reconnaîtra jamais cette dénomination. En 1989, la leader de l’opposition est arrêtée et placée  pour la première fois en résidence surveillée. Elle n’en sera libérée qu’en 1995 suite aux pressions internationales. Ces dernières découlent du résultat des élections de 1990 où la Ligue reçoit 82% des voix.  La junte ne respecta pas les résultats et la Ligue forma un gouvernement en exil.

Remise du Prix Sakharov à Aung San Suu Kyi Strasbourg 22 octobre 2013

Quelque temps plus tard, elle reçut le prix Sakharov du Parlement de l’Union Européenne et Aung San Suu Kyi le prix Nobel de la paix. L’armée renforce son  pouvoir en 1997 et Aung San Suu Kyi est de nouveau assignée à résidence de 2000 à 2002. Les années qui suivent sont le théâtre de plusieurs affrontements entre les minorités ethniques du pays comme les Rohingyas, les Shans, les Karen, les Chins, les Kachins, les Mons et la majorité du peuple, les Birmans. La  situation fera l’objet d’une attention particulière de l’Union Européenne et des Etats-Unis qui vont mettre  en place des sanctions économiques et des embargos sur la vente d’armes. Le Conseil de Sécurité de  l’ONU se montrera plus réticent du fait des positions russes et chinoises laxistes sur la question.  

Suite à ces pressions, un référendum démocratique est mis en place en 2008 et la quatrième Constitution voit le jour. Cette dernière est taillée sur mesure pour empêcher Aung San Suu Kyi d’accéder à une position dirigeante et maintenir un pouvoir suffisant aux militaires pour tenir le pays. Ainsi, le civil prend le pouvoir mais le poste de premier ministre n’existe plus. Par ailleurs, ne sont pas éligibles les birmans ayant un  conjoint et/ou des enfants étrangers (Aung San Suu Kyi est mariée à un anglais et a eu des enfants de ce  mariage). De plus, les militaires s’arrogent 25% des sièges des deux chambres législatives ; empêchant  par-là la possibilité d’une modification de la Constitution ; un des deux postes de vice-président, et 3  ministères ; celui de l’armée, du contrôle des frontières et des affaires intérieurs. Ces postes échappent à  la décision civile et sont directement nommés par l’État-major du pays. En 2010, des élections sont  organisées par les militaires qui en excluent le parti de la Ligue nationale pour la démocratie. Le résultat  est sans appel avec une victoire du parti contrôlé par les militaires C’est cette année-là que Aung San Suu  Kyi sera libérée de ce qui devait être sa dernière assignation à résidence après plus de 15 années au total.  Les 5 années qui suivent sont contrastées entre un retour en grâce de la Birmanie sur la scène internationale, notamment sous l’égide de l’Union Européenne et de l’administration Obama aux Etats Unis, et d’un regain de violence entre les ethnies bouddhistes et musulmanes du pays. 

Les législatives de 2015 sont un tournant de l’histoire birmane moderne. Malgré la victoire de la Ligue lors de ces dernières, elle n’a pas réussi à obtenir le nombre de sièges suffisant à abolir les dispositions de la  Constitution de 2008 visant à empêcher les conjoints d’étrangers au poste de président et de limiter la  mainmise des militaires sur l’exécutif. Un poste de Conseiller d’Etat est tout de même créé et la Dame de  Rangoon devient chef du gouvernement de facto. C’est donc un proche de Aung San Suu Kyi qui devient président et le pouvoir est partagé entre démocrates et militaires. Cette coexistence va pousser Aung San Suu Kyi, alors conseillère d’état et ministre des affaires étrangères, à veiller à ne pas froisser l’armée quitte à la soutenir lors de la publication des exactions et des crimes contre l’humanité perpétrés à l’égard de la  minorité musulmane des Rohingyas. Dès lors, 2017 marque le début de l’image écornée de Aung San Suu  Kyisur la scène internationale. En 2020, les élections sont remportées à plus de 83,2% des voix par le parti  au pouvoir, la NLD. Dépassant ainsi le pourcentage nécessaire à une modification de la Constitution de  2008, ces résultats représentent un danger pour la junte militaire qui y voit un risque de diminution de  son pouvoir. Risque d’autant plus crédible qu’une disposition a été proposée par le Ligue visant à pousser vers la retraite les militaires de plus de 65 ans. Il s’agit de l’âge que devrait avoir le général Min Aung  Hlaing cet été. Voyant cette « démocratie sous contrôle » s’émanciper, se libéraliser, la junte militaire n’a pas hésité, en ce mois de février 2021, à utiliser ce procédé en passe de devenir un outil habituel de  pouvoir en Birmanie, le coup d’État. 

Des réactions fermes contre cette atteinte à la démocratie

Les Occidentaux ont longtemps marché sur des œufs quant à la question birmane, surtout depuis l’éclatement du dossier Rohingyas sur la scène internationale. S’il a bien entendu été aisé de condamner  le dernier coup d’État et les exactions liberticides qui en ont suivi, le soutien de la prix Nobel de la paix à  l’armée face aux minorités musulmanes de son pays a fait l’objet de sorties plus timides.  

 “I strongly condemn the coup in #Myanmar and call on the military to release all who have been unlawfully detained  in raids across the country. The outcome of the elections has to be respected and democratic process needs to be  restored”. Charles MichelPrésident du Conseil Européen (1er février 2021) 

Belgium is very worried about the situation in #Myanmar. We strongly condemn a coup d’état that aims to  undermine democracy, as well as the arrests of elected members such as Mrs Aung San Suu Kyi. We will consider  the follow-up to be given to these actions with our EU partners”. Sophie WilmèsMinistre des Affaires Etrangères  de Belgique (1er février 2021)

 

 

Sources (dont images):

http://www.info-birmanie.org/le-systeme-politique-birman/

https://www.rfi.fr/fr/podcasts/fr%C3%A9quence-asie/20210206-retour-sur-le-coup-d-%C3%A9tat-en-birmanie-le-1er-f%C3%A9vrier-2021

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/02/01/en-birmanie-l-armee-s-empare-du-pouvoir-et-arrete-aung-san-suu-kyi_6068333_3210.html

https://www.lefigaro.fr/international/birmanie-comprendre-le-coup-d-etat-en-5-infographies-20210205

http://www.info-birmanie.org/chronologie-2/

https://www.leparisien.fr/international/birmanie-trois-nouveaux-morts-les-manifestations-reprennent-apres-une-nuit-de-violence-13-03-2021-RIS654BSLJGT3PU2LHOQNXEFYU.php

https://www.lalibre.be/international/asie/sophie-wilmes-et-charles-michel-condamnent-le-coup-d-etat-en-birmanie-6017b53f7b50a652f77011aa

https://www.lecho.be/economie-politique/international/asie/coup-d-etat-en-birmanie-les-birmans-se-sont-reveilles-sous-le-choc/10281263.html

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Charles_Michel_2019_(cropped).jpg

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sophie_Wilm%C3%A8s_(2020).jpg

https://www.flickr.com/photos/80497449@N04/7383912370

https://www.24heures.ch/birmanie-lenvoye-de-lonu-terrifie-par-la-situation-405189513515

https://www.ladepeche.fr/article/2008/05/24/455825-birmanie-referendum-constitutionnel-dans-la-zone-devastee-par-le-cyclone.html

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Remise_du_Prix_Sakharov_%C3%A0_Aung_San_Suu_Kyi_Strasbourg_22_octobre_2013-14.jpg

Quels enjeux pour l’agriculture urbaine ?

Ferme urbaine sur le toit des abattoirs d'Anderlecht

Par Pierre-Antoine Meurisse, journaliste Piccolo

L’urbanisation est une tendance majeure depuis plusieurs dizaines d’années et ce phénomène se poursuivra encore dans les prochaines années, accompagnant l’accroissement démographique mondial. Les conclusions récentes du rapport des Nations Unies sur les perspectives démographiques ont revu à la hausse l’estimation de la population mondiale. Elle devrait atteindre 9,6 milliards en 2050. Avec une proportion estimée de 75% en ville, plus de 7 milliards d’habitants y seront donc concentrés. 

Par ailleurs, la surface des terres agricoles ne cesse de diminuer laissant place aux infrastructures humaines. Cette situation interpelle et, réinvestir dans des surfaces non-conventionnelles en ville pour y produire des denrées, pourrait contribuer en partie à nourrir l’humanité et plus spécialement les citadins. 

Dans la majorité des grandes villes d’Europe, de plus en plus de projets intégrant l’agriculture urbaine voient le jour. La Belgique n’est pas en reste car des villes comme Bruxelles, Gand et Liège montrent l’exemple. 

En Belgique, ce secteur se caractérise par la construction annuelle de plus de 7000 bâtiments résidentiels ou non. Ce secteur est donc un levier essentiel pour aboutir à l’intégration réussie de l’agriculture urbaine et répondre aux défis d’aujourd’hui et de demain. Ainsi, l’intégration de diverses formes de végétation dans les villes aiderait à soulager ces problèmes par le rétablissement des services écosystémiques

Au-delà de l’intérêt majeur de produire autour et dans la ville, l’agriculture urbaine se caractérise par sa multifonctionnalité, dans l’idée qu’elle répond à de nombreux enjeux sociaux, économiques, environnementaux et territoriaux. Comme le montre la figure ci-dessous, l’agriculture urbaine peut jouer un rôle important dans de nombreux domaines qui sont tous interconnectés d’une manière ou d’une autre.

Source: https://www.researchgate.net/figure/Multifonctionnalite-de-lagriculture-urbaine_fig1_46571128

Environnement : 

L’agriculture urbaine peut répondre aux problèmes soulevés par le contexte urbain tout en contribuant au développement et à la multiplication des espaces verts en ville. Il permet donc de réduire les effets négatifs liés à l’imperméabilisation des sols et les effets d’îlots de chaleur. Les végétaux agissent comme des climatiseurs en ville, réduisant les poussières et les émissions de CO2 grâce à leur feuillage. L’augmentation du couvert végétal permet d’augmenter la biodiversité urbaine en aménageant des espaces où la faune et la flore peuvent se reproduire et se nourrir. La production alimentaire de saison réduit la pollution occasionnée par les transports. 

Aménagement urbain :

Étant donné que cette agriculture prend place au sein des villes, elle participe à l’aménagement du territoire en s’intégrant dans la trame urbaine et renforce les espaces verts déjà présents. L’agriculture urbaine contribue à l’émergence des projets urbanistiques avec divers objectifs menés par des acteurs différents. De plus, elle peut servir de levier pour la revitalisation d’espaces délaissés ou peu exploités par les communes et restitués aux citoyens des villes. Elle crée de nouveaux espaces publics dans le paysage urbain.

Loisirs : 

Le jardinage et maraîchage peuvent être perçus comme un passe-temps ou une activité positive. Ces activités permettent de pratiquer une activité physique en plein air proche de notre lieu de vie, à moindre coût.

Injustice alimentaire : 

La production au sein et à proximité des villes, pourrait permettre de rendre ces dernières plus résilientes face aux crises qu’elles peuvent traverser. Les circuits courts de distribution améliorent la sécurité alimentaire. La disparité économique entre les classes sociales les plus riches et les plus pauvres tend à montrer un déséquilibre quant à l’accès à une nourriture de bonne qualité. Les plus démunis n’ont pas la capacité financière de pouvoir se nourrir sainement à l’instar des classes sociales plus riches qui disposent des moyens nécessaires. L’autoproduction permet de produire une partie des aliments et de réduire ses dépenses.

Santé :

La production d’aliments frais n’ayant pas subi les mêmes techniques de production (agriculture conventionnelle, distances de transport et réfrigération) permet d’avoir de meilleurs bilans nutritionnels. De plus, l’activité de jardinage est bénéfique pour la santé, car elle contribue à maintenir une activité physique régulière. De nombreuses études ont déjà prouvé que cette activité présentait des avantages pour l’aspect mental : réduction des maladies chroniques, relaxation, ressourcement et bien-être. 

Economie : 

L’agriculture urbaine peut créer une multitude d’emplois locaux de la production jusqu’à la distribution voir la préparation/transformation des produits cultivés autant dans le milieu associatif que privés. Au sein des exploitations : les fermes de petite taille génèrent davantage d’emploi que les grandes fermes. 

Education et interaction sociale : 

L’agriculture urbaine peut être un outil éducatif afin de sensibiliser les populations urbaines à l’environnement et au processus de production d’un aliment. Au sein même d’un jardin, des transmissions de savoirs s’échangent entre les acteurs (qu’ils soient professionnels ou non) via la pratique du jardinage. La sphère sociale a toujours été présente dans l’agriculture urbaine comme en témoignent les jardins communautaires. Elle offre un contexte favorable pour l’inclusion sociale utile pour faire de la réinsertion auprès d’individus dans une situation d’isolement social. Ce sont des lieux qui favorisent les échanges entre individus de toutes classes sociales et intergénérationnelles. Afin de favoriser les jeunes générations à l’environnement, les écoles peuvent intégrer des potagers et proposer des activités pour les sensibiliser.

Pour finir, les projets d’agriculture urbaine se multiplient dans notre pays et c’est une véritable aubaine. Mais l’aspect alimentaire n’est pas l’essentiel. Il est évident qu’on ne pourra jamais nourrir une population urbaine uniquement avec des potagers urbains. D’autres aspects importants sont à prendre en considération. Avec le développement continu des villes, cette forme d’agriculture a de beaux jours devant elle …

L’investiture américaine, encore une tradition chamboulée par Trump ?

Un peu d’histoire 

L’investiture américain est un événement important si pas essentiel dans la vie politique des Etats-Unis. C’est d’ailleurs une des rares occasions, en plus de l’Etat de l’Union, qui rassemble le Président, le Vice-Président, les deux chambres législatives (Sénat et Chambre des Représentants) ainsi que les juges de la Cour Suprême. 

Depuis la ratification du 20ème amendement de la Constitution des Etats-Unis le 6 février 1933, la date de l’investiture est fixée au 20 janvier suivant l’ « election day ». Il y a eu trois exceptions :  Dwight D. Eisenhower en 1957, Ronald Reagan en 1985 et Barack Obama en 2013. S’agissant pour ces 3 occasions de réélections, le protocole est moins strict que lors de l’investiture d’un nouveau Président.

Qui assiste à l’Investiture ? 

En plus de réunir les différentes composantes de l’Etat (Gouvernement, les deux chambres législatives, la Cour Suprême), sont aussi présents le jour de l’investiture les différents représentants des forces armées (le président américain est le commandant en chef des armées) ainsi que les anciens présidents et les premières dames. L’absence de Donald Trump et Melania à l’investiture de Joe Biden ne fut pas discrète même si elle était prévue. En effet, Trump n’a pas marqué son mandat avec un respect des traditions ou du protocole. Mais l’investiture américaine n’est pas seulement un moment politique, c’est l’attachement d’un ancien Président, d’une nation entière à un transfert paisible des pouvoirs, un attachement à la démocratie tout simplement. Il serait cependant naïf de croire que « the Donald » est le premier Président a laissé son orgueil prendre le pas sur la préservation de la démocratie. D’autres présidents comme John Adams (2ème Président), Andrew Johnson (17ème président) ou Woodrow Wilson (28ème Président) ont également boudé la cérémonie d’investiture de leur successeur. Le dernier en date fut Richard Nixon (37ème président) qui n’a pas assisté à la prestation de serment de Gerald Ford en 1974. L’impeachment ayant donné lieu à sa démission est peut-être une raison plus que valable pour que Nixon ne se soit pas éternisé à Washington.

L’investiture américaine transcende les idéologies politiques

Démocrates ou Républicains, conservateurs ou progressistes, tous mettent leur opinion politique de côté pour assister à ce qu’on appelle dans le jargon une « peaceful transition of power » (transition paisible des pouvoirs). Pourquoi une telle tradition ? Tout simplement parce que la fonction de président transcende les hommes qui l’occupent. En effet, les Américains peuvent ne pas être d’accord avec les idées d’un président ou d’un autre mais il y a un respect presque solennel de la fonction de Président et en cela de la démocratie américaine. Ce respect peut être retrouvé dans « l’allégeance au drapeau », un serment au drapeau des Etats-Unis et surtout un serment à ce qu’il représente.
Il n’est alors pas difficile de comprendre pourquoi les Présidents Obama, Clinton et Bush ont tenu non seulement à être présent lors de l’Investiture de Joe Robinet Biden (fallait le mettre en entier une fois) mais également pour être ces garants d’une paisible transition des pouvoirs puisque Trump n’était pas présent pour le faire. Il est également bon de rappeler que malgré les grandes divergences politiques entre Joe Biden et Mike Pence (Vice-Président de Donald Trump), ce dernier était lui présent lors de l’Inauguration. 

Pour finir cet article, il me semble judicieux de terminer par une histoire. Fait historique ou légende urbaine, je vous laisserai en décider mais nul doute que cela décrit admirablement l’esprit derrière ces différentes traditions que nous venons d’évoquer. Quand Benjamin Franklin quitta l’Independance Hall (Philadelphie) juste après la deuxième version de la Constitution des Etats-Unis, une femme l’approcha et lui demanda « quelle forme de gouvernement nous avez-vous légué Monsieur Franklin ? » et Benjamin Franklin répondit « une République Madame, si vous pouvez la garder ». 

Par Alexandre Servais, journaliste Piccolo et délégué Jeunes MR aux relations internationales.

Eclairage sur le métier d’agriculteur avec la Fédération des Jeunes Agriculteurs

Pour ce troisième article dans la rubrique “Eclairage”, notre journaliste Piccolo Pierre-Antoine Meurisse a réalisé l’interview de Pierre André, Président de la Fédération des Jeunes Agriculteurs (FJA) et de Guillaume Van Binst, le Secrétaire Général. 

Nous avons voulu mieux comprendre quelles étaient les difficultés que rencontraient les jeunes agriculteurs et si ce métier attirait encore les jeunes. De plus, avec la reprise des négociations en 2019 sur le traité de libre-échange du MERCOSUR, nous avons demandé à la FJA quelle était leur position sur cet accord et, plus largement, sur la Politique Agricole Commune européenne (PAC) et la consommation de viande bovine en Belgique.

Si vous voulez en savoir plus sur la FJA, vous pouvez vous rendre sur leur site Internet via ce lien:  http://www.fja.be/

Par Pierre-Antoine Meurisse, journaliste Piccolo et Julien Liégeois, rédacteur en chef

L’affaire Chovanec, un drame à Charleroi Airport

Tu en as sûrement entendu parler, l’affaire Chovanec fut un des sujets de l’actualité de cet été. Il s’agit du décès de Jozef Chovanec, un Slovaque, quelques jours après son arrestation musclée et son enfermement à l’aéroport de Charleroi. En plus des images des interventions policières, ce qui a choqué fut également le salut nazi d’une policière au sein même de la cellule. Nous te proposons un retour en perspective pour bien comprendre les dessous de cet histoire controversé qui a éclaboussé à la fois le fonctionnement de la police et des services judiciaires ainsi qu’une partie du monde politique.


Par Arthur Martin, journaliste Piccolo et Julien Liégeois, rédacteur en chef.

Que s’est-il passé?

Remontons d’abord à la nuit du 23 au 24 février, à l’aéroport de Charleroi. Un homme d’origine slovaque, Jozef Chovanec, 39 ans, souhaite embarquer sur un vol Ryanair direction Bratislava, là où l’attend son épouse Henrieta Chovancova et leur petite fille de 2 ans. Il se fait rapidement remarqué car l’embarquement dans l’avion fut déjà assez agité… Après avoir oublié smartphone, portefeuille et carte d’identité au contrôle de sécurité, il est précipitamment monté dans l’appareil sans présenter son billet au comptoir de check-in. Il bouscule même une hôtesse, ce qui poussera le commandant de bord à ne pas vouloir décoller tant que Jozef Chovanec est à bord. Suite aux refus de quitter l’appareil, le personnel contacte la police aéroportuaire afin de l’escorter à l’extérieur. Il accepte et suit les policiers sans résistance. Il est également important de souligner que plusieurs témoignages de passagers insistent sur le fait qu’il n’était pas violent durant toute cette série d’évènements. Quoiqu’il en soit, une fois de retour sur le tarmac, les policiers demandent un renfort et ils procèdent à une “mise au sol”. Il s’agit d’une technique de plaquage ventral, permettant aux policiers d’immobiliser un individu et de le menotter. 

Par la suite, Jozef, récalcitrant à marcher debout, se laisse traîner et est emmené dans une des cellules du commissariat de l’aéroport. Élément important: cette cellule est surveillée en permanence par une caméra qui n’enregistre aucun son. La motivation de cet enfermement? Il est accusé de rébellion non armée. Quelques temps plus tard, l’officier de police administrative et la parquetière de garde, après avoir eu connaissance de la situation, décident de restreindre la liberté de Jozef Chovanec pendant 24 heures. D’autres décisions judiciaires sont prises: saisir les images caméras de son parcours, le faire voir par un médecin, et reporter son audition au lendemain. De plus, il refuse l’aide d’un avocat. Une aide médicale intervient vers 23h25, après avoir été appelée vers 20h05. Après une vingtaine de minutes, le médecin, qui n’est pas rentré dans la cellule, stipule que Jozef peut y rester toute cette nuit. Vers 23h30, son beau-frère Pavel et 2 amis débarquent au commissariat de l’aéroport. Ils avaient été prévenus par l’épouse de Jozef Chovanec car elle n’avait plus de nouvelles de lui. Le beau-frère transmet aux policiers des informations le concernant: il souffre de problèmes psychiatriques (schizophrénie) mais sans traitement depuis 2017, il a été renvoyé de son travail, il prend des médicaments pour la thyroïde et aurait consommé de l’alcool le jour-même. Pavel n’a pas pu rentrer en contact avec Jozef car on lui aurait rétorqué qu’il était en train de dormir.

Ce n’était absolument pas le cas. Ce qui suit est une série d’évènements et d’interventions policières et médicales qui commencent vers 23h et qui se terminent vers 5h30, heure à laquelle il est conduit à l’hôpital Marie Curie de Lodelinsart. A plusieurs reprises cette nuit-là, Jozef est violent et s’attaque à la porte de sa cellule ainsi qu’à lui-même, notamment en se frappant la tête de nombreuses fois. Ces périodes de violence sont entre coupées de tentatives de la police pour le calmer, ce qui marche temporairement mais cela finit à chaque fois en une manifestation de violence. Finalement, sa cellule est maculée de sang tellement il s’est blessé. La police, avec l’aide des pompiers, intervient après 4h30 pour l’empêcher de mettre sa vie en danger. Cette intervention est compliquée tant l’homme est agité et hors de contrôle. Ici aussi, le plaquage ventral est utilisé pour l’immobiliser. Plusieurs fois encore, il se débat puis se calme et ce jusqu’à l’intervention, vers 5h du matin, d’un médecin et d’une infirmière du smur (Service mobile d’urgence et de réanimation) pour lui injecter un calmant. Il fait ensuite un arrêt cardiaque et est réanimé quelques minutes plus tard. Pour finir, il est emmené à l’hôpital Marie Curie et y décédera le 27 février, malgré des soins intensifs pour le soigner.

Les procédures judiciaires et le Comité P

Plusieurs procédures judiciaires sont impliquées dans l’affaire Chovanec, ce qui peut la rendre plus compliquée à comprendre.

Il y a tout d’abord le parquet. Il s’agit d’une instance réunissant les magistrats qui représentent la société et en défendent les intérêts. La mission du parquet n’est pas de représenter un suspect ou une victime mais de s’assurer de l’application de la loi par les cours et tribunaux. Par exemple en demandant d’appliquer la loi pénale. Dans ce cas-ci, le parquet, via la magistrate de garde à l’aéroport de Charleroi, est intervenu parce que Jozef Chovanec était suspecté de rébellion non armée. D’où sa privation de liberté judiciaire. 

Il y a également une juge d’instruction qui est impliquée pour mener l’enquête. Il s’agit d’un juge professionnel dont la mission est d’obtenir un maximum d’informations avant un procès pénal. On dit d’ailleurs qu’il instruit le dossier.  Il est le seul à pouvoir poser certains actes comme faire des perquisitions ou délivrer un mandat d’arrêt. Il intervient dans une affaire parce qu’il a été saisi par la partie civile. Dans ce cas-ci, il s’agit de l’épouse de Jozef Chovanec, Henrieta Chovancova. Pour mener une enquête, le juge d’instruction est aidé par la police. Il peut également collaborer avec le Comité P, le comité permanent de contrôle des services de police. C’est un élément très important car, dans l’affaire Chovanec, l’instruction initiée par le juge débute pour suspicion de coups et blessures volontaires des policiers à l’encontre de Jozef Chovanec. L’enquête porte donc sur les interventions policières durant la nuit du 23 au 24 février 2018. Et c’est le Comité P qui assiste le juge d’instruction dans cette enquête. 

A partir du 27 février 2018, jour où Henrieta Chovancova se déclare partie civile, le travail d’enquête démarre. Il est prolongé en janvier 2020 et il se poursuit. Fin août 2020, le Comité P lance une investigation précisément sur le flux d’information à la suite de l’arrestation de Jozef Chovanec. Dernier élément en date: le 3 septembre, le Conseil supérieur de la Justice, organe indépendant exerçant une fonction de contrôle externe sur le fonctionnement de la justice belge, entame une enquête particulière sur d’éventuels dysfonctionnements dans la procédure judiciaire de l’affaire Chovanec. 

Le monde politique éclaboussé

Le monde politique a été éclaboussé par cette affaire. Déjà en février 2018, l’ambassade de la République slovaque avait écrit au SPF Affaires étrangères pour obtenir des explications sur le décès de leur ressortissant.  En août 2020, après que de nouvelles images aient été diffusées par la presse, les commissions Justice et Intérieur de la Chambre avaient été réunies en urgence pour auditionner les ministres CD&V en charge, à savoir Koen Geens et Pieter De Crem.

Première controverse: lors de cette réunion, Pieter De Crem a affirmé que le cabinet de son prédécesseur, Jan Jambon (N-VA), était au courant de l’affaire. Ce dernier a d’abord répondu par la négative: il n’était pas au courant et il ne se souvient pas. Par contre, comme il l’indiquait lui-même par communiqué, son cabinet était au courant mais sans connaître les détails et les images de l’arrestation. Rapidement, la presse s’emballe et parle de mensonges: Jan Jambon aurait-il menti? S’ensuivent également différentes réactions de politiciens telles que celle du socialiste flamand Louis Tobback. A ses yeux, l’actuel ministre-président flamand devrait démissionner. L’affaire prend de l’ampleur jusqu’à l’audition de Jan Jambon par le Parlement fédéral.

Que s’est-il donc réellement passé? D’après Jambon, le cabinet de l’époque avait bien reçu le rapport de police relatant l’arrestation de Jozef Chovanec mais, encore une fois, sans les détails des interventions policières. De ce fait, son cabinet n’aurait pas été alarmé par cette arrestation. De plus, M. Jambon a bel et bien rencontré en mai 2018 l’ambassadeur slovaque. Là aussi, il insiste: “L’entretien avec l’ambassadeur n’a pas donné d’informations qui auraient pu m’alarmer.” 

Ses propos n’ont pas manqué de susciter l’indignation de certains groupes politiques en commission. 

Et maintenant? 

L’enquête suit son cours. Mais elle a suscité de nombreuses questions dans la presse, autant sur la responsabilité politique que sur l’implication des interventions policières dans la mort du Slovaque. De plus, des suspicions de portent sur les procédures judiciaires: ont-elles été correctement menées? Des tentatives pour cacher la responsabilité la police ont-elles été mises en place? Que penser du retrait d’André Desenfants, directeur de la Direction générale administrative (DGA) de la police fédérale, qui a pourtant autorité sur la police aéronautique? 

Beaucoup de questions restent encore sans réponses. Début septembre, le parquet général de Mons remettait sa conclusion: les gestes des policiers ne seraient pas la cause du décès de Jozef Chovanec. Réaction de l’avocate d’Henrieta Chovancova, Me Ann Van de Steen: l’enquête est mal conduite et une demande de nomination d’un autre juge d’instruction sera déposée. 

Affaire à suivre…

Concernant le salut nazi, nous n’en avons pas parlé tant il y avait déjà d’éléments à relater et à détailler pour comprendre le fond de cette histoire. La policière responsable a été interrogée par le Comité P en mai 2018 et justifie ce geste par l’ambiance tendue et comme une forme de contre-réaction à des accusations de fascisme de Chovanec à l’égard de la police.

Sources:

Photos:

Le vrai du faux concernant le financement de nos soins de santé

Éclairage

Dans les médias et sur les réseaux sociaux, les critiques ont rapidement dénoncé les précédentes mesures d’économie réalisées par le gouvernement fédéral Michel 1er. Mais qu’en est-il exactement ? Afin de répondre à ces accusations, nous avons décidé de faire le point sur le fonctionnement général du financement des soins de santé, notamment des hôpitaux et de démêler le vrai du faux de ce que le gouvernement fédéral Michel 1er a fait… et n’a pas fait.

 

Par Julien Liégeois, rédacteur en chef et Pierre-Antoine Meurisse, journaliste Piccolo

soin de santé

Il est d’abord important de savoir d’où provient le financement de la sécurité sociale. Il est assuré par 3 sources principales : l’État (subsides publiques), les cotisations patronales et les cotisations des travailleurs (c’est-à-dire les cotisations des salariés, indépendants et fonctionnaires). D’autres sources secondaires, plus spécifiques aux organismes assureurs, existent également à savoir, par exemple : les assurances hospitalisation, des véhicules automoteurs, etc.

Ensuite, 3 mécanismes distincts sous-tendent le financement des soins de santé à savoir le “compte courant”, le “douzième budgétaire” et la “gestion globale”.

Le “compte courant” est simplement la comparaison entre les dépenses estimées et les dépenses réelles.

Vient ensuite le “douzième budgétaire”. Tu as déjà peut-être entendu parler de ce terme. C’est une procédure permettant à un gouvernement n’ayant pas de majorité parlementaire de continuer à prendre des décisions financières pour certains secteurs. Cette procédure était d’ailleurs d’application pour le gouvernement minoritaire Wilmès I avant qu’il ne trouve une majorité de sièges en gagnant la confiance du Parlement.

Enfin, la “gestion globale” est, elle, constituée des cotisations citées ci-avant. Elle consiste en une perception des contributions financières et une attribution de celles-ci pour le financement du système de soins de santé. Ce sont d’ailleurs l’Office National de Sécurité Sociale (ONSS) et l’Institut National d’Assurances Sociales pour Travailleurs Indépendants (INASTI) qui répartissent ces cotisations perçues entre les 7 branches de la sécurité sociale et les institutions qui y sont liées (comme représenté ci-dessous).








Après avoir compris d’où provenait le financement des soins de santé et les outils utilisés pour le gérer, il est à présent question de la constitution du budget. Tout d’abord, celui-ci est annuel et consiste en une projection de financement pour l’année suivante. Le budget, avec les recettes produites, doit tenir compte des dépenses qui sont prévues afin d’assurer leur financement.

Mais concrètement, qui élabore ce budget ? Le gouvernement seul ? C’est en fait plus complexe que cela. Il y a deux parties à considérer : le secteur des soins de santé et le secteur des indemnités.

Pour le budget du secteur des soins de santé, il s’agit du Conseil général de l’INAMI. Parmi ses missions, il doit déterminer les orientations de politique générales en matière de soins de santé. Ce Conseil, devant lui-même tenir compte d’autres sous-commissions, est constitué de plusieurs représentants : des employeurs, des travailleurs salariés, des indépendants, des organismes assureurs et du gouvernement. De plus, le commissaire du gouvernement donne lui aussi son avis en matière de budget. Quant au ministre de tutelle, il doit approuver ou non le budget final.

Pour les finances du secteur des indemnités, il s’agit de plusieurs comités de gestion qui jouent un rôle important (liste cfr. illustration ci-dessous).

Source: https://www.inami.fgov.be/fr/inami/organes/Pages/soins-sante-organes.aspx

Aussi, dans l’élaboration du budget, il est nécessaire de tenir compte de la norme de croissance théorique. Par exemple, s’il est estimé que les dépenses escomptées pour l’année 2021 seront plus importantes que celles de l’année 2020, le budget doit augmenter. Pour ce faire, il est possible d’utiliser cette norme de croissance spécifique qui est fixée par le gouvernement.

Il s’agit en fait d’une marge financière d’augmentation du budget pour ce secteur, en plus de l’indexation. Elle est à établir en fonction des prévisions sur les futures dépenses en soins de santé. C’est au gouvernement que revient la décision d’établir cette norme. Il s’agit donc d’un choix politique. Une fois qu’elle est délimitée, le financement des soins de santé pourra croître chaque année sur base de cette dernière. Il est également important de retenir que cette norme, vu qu’elle anticipe les futures dépenses, est théorique. Il est donc possible qu’en fonction des besoins sur le terrain, elle ne s’applique pas entièrement et que les dépenses soient moindres qu’initialement prévu. C’est d’ailleurs par le taux de croissance nominal que les dépenses sont évaluées une fois qu’elles sont appliquées.

Tout d’abord, il faut savoir que la Belgique comporte trois types d’hôpitaux généraux. Il y a les hôpitaux classiques qui représentent 77% du paysage hospitalier général belge. Ceux-ci accueillent les patients 24h/24 pour une aide médicale spécialisée et offrent des traitements de chirurgie et de médecine interne, complétés par d’autres disciplines telles que la gériatrie, la maternité et la pédiatrie. Ensuite, il y a les hôpitaux universitaires qui possèdent quant à eux les mêmes services que les hôpitaux classiques, mais se voient également attribuer les missions de formation des professionnels de santé, de recherche et de développement scientifique. Ils sont reliés à une université disposant d’une faculté de médecine proposant un cursus complet. Ils ne représentent que 7% du paysage hospitalier général belge. Celui-ci est complété par les hôpitaux à caractère universitaire qui sont des hôpitaux généraux contenant un certain nombre de lits universitaires dépendant d’une université.

En ce qui concerne les principales sources de financement des hôpitaux généraux en Belgique, on retrouve le Budget des Moyens Financiers, les forfaits INAMI, les honoraires des dentistes, des médecins et de certaines catégories du personnel soignant et paramédical, les produits pharmaceutiques, la quote-part patient et enfin, les suppléments de chambres.

Le Budget des Moyens Financiers provient de la répartition individuelle du budget global hospitalier entre tous les hôpitaux du pays. Chaque hôpital reçoit donc de ce budget globalisé des subsides lui permettant de fonctionner. Il couvre 3 éléments: les coûts d’infrastructure et de matériel, les coûts de fonctionnement et les coûts de régularisation des budgets précédemment alloués aux moyens financiers.

D’ailleurs, comme nous pouvons le constater avec le tableau ci-dessous, le BMF évolue globalement au fil des années.

Evolution du BMF suivant les régions entre 2010 et 2019

Source: health belgium

Ainsi, les hôpitaux peuvent compter sur leur chiffre d’affaires ainsi que sur le Budget des Moyens Financiers pour financer leurs activités.

En 2020, le secteur hospitalier général belge représente un peu plus de 18 milliards d’euros en terme de chiffre d’affaires global. L’illustration ci-dessous indique les différents pourcentages de chiffre d’affaires en fonction des secteurs.

Répartition du chiffre d’affaires 

Source: SPF Santé publique, sécurité de la chaîne alimentaire et environnement

Pour les hôpitaux généraux, le financement tient également compte de l’activité liée aux patients. Une activité dite “justifiée” est déterminée, hôpital par hôpital.

Chaque hôpital voit ainsi son activité définie en fonction du nombre et du type d’admissions pour une année de référence. Chaque admission se voit octroyer une durée de séjour justifiée en fonction de sa pathologie. Le total du nombre de journées justifiées de l’hôpital est divisé par un taux d’occupation normatif multiplié par 365 pour obtenir un nombre de lits justifiés de l’hôpital.

Avec ses 60 hôpitaux, la Wallonie dispose de 20.792 lits hospitaliers, soit 5,7 lits pour 1000 habitants. La région de Bruxelles-Capitale compte quant à elle 11 sites hospitaliers et le plus grand nombre de lits en fonction du nombre d’habitants (6,74 lits pour 1000 habitants).

Selon l’OCDE, la Belgique comptait 5,6 lits d’hôpitaux pour 1000 habitants en 2018 et apparaissait à la 9e place d’un classement européen emmené par l’Allemagne (8,0 lits pour 1000 habitants) et l’Autriche (7,4).

Retenons que le système des soins de santé belge se démarque à plusieurs reprises dans les classements internationaux. En effet, les dépenses en soins de santé représentent 10,4% du PIB en 2018, ce qui la met en 9ème place des pays de l’OCDE, comme déjà cité, et en 5ème place des pays de l’UE[1]. Si l’on regarde les dépenses en soins de santé par habitant, la Belgique est en 13ème place des pays de l’OCDE.

Il est donc difficile, au regard de ces données, d’accuser le gouvernement fédéral de Charles Michel de sous-financement du système des soins de santé. En effet, plusieurs indices indiquent le contraire tels que la norme de croissance théorique et le taux de croissance nominal. Voici pourquoi.

[1] Hors Roumanie et Chypre

Ce que nous entendons et voyons actuellement sur les réseaux sociaux et dans les médias est l’accusation selon laquelle l’ancien gouvernement fédéral Michel 1er aurait sous-financé les soins de santé durant cette législature. Dans la ligne de mire de ces attaques se retrouvent les mesures d’économie réalisées par le gouvernement précédent. D’ailleurs, certains commentateurs (dont certaines personnalités politiques) vont même jusqu’à affirmer que si ces mesures d’économie n’avaient pas été réalisées, le système de soins de santé aurait pu mieux faire face à cette crise sanitaire.

Mais qu’en est-il exactement de ces accusations ? La plupart sont infondées car elles résultent d’une méconnaissance voire d’une incompréhension des décisions du gouvernement fédéral précédent.

Commençons par l’accusation de sous-financement des soins de santé. Comme nous l’avons expliqué plus haut, c’est la norme de croissance théorique, fixée par l’exécutif, qui détermine le taux de croissance nominal du financement des soins de santé durant une législature. Il est avéré que cette norme de croissance théorique fut diminuée par le gouvernement de Charles Michel en passant à 1.5%. En effet, sous le gouvernement Di Rupo, la norme fixée variait entre 2% et 3%. La raison qui explique ce rabaissement est la suivante : les normes de croissance des précédentes législatures étaient devenues trop peu représentatives des véritables dépenses qui étaient donc bien inférieures à ce qui était théoriquement anticipé. Le gouvernement Michel a donc souhaité être plus transparent en adaptant la norme à la réalité des dépenses et aux évolutions de celles-ci. D’ailleurs, comme le montre le tableau suivant, le taux de croissance nominal sous Di Rupo, c’est-à-dire les dépenses réelles, ne correspondait pas exactement à la norme de croissance théorique, cette dernière n’atteignant pas les 3%.

Source: le Bureau fédéral du Plan.

Pourtant, certains prétendent qu’avec une norme de croissance plus petite, le financement général fut revu à la baisse. C’est faux. Comme le montre ce tableau ci-dessus, les dépenses en soins de santé n’ont fait qu’augmenter, c’est-à-dire de plus de 23 milliards en 2015 jusqu’à plus de 25 milliards en 2018. D’ailleurs, en plus des montants dépensés de 2014 à 2018, d’autres budgets supplémentaires ont été alloués : 8.5 millions d’€ pour le remboursement de séances chez le diététicien pour les enfants atteints d’obésité et le développement des équipes mobiles en santé mentale. Ou encore 22,5 millions € pour le remboursement de l’aide psychologique de première ligne et 35 millions pour la réforme de l’aide médicale urgente.

Certes, si le taux de croissance fut conservé à 3% lors de la législature précédente, les dépenses auraient pu être encore plus importantes. Mais, comme nous l’avons vu sous le gouvernement Di Rupo, ce taux ne correspond pas automatiquement à la réalité des dépenses. Il est donc trompeur de se référer uniquement au taux de croissance théorique pour accuser le gouvernement Michel de sous-financement car il ne témoigne pas nécessairement des dépenses réelles en soins de santé.

Il est également avéré que des économies ont été réalisées sous la législature précédente pour un montant de 902 millions €. À titre indicatif et par mesure de transparence, nous citerons les plus importantes. Il s’agit donc:

    • des économies au travers du Pacte d’Avenir conclu en 2015 avec l’industrie pharmaceutique ;
    • des économies qui résultent d’une accélération de l’importante réforme du paysage hospitalier ;
    • le renforcement de la promotion du recours au générique ;
    • le saut d’index partiel pour les prestataires de soins en 2017.

Concernant les hôpitaux, le gouvernement Michel 1er avait pour objectif[1], via la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique Maggie de Block, de réformer le paysage hospitalier belge afin de le faire évoluer vers une organisation en réseaux. Pour faire simple, l’idée est de créer un réseau au sein duquel viendraient s’insérer plusieurs hôpitaux afin de partager entre eux des technologies médicales coûteuses nécessaires aux traitements de maladies chroniques. Avec cette nouvelle organisation, la technologie coûteuse pourrait être utilisée par plusieurs hôpitaux de réseau. Il ne serait donc plus nécessaire pour chaque hôpital de posséder tous les appareils nécessaires. D’un point de vue comptable, cette structure en réseau représente aussi des économies dans les dépenses.

D’ailleurs, cette logique de réseau s’est révélée cruciale dans la lutte contre le Covid-19. Durant la crise sanitaire, des hôpitaux ont transféré des malades Covid-19 à d’autres hôpitaux car leurs unités de soin intensif étaient débordées. Ainsi, comme l’indique Sudpresse dans son journal du 2 avril 2020, deux patients de l’hôpital Ambroise Paré à Mons ont été transférés à l’hôpital du Mont-Godinne à Namur car les soins intensifs de ce dernier n’étaient pas saturés.

Quant au Budget Moyens Financiers, comme nous l’avons expliqué plus haut, celui-ci est en augmentation globale depuis 2010. La critique selon laquelle le budget des hôpitaux est en diminution est donc infondée.

Vu la vitesse à laquelle la désinformation circule sur les réseaux sociaux et dans les médias, il nous semblait important de faire le point sur le vrai du faux du financement des soins de santé et de la responsabilité de la législature précédente quant à la crise sanitaire actuelle. Une fois cette situation de crise terminée, certains acteurs politiques n’hésiteront pas à faire feu de tout bois pour augmenter leur cote de popularité, quitte à faire porter le blâme sur plusieurs boucs émissaires: le MR et ses anciens partenaires de coalition, le libéralisme ou encore la globalisation du marché capitaliste.

Notre constat est donc clair: le gouvernement fédéral de Charles Michel n’a pas sous-financé notre système de soins de santé ni les hôpitaux. Certes, des économies ont bel et bien été réalisées dans différents secteurs. D’ailleurs nous pouvons nous demander si, sans les 902 millions d’€ en moins, l’impact sur la gestion de la crise actuelle aurait été différent. C’est possible car nous aurions peut-être pu avoir à notre disposition une plus grande réserve de masques. Cependant cela n’aurait quand-même pas empêcher la gestion déplorable des stocks de masques ainsi que des respirateurs et de l’absence de testings de masse rapidement prêts à l’emploi.

Quoiqu’il en soit, nous espérons que cet éclairage vous aura donné les outils nécessaires pour comprendre le financement général des soins de santé et aiguiser votre esprit critique pour les futurs débats!

[1] https://www.health.belgium.be/fr/sante/organisation-des-soins-de-sante/hopitaux/financement-des-hopitaux/reforme-du-paysage