Interview de Nadia Geerts (part 3): le féminisme

Clap et fin de l’interview de notre invitée de marque, Nadia Geerts, avec cette 3ème capsule vidéo! C’est avec notre journaliste Piccolo Gauthier Jacques, que Nadia Geerts nous parle de sa vision du féminisme: qu’est-ce que le féminisme? L’écriture inclusive soutient-elle la cause du féminisme ou la dessert-elle? Le mouvement féministe va-t-il trop loin?

Retrouvez toutes les réponses intéressantes à ces questions dans notre vidéo!

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Interview de Nadia Geerts: la religion et la laïcité

Retrouvez Gauthier Jacques, journaliste Piccolo, en compagnie de notre invitée, Nadia Geerts, chroniqueuse et nouvelle recrue du Centre Jean Gol.

Au menu de ce jour: la place de la religion dans notre société, le port des signes convictionnels dans les écoles et les universités et la laïcité en tant que garant de nos libertés!

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Nadia Geerts, une personnalité libérale et progressiste

Pour cette nouvelle interview en plusieurs capsules, notre journaliste Piccolo Gauthier Jacques a rencontré en ligne Nadia Geerts, essayiste sur le féminisme et la neutralité de l’Etat ainsi que la laïcité, chroniqueuse et nouvelle recrue du Centre Jean Gol. Au menu de ce jour, une présentation de notre invitée sur sa formation, son parcours professionnel ainsi que sur sa vision du libéralisme et du progressisme.

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La flexibilité au travail, facteur d’épanouissement professionnel et privé

S’il y a bien un sujet sur lequel les idéologies politiques s’entrechoquent, c’est à propos du travail. Non seulement les solutions proposées sont aux antipodes mais même les constats divergent. Pire encore, depuis l’entre-deux-guerres et les célèbres revendications telles que la semaine de 40 heures, les deux premières semaines de congés payés ou la reconnaissance du droit syndical par exemple, les avancées ont été nettement moins spectaculaires. Bien que, paradoxalement, le monde du travail n’ait jamais autant évolué que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Si l’entre-deux-guerres a connu une légifération accrue du cadre du travail, il ne faut pas oublier que certaines de ces revendications étaient portées depuis… 1886 aux Etats-Unis ! C’est le cas de la journée de travail de 8H, composant le triptyque – travail, sommeil et loisirs -, représenté dans les manifestations par le triangle rouge, celui de l’égalité horaire entre ces trois parties de journée. On le voit donc, le respect des droits des travailleurs, notamment celui d’un temps de travail maximum, était l’un des premiers fers de lance du mouvement ouvrier. 

 Et pourtant, à cause de la crise de la Covid-19, le monde du travail a expérimenté un bouleversement sans précédent. Cela s’entend, nous parlons ici du télétravail imposé à bon nombre de travailleurs et pratiquement tous les étudiants. Le télétravail a également illustré un autre phénomène lié à l’emploi : la flexibilité. Ce même télétravail qui floute la frontière entre vie privée et professionnelle et qui vient bousculer le triptyque parfait des 8-8-8. 

 Dès lors, en ce 1er mai 2021, journée de la Fête du travail, plutôt que de s’attarder sur comment augmenter le taux d’emploi, nous avons souhaité présenter nos solutions pour mieux concilier vie professionnelle et vie privée. 

L’impact de la Covid-19 sur nos vies professionnelle et académique

Aujourd’hui, la Covid-19 impacte les différents aspects de nos vies : qu’elle soit privée, professionnelle, étudiante, ou bien sur nos loisirs, nos droits et nos libertés fondamentales.

Les libertés et droits fondamentaux liés au travail, passés rapidement en revue ci-dessus, ont notamment été frappés de plein fouet par la crise sanitaire que nous traversons.

Incontestablement, la notion de télétravail a évolué en l’espace de quelques semaines de manière significative. Ce privilège est rapidement devenu la norme, voire même l’obligation. Le salon, la table à manger, la cuisine, autrefois espaces de convivialité et de partage, deviennent presque du jour au lendemain notre nouvel espace de travail qu’il faut se réapproprier autrement. Fini l’open-space et les pauses sympathiques à la machine à café. Les collègues sont devenus le compagnon, les enfants, les animaux de compagnie, le bruit ou parfois même à l’inverse, la solitude, le silence.

Le temps de travail est lui aussi chamboulé. Là où nous avions un cadre horaire bien défini, aujourd’hui, l’employé est tenté de réduire son heure de table ou de faire des heures supplémentaires. Ici, nous pouvons nous attendre à une évolution concernant la prise en compte de la santé, de la charge mentale, du bien-être au travail (en télétravail), avec une prise de conscience de l’environnement de travail et de l’amélioration de l’équipement technologique au quotidien.

D’ailleurs, parlons-en de la technologie, au cœur de tous ces changements et qui a un rôle de premier ordre dans l’organisation du (télé)travail, de l’enseignement à distance, des réunions et examens en visioconférence. La communication digitalisée a accéléré en l’espace de quelques semaines seulement bien plus qu’en l’espace de ces dix dernières années pour nous permettre de poursuivre nos activités professionnelles et académiques.

Quant à l’enseignement, même combat. Dans tous les pays, des écoles maternelles aux universités, tous les enfants et étudiants se sont retrouvés chez eux, confinés. Reconnaissons la capacité d’adaptation des jeunes face à cette pandémie impliquant l’accélération de l’enseignement à distance.

Faire de la flexibilité un droit pour le travailleur écrit noir sur blanc

La réduction du temps de travail est un concept qui revient souvent sur la table.

Cette idéologie, faussement alléchante, reviendrait à diminuer son temps de travail afin de réduire le nombre de demandeurs d’emploi et impliquerait une baisse conséquente des revenus. 

Il apparaît donc difficile de dégager une majorité en faveur de telles politiques. Et si, la prochaine grande avancée dans le monde du travail n’était plus la réduction du temps de travail mais l’adaptation du monde du travail à nos nouveaux modes de vie ? C’est là qu’intervient la flexibilité. Et celle-ci est multiforme.

 Prenons l’exemple de la flexibilité salariale. Trop souvent, celle-ci a été synonyme de salaire fixe auquel s’additionnent des éventuelles primes. La flexibilité salariale repensée serait un salaire réellement rémunérateur et « fixe ». On utiliserait un pourcentage du salaire sous divers avantages qui seraient choisis par le travailleur selon son mode de vie. Dès lors, ce pourcentage « optionnel » pourrait être sous forme de voiture de société, d’un abonnement de transport en commun, d’accès au logement…

Adapter le cadre juridique pour le travailleur serait utile afin de jouir des avantages de la flexibilité. En effet, de bonnes conditions de travail rendent celui-ci plus efficace et impliquent un sentiment de bien-être plus élevé.

 Il est donc important de prévoir un cadre légal plus large pour qu’un employé et un employeur puissent, sur base volontaire et avec un accord des deux parties, faire convenir le travail aux réalités de chacun.

Il pourrait offrir la possibilité de travailler 38 heures par semaine en réduisant le nombre de jours. Il serait possible de prester la même charge de travail en 4 jours au lieu de 5 jours actuellement. Le bénéfice d’un rythme de travail quotidien plus long est la possibilité d’avoir un jour de congé supplémentaire sans perte de salaire. Adapter ses horaires pour améliorer sa qualité de vie privée est un enjeu essentiel d’attractivité pour un travailleur. Pour l’employeur, le fait d’avoir un travailleur satisfait de ses conditions a un impact sur la productivité au quotidien. 

La notion de flexibilité et de travail concerne aussi les étudiants. Améliorer la flexibilité dans l’enseignement aurait une répercussion sur la disponibilité des étudiants jobistes. Le contexte sanitaire vécu depuis un an démontre de manière évidente que l’accès au travail pour les étudiants est un facteur essentiel pour diminuer la précarité étudiante et donner plus d’autonomie pour choisir et adapter son horaire à ses besoins. 

 Un autre incitant pourrait agir sur la fiscalité pour les employeurs afin de diminuer les charges en proposant des activités favorisant le bien-être au travail comme les team-building. Concrètement, si vous investissez pour le bien-être au travail des employés, on diminue les charges. Cela permettrait de diminuer les coûts des soins de santé mais aussi d’augmenter la productivité. En effet, un employé heureux et bien dans sa peau travaillera mieux qu’un employé importuné par des soucis divers tant au niveau professionnel que privé.

Vers un changement de paradigme…

Le travail est un élément clé pour tout un chacun dans la société. Un des aspects les plus controversés est celui du temps de travail. Contrairement à l’idée du concept que la diminution du temps de travail soit la solution magique, elle n’est pour autant pas la panacée. Selon nous, la seule solution viable pour l’ensemble de notre société réside en l’adaptation du temps de travail via une meilleure flexibilité pour l’étudiant, le travailleur, et par conséquent l’employeur.

Et si l’après Covid-19 était l’occasion rêvée pour changer de paradigme afin de ne plus vivre pour travailler mais travailler pour vivre ?

Pour les Jeunes MR de la Province de Liège

Laura Humblet, Cédric de Buf, Thierry Jamart et Victoria Vandeberg

Vivre son homosexualité en Belgique

Pour le PiccoloMag, Cyril, Guillaume, Renaud et Louis-Xavier, membres Jeunes MR, ont accepté de témoigner du vécu de leur homosexualité en Belgique.

A visage découvert, ils parlent de l’évolution des mentalités, de l’homophobie, des difficultés à exprimer leur orientation sexuelle dans leur quotidien ou encore dans leur profession. Vraiment rien n’est mis de côté! De plus, pour améliorer la situation de vie des hommes homosexuels, ils proposent plusieurs recommandations notamment sur l’adoption, la GPA, le don de sang ou encore pour un enseignement plus inclusif.

Découvrez leur expérience dans la vidéo ci-dessous!

Que se passe-t-il en Birmanie ? Retour des violences dans ce pays où le coup d’État passe de l’exception à la norme

Par Olivier Humblet, journaliste Piccolo

Dernière flambée de violence 

Ça s’est encore produit ! Pour la troisième fois de son histoire depuis l’indépendance en 1948, la Birmanie  a vécu un coup d’État dans la matinée du lundi 1er février de cette année. Cependant, il s’agit du premier  renversement de pouvoir de la part de l’armée depuis la transition démocratique amorcée en 2008 suite  à un référendum national, découlant de la révolution de safran. Ainsi, le président du pays, Win Myint, et  la cheffe de facto du gouvernement, Aung San Suu Kyi, ont été arrêtés dans la matinée du 1er février par  la junte militaire sous l’égide du général Min Aung Hlaing. Les organes de l’Etat ont été mis sous le contrôle de l’armée, l’Internet a été totalement bloqué et un couvre-feu a été instauré interdisant tout  déplacement à partir de 20h. S’en sont suivies des manifestations partout dans le pays mais surtout à  Rangoon, la capitale historique. D’abord pacifiques et sans violence, ces manifestations ont vite été  brimées par la junte, désormais toute puissante. La police militaire tente de rétablir l’ordre en usant de violence provoquant de nombreux blessés et décès. A l’heure actuelle, l’ONU fait état de plus de 70 morts  suites aux manifestations dont le but est le retour à la démocratie, le respect des résultats électoraux de  novembre 2020 et la libération de la leader du parti vainqueur, Aung San Suu Kyi. 

Coup d’Etat de février 2021, le contexte d’un événement prévisible

La Birmanie est un pays d’Asie du Sud Est qui souffre d’un passé compliqué caractérisé par une indépendance sanglante, et dont la première Constitution porte en elle le terreau de futures répressions  des minorités du pays qui mettront à mal la réputation du pays sur la scène internationale. A côté de cela, l’histoire birmane se raconte au travers de sa junte militaire et de ses coups d’Etat ainsi que par la vie de la dame de Rangoon, Aung San Suu Kyi. 

Le dernier putsch militaire qui s’est produit en février dernier s’inscrit donc dans une dynamique plus complexe. Cette ligne du temps commence en 1962 avec le premier coup d’Etat qui voit Ne Win, un  militaire, prendre le pouvoir et le garder jusqu’en 1988. Pendant cette période, un parti unique sous  l’égide de l’armée est créé. Il s’agit du Parti du programme socialiste birman qui entérine la doctrine  politique du pays, le socialisme. Cette période voit également la création d’une nouvelle Constitution et  la naissance de la République socialiste de l’Union de Birmanie pour laquelle la moitié du budget de l’État est allouée à l’armée. La Birmanie rejoint alors la liste des pays les moins avancés de la planète. Les tentatives pour sauver l’économie birmane de 1987 vont plonger le pays dans une grave récession et ses habitants dans une grande misère. Il va en découler des manifestations qui vont être violemment brimées au point de déplorer plus de 10 000 morts durant toute la période des revendications pour l’avènement  de la démocratie libérale en 1988. Cette année voit également arriver sur la scène publique la fille du héros assassiné de l’indépendance, Aung San Suu Kyi qui va revêtir la prestance d’une femme d’état.  

1988 est également l’année de la troisième Constitution qui maintient les militaires au pouvoir en créant  le Conseil d’État pour la restauration de la loi et de l’ordre, et en renommant le pays « Myanmar ». La Ligue nationale pour la démocratie (NLD), à savoir l’opposition démocratique dirigée par Aung San Suu  Kyi, ne reconnaîtra jamais cette dénomination. En 1989, la leader de l’opposition est arrêtée et placée  pour la première fois en résidence surveillée. Elle n’en sera libérée qu’en 1995 suite aux pressions internationales. Ces dernières découlent du résultat des élections de 1990 où la Ligue reçoit 82% des voix.  La junte ne respecta pas les résultats et la Ligue forma un gouvernement en exil.

Remise du Prix Sakharov à Aung San Suu Kyi Strasbourg 22 octobre 2013

Quelque temps plus tard, elle reçut le prix Sakharov du Parlement de l’Union Européenne et Aung San Suu Kyi le prix Nobel de la paix. L’armée renforce son  pouvoir en 1997 et Aung San Suu Kyi est de nouveau assignée à résidence de 2000 à 2002. Les années qui suivent sont le théâtre de plusieurs affrontements entre les minorités ethniques du pays comme les Rohingyas, les Shans, les Karen, les Chins, les Kachins, les Mons et la majorité du peuple, les Birmans. La  situation fera l’objet d’une attention particulière de l’Union Européenne et des Etats-Unis qui vont mettre  en place des sanctions économiques et des embargos sur la vente d’armes. Le Conseil de Sécurité de  l’ONU se montrera plus réticent du fait des positions russes et chinoises laxistes sur la question.  

Suite à ces pressions, un référendum démocratique est mis en place en 2008 et la quatrième Constitution voit le jour. Cette dernière est taillée sur mesure pour empêcher Aung San Suu Kyi d’accéder à une position dirigeante et maintenir un pouvoir suffisant aux militaires pour tenir le pays. Ainsi, le civil prend le pouvoir mais le poste de premier ministre n’existe plus. Par ailleurs, ne sont pas éligibles les birmans ayant un  conjoint et/ou des enfants étrangers (Aung San Suu Kyi est mariée à un anglais et a eu des enfants de ce  mariage). De plus, les militaires s’arrogent 25% des sièges des deux chambres législatives ; empêchant  par-là la possibilité d’une modification de la Constitution ; un des deux postes de vice-président, et 3  ministères ; celui de l’armée, du contrôle des frontières et des affaires intérieurs. Ces postes échappent à  la décision civile et sont directement nommés par l’État-major du pays. En 2010, des élections sont  organisées par les militaires qui en excluent le parti de la Ligue nationale pour la démocratie. Le résultat  est sans appel avec une victoire du parti contrôlé par les militaires C’est cette année-là que Aung San Suu  Kyi sera libérée de ce qui devait être sa dernière assignation à résidence après plus de 15 années au total.  Les 5 années qui suivent sont contrastées entre un retour en grâce de la Birmanie sur la scène internationale, notamment sous l’égide de l’Union Européenne et de l’administration Obama aux Etats Unis, et d’un regain de violence entre les ethnies bouddhistes et musulmanes du pays. 

Les législatives de 2015 sont un tournant de l’histoire birmane moderne. Malgré la victoire de la Ligue lors de ces dernières, elle n’a pas réussi à obtenir le nombre de sièges suffisant à abolir les dispositions de la  Constitution de 2008 visant à empêcher les conjoints d’étrangers au poste de président et de limiter la  mainmise des militaires sur l’exécutif. Un poste de Conseiller d’Etat est tout de même créé et la Dame de  Rangoon devient chef du gouvernement de facto. C’est donc un proche de Aung San Suu Kyi qui devient président et le pouvoir est partagé entre démocrates et militaires. Cette coexistence va pousser Aung San Suu Kyi, alors conseillère d’état et ministre des affaires étrangères, à veiller à ne pas froisser l’armée quitte à la soutenir lors de la publication des exactions et des crimes contre l’humanité perpétrés à l’égard de la  minorité musulmane des Rohingyas. Dès lors, 2017 marque le début de l’image écornée de Aung San Suu  Kyisur la scène internationale. En 2020, les élections sont remportées à plus de 83,2% des voix par le parti  au pouvoir, la NLD. Dépassant ainsi le pourcentage nécessaire à une modification de la Constitution de  2008, ces résultats représentent un danger pour la junte militaire qui y voit un risque de diminution de  son pouvoir. Risque d’autant plus crédible qu’une disposition a été proposée par le Ligue visant à pousser vers la retraite les militaires de plus de 65 ans. Il s’agit de l’âge que devrait avoir le général Min Aung  Hlaing cet été. Voyant cette « démocratie sous contrôle » s’émanciper, se libéraliser, la junte militaire n’a pas hésité, en ce mois de février 2021, à utiliser ce procédé en passe de devenir un outil habituel de  pouvoir en Birmanie, le coup d’État. 

Des réactions fermes contre cette atteinte à la démocratie

Les Occidentaux ont longtemps marché sur des œufs quant à la question birmane, surtout depuis l’éclatement du dossier Rohingyas sur la scène internationale. S’il a bien entendu été aisé de condamner  le dernier coup d’État et les exactions liberticides qui en ont suivi, le soutien de la prix Nobel de la paix à  l’armée face aux minorités musulmanes de son pays a fait l’objet de sorties plus timides.  

 “I strongly condemn the coup in #Myanmar and call on the military to release all who have been unlawfully detained  in raids across the country. The outcome of the elections has to be respected and democratic process needs to be  restored”. Charles MichelPrésident du Conseil Européen (1er février 2021) 

Belgium is very worried about the situation in #Myanmar. We strongly condemn a coup d’état that aims to  undermine democracy, as well as the arrests of elected members such as Mrs Aung San Suu Kyi. We will consider  the follow-up to be given to these actions with our EU partners”. Sophie WilmèsMinistre des Affaires Etrangères  de Belgique (1er février 2021)

 

 

Sources (dont images):

http://www.info-birmanie.org/le-systeme-politique-birman/

https://www.rfi.fr/fr/podcasts/fr%C3%A9quence-asie/20210206-retour-sur-le-coup-d-%C3%A9tat-en-birmanie-le-1er-f%C3%A9vrier-2021

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/02/01/en-birmanie-l-armee-s-empare-du-pouvoir-et-arrete-aung-san-suu-kyi_6068333_3210.html

https://www.lefigaro.fr/international/birmanie-comprendre-le-coup-d-etat-en-5-infographies-20210205

http://www.info-birmanie.org/chronologie-2/

https://www.leparisien.fr/international/birmanie-trois-nouveaux-morts-les-manifestations-reprennent-apres-une-nuit-de-violence-13-03-2021-RIS654BSLJGT3PU2LHOQNXEFYU.php

https://www.lalibre.be/international/asie/sophie-wilmes-et-charles-michel-condamnent-le-coup-d-etat-en-birmanie-6017b53f7b50a652f77011aa

https://www.lecho.be/economie-politique/international/asie/coup-d-etat-en-birmanie-les-birmans-se-sont-reveilles-sous-le-choc/10281263.html

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Charles_Michel_2019_(cropped).jpg

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sophie_Wilm%C3%A8s_(2020).jpg

https://www.flickr.com/photos/80497449@N04/7383912370

https://www.24heures.ch/birmanie-lenvoye-de-lonu-terrifie-par-la-situation-405189513515

https://www.ladepeche.fr/article/2008/05/24/455825-birmanie-referendum-constitutionnel-dans-la-zone-devastee-par-le-cyclone.html

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Remise_du_Prix_Sakharov_%C3%A0_Aung_San_Suu_Kyi_Strasbourg_22_octobre_2013-14.jpg

Quels enjeux pour l’agriculture urbaine ?

Ferme urbaine sur le toit des abattoirs d'Anderlecht

Par Pierre-Antoine Meurisse, journaliste Piccolo

L’urbanisation est une tendance majeure depuis plusieurs dizaines d’années et ce phénomène se poursuivra encore dans les prochaines années, accompagnant l’accroissement démographique mondial. Les conclusions récentes du rapport des Nations Unies sur les perspectives démographiques ont revu à la hausse l’estimation de la population mondiale. Elle devrait atteindre 9,6 milliards en 2050. Avec une proportion estimée de 75% en ville, plus de 7 milliards d’habitants y seront donc concentrés. 

Par ailleurs, la surface des terres agricoles ne cesse de diminuer laissant place aux infrastructures humaines. Cette situation interpelle et, réinvestir dans des surfaces non-conventionnelles en ville pour y produire des denrées, pourrait contribuer en partie à nourrir l’humanité et plus spécialement les citadins. 

Dans la majorité des grandes villes d’Europe, de plus en plus de projets intégrant l’agriculture urbaine voient le jour. La Belgique n’est pas en reste car des villes comme Bruxelles, Gand et Liège montrent l’exemple. 

En Belgique, ce secteur se caractérise par la construction annuelle de plus de 7000 bâtiments résidentiels ou non. Ce secteur est donc un levier essentiel pour aboutir à l’intégration réussie de l’agriculture urbaine et répondre aux défis d’aujourd’hui et de demain. Ainsi, l’intégration de diverses formes de végétation dans les villes aiderait à soulager ces problèmes par le rétablissement des services écosystémiques

Au-delà de l’intérêt majeur de produire autour et dans la ville, l’agriculture urbaine se caractérise par sa multifonctionnalité, dans l’idée qu’elle répond à de nombreux enjeux sociaux, économiques, environnementaux et territoriaux. Comme le montre la figure ci-dessous, l’agriculture urbaine peut jouer un rôle important dans de nombreux domaines qui sont tous interconnectés d’une manière ou d’une autre.

Source: https://www.researchgate.net/figure/Multifonctionnalite-de-lagriculture-urbaine_fig1_46571128

Environnement : 

L’agriculture urbaine peut répondre aux problèmes soulevés par le contexte urbain tout en contribuant au développement et à la multiplication des espaces verts en ville. Il permet donc de réduire les effets négatifs liés à l’imperméabilisation des sols et les effets d’îlots de chaleur. Les végétaux agissent comme des climatiseurs en ville, réduisant les poussières et les émissions de CO2 grâce à leur feuillage. L’augmentation du couvert végétal permet d’augmenter la biodiversité urbaine en aménageant des espaces où la faune et la flore peuvent se reproduire et se nourrir. La production alimentaire de saison réduit la pollution occasionnée par les transports. 

Aménagement urbain :

Étant donné que cette agriculture prend place au sein des villes, elle participe à l’aménagement du territoire en s’intégrant dans la trame urbaine et renforce les espaces verts déjà présents. L’agriculture urbaine contribue à l’émergence des projets urbanistiques avec divers objectifs menés par des acteurs différents. De plus, elle peut servir de levier pour la revitalisation d’espaces délaissés ou peu exploités par les communes et restitués aux citoyens des villes. Elle crée de nouveaux espaces publics dans le paysage urbain.

Loisirs : 

Le jardinage et maraîchage peuvent être perçus comme un passe-temps ou une activité positive. Ces activités permettent de pratiquer une activité physique en plein air proche de notre lieu de vie, à moindre coût.

Injustice alimentaire : 

La production au sein et à proximité des villes, pourrait permettre de rendre ces dernières plus résilientes face aux crises qu’elles peuvent traverser. Les circuits courts de distribution améliorent la sécurité alimentaire. La disparité économique entre les classes sociales les plus riches et les plus pauvres tend à montrer un déséquilibre quant à l’accès à une nourriture de bonne qualité. Les plus démunis n’ont pas la capacité financière de pouvoir se nourrir sainement à l’instar des classes sociales plus riches qui disposent des moyens nécessaires. L’autoproduction permet de produire une partie des aliments et de réduire ses dépenses.

Santé :

La production d’aliments frais n’ayant pas subi les mêmes techniques de production (agriculture conventionnelle, distances de transport et réfrigération) permet d’avoir de meilleurs bilans nutritionnels. De plus, l’activité de jardinage est bénéfique pour la santé, car elle contribue à maintenir une activité physique régulière. De nombreuses études ont déjà prouvé que cette activité présentait des avantages pour l’aspect mental : réduction des maladies chroniques, relaxation, ressourcement et bien-être. 

Economie : 

L’agriculture urbaine peut créer une multitude d’emplois locaux de la production jusqu’à la distribution voir la préparation/transformation des produits cultivés autant dans le milieu associatif que privés. Au sein des exploitations : les fermes de petite taille génèrent davantage d’emploi que les grandes fermes. 

Education et interaction sociale : 

L’agriculture urbaine peut être un outil éducatif afin de sensibiliser les populations urbaines à l’environnement et au processus de production d’un aliment. Au sein même d’un jardin, des transmissions de savoirs s’échangent entre les acteurs (qu’ils soient professionnels ou non) via la pratique du jardinage. La sphère sociale a toujours été présente dans l’agriculture urbaine comme en témoignent les jardins communautaires. Elle offre un contexte favorable pour l’inclusion sociale utile pour faire de la réinsertion auprès d’individus dans une situation d’isolement social. Ce sont des lieux qui favorisent les échanges entre individus de toutes classes sociales et intergénérationnelles. Afin de favoriser les jeunes générations à l’environnement, les écoles peuvent intégrer des potagers et proposer des activités pour les sensibiliser.

Pour finir, les projets d’agriculture urbaine se multiplient dans notre pays et c’est une véritable aubaine. Mais l’aspect alimentaire n’est pas l’essentiel. Il est évident qu’on ne pourra jamais nourrir une population urbaine uniquement avec des potagers urbains. D’autres aspects importants sont à prendre en considération. Avec le développement continu des villes, cette forme d’agriculture a de beaux jours devant elle …

L’investiture américaine, encore une tradition chamboulée par Trump ?

Un peu d’histoire 

L’investiture américain est un événement important si pas essentiel dans la vie politique des Etats-Unis. C’est d’ailleurs une des rares occasions, en plus de l’Etat de l’Union, qui rassemble le Président, le Vice-Président, les deux chambres législatives (Sénat et Chambre des Représentants) ainsi que les juges de la Cour Suprême. 

Depuis la ratification du 20ème amendement de la Constitution des Etats-Unis le 6 février 1933, la date de l’investiture est fixée au 20 janvier suivant l’ « election day ». Il y a eu trois exceptions :  Dwight D. Eisenhower en 1957, Ronald Reagan en 1985 et Barack Obama en 2013. S’agissant pour ces 3 occasions de réélections, le protocole est moins strict que lors de l’investiture d’un nouveau Président.

Qui assiste à l’Investiture ? 

En plus de réunir les différentes composantes de l’Etat (Gouvernement, les deux chambres législatives, la Cour Suprême), sont aussi présents le jour de l’investiture les différents représentants des forces armées (le président américain est le commandant en chef des armées) ainsi que les anciens présidents et les premières dames. L’absence de Donald Trump et Melania à l’investiture de Joe Biden ne fut pas discrète même si elle était prévue. En effet, Trump n’a pas marqué son mandat avec un respect des traditions ou du protocole. Mais l’investiture américaine n’est pas seulement un moment politique, c’est l’attachement d’un ancien Président, d’une nation entière à un transfert paisible des pouvoirs, un attachement à la démocratie tout simplement. Il serait cependant naïf de croire que « the Donald » est le premier Président a laissé son orgueil prendre le pas sur la préservation de la démocratie. D’autres présidents comme John Adams (2ème Président), Andrew Johnson (17ème président) ou Woodrow Wilson (28ème Président) ont également boudé la cérémonie d’investiture de leur successeur. Le dernier en date fut Richard Nixon (37ème président) qui n’a pas assisté à la prestation de serment de Gerald Ford en 1974. L’impeachment ayant donné lieu à sa démission est peut-être une raison plus que valable pour que Nixon ne se soit pas éternisé à Washington.

L’investiture américaine transcende les idéologies politiques

Démocrates ou Républicains, conservateurs ou progressistes, tous mettent leur opinion politique de côté pour assister à ce qu’on appelle dans le jargon une « peaceful transition of power » (transition paisible des pouvoirs). Pourquoi une telle tradition ? Tout simplement parce que la fonction de président transcende les hommes qui l’occupent. En effet, les Américains peuvent ne pas être d’accord avec les idées d’un président ou d’un autre mais il y a un respect presque solennel de la fonction de Président et en cela de la démocratie américaine. Ce respect peut être retrouvé dans « l’allégeance au drapeau », un serment au drapeau des Etats-Unis et surtout un serment à ce qu’il représente.
Il n’est alors pas difficile de comprendre pourquoi les Présidents Obama, Clinton et Bush ont tenu non seulement à être présent lors de l’Investiture de Joe Robinet Biden (fallait le mettre en entier une fois) mais également pour être ces garants d’une paisible transition des pouvoirs puisque Trump n’était pas présent pour le faire. Il est également bon de rappeler que malgré les grandes divergences politiques entre Joe Biden et Mike Pence (Vice-Président de Donald Trump), ce dernier était lui présent lors de l’Inauguration. 

Pour finir cet article, il me semble judicieux de terminer par une histoire. Fait historique ou légende urbaine, je vous laisserai en décider mais nul doute que cela décrit admirablement l’esprit derrière ces différentes traditions que nous venons d’évoquer. Quand Benjamin Franklin quitta l’Independance Hall (Philadelphie) juste après la deuxième version de la Constitution des Etats-Unis, une femme l’approcha et lui demanda « quelle forme de gouvernement nous avez-vous légué Monsieur Franklin ? » et Benjamin Franklin répondit « une République Madame, si vous pouvez la garder ». 

Par Alexandre Servais, journaliste Piccolo et délégué Jeunes MR aux relations internationales.

Eclairage sur le métier d’agriculteur avec la Fédération des Jeunes Agriculteurs

Pour ce troisième article dans la rubrique “Eclairage”, notre journaliste Piccolo Pierre-Antoine Meurisse a réalisé l’interview de Pierre André, Président de la Fédération des Jeunes Agriculteurs (FJA) et de Guillaume Van Binst, le Secrétaire Général. 

Nous avons voulu mieux comprendre quelles étaient les difficultés que rencontraient les jeunes agriculteurs et si ce métier attirait encore les jeunes. De plus, avec la reprise des négociations en 2019 sur le traité de libre-échange du MERCOSUR, nous avons demandé à la FJA quelle était leur position sur cet accord et, plus largement, sur la Politique Agricole Commune européenne (PAC) et la consommation de viande bovine en Belgique.

Si vous voulez en savoir plus sur la FJA, vous pouvez vous rendre sur leur site Internet via ce lien:  http://www.fja.be/

Par Pierre-Antoine Meurisse, journaliste Piccolo et Julien Liégeois, rédacteur en chef

L’affaire Chovanec, un drame à Charleroi Airport

Tu en as sûrement entendu parler, l’affaire Chovanec fut un des sujets de l’actualité de cet été. Il s’agit du décès de Jozef Chovanec, un Slovaque, quelques jours après son arrestation musclée et son enfermement à l’aéroport de Charleroi. En plus des images des interventions policières, ce qui a choqué fut également le salut nazi d’une policière au sein même de la cellule. Nous te proposons un retour en perspective pour bien comprendre les dessous de cet histoire controversé qui a éclaboussé à la fois le fonctionnement de la police et des services judiciaires ainsi qu’une partie du monde politique.


Par Arthur Martin, journaliste Piccolo et Julien Liégeois, rédacteur en chef.

Que s’est-il passé?

Remontons d’abord à la nuit du 23 au 24 février, à l’aéroport de Charleroi. Un homme d’origine slovaque, Jozef Chovanec, 39 ans, souhaite embarquer sur un vol Ryanair direction Bratislava, là où l’attend son épouse Henrieta Chovancova et leur petite fille de 2 ans. Il se fait rapidement remarqué car l’embarquement dans l’avion fut déjà assez agité… Après avoir oublié smartphone, portefeuille et carte d’identité au contrôle de sécurité, il est précipitamment monté dans l’appareil sans présenter son billet au comptoir de check-in. Il bouscule même une hôtesse, ce qui poussera le commandant de bord à ne pas vouloir décoller tant que Jozef Chovanec est à bord. Suite aux refus de quitter l’appareil, le personnel contacte la police aéroportuaire afin de l’escorter à l’extérieur. Il accepte et suit les policiers sans résistance. Il est également important de souligner que plusieurs témoignages de passagers insistent sur le fait qu’il n’était pas violent durant toute cette série d’évènements. Quoiqu’il en soit, une fois de retour sur le tarmac, les policiers demandent un renfort et ils procèdent à une “mise au sol”. Il s’agit d’une technique de plaquage ventral, permettant aux policiers d’immobiliser un individu et de le menotter. 

Par la suite, Jozef, récalcitrant à marcher debout, se laisse traîner et est emmené dans une des cellules du commissariat de l’aéroport. Élément important: cette cellule est surveillée en permanence par une caméra qui n’enregistre aucun son. La motivation de cet enfermement? Il est accusé de rébellion non armée. Quelques temps plus tard, l’officier de police administrative et la parquetière de garde, après avoir eu connaissance de la situation, décident de restreindre la liberté de Jozef Chovanec pendant 24 heures. D’autres décisions judiciaires sont prises: saisir les images caméras de son parcours, le faire voir par un médecin, et reporter son audition au lendemain. De plus, il refuse l’aide d’un avocat. Une aide médicale intervient vers 23h25, après avoir été appelée vers 20h05. Après une vingtaine de minutes, le médecin, qui n’est pas rentré dans la cellule, stipule que Jozef peut y rester toute cette nuit. Vers 23h30, son beau-frère Pavel et 2 amis débarquent au commissariat de l’aéroport. Ils avaient été prévenus par l’épouse de Jozef Chovanec car elle n’avait plus de nouvelles de lui. Le beau-frère transmet aux policiers des informations le concernant: il souffre de problèmes psychiatriques (schizophrénie) mais sans traitement depuis 2017, il a été renvoyé de son travail, il prend des médicaments pour la thyroïde et aurait consommé de l’alcool le jour-même. Pavel n’a pas pu rentrer en contact avec Jozef car on lui aurait rétorqué qu’il était en train de dormir.

Ce n’était absolument pas le cas. Ce qui suit est une série d’évènements et d’interventions policières et médicales qui commencent vers 23h et qui se terminent vers 5h30, heure à laquelle il est conduit à l’hôpital Marie Curie de Lodelinsart. A plusieurs reprises cette nuit-là, Jozef est violent et s’attaque à la porte de sa cellule ainsi qu’à lui-même, notamment en se frappant la tête de nombreuses fois. Ces périodes de violence sont entre coupées de tentatives de la police pour le calmer, ce qui marche temporairement mais cela finit à chaque fois en une manifestation de violence. Finalement, sa cellule est maculée de sang tellement il s’est blessé. La police, avec l’aide des pompiers, intervient après 4h30 pour l’empêcher de mettre sa vie en danger. Cette intervention est compliquée tant l’homme est agité et hors de contrôle. Ici aussi, le plaquage ventral est utilisé pour l’immobiliser. Plusieurs fois encore, il se débat puis se calme et ce jusqu’à l’intervention, vers 5h du matin, d’un médecin et d’une infirmière du smur (Service mobile d’urgence et de réanimation) pour lui injecter un calmant. Il fait ensuite un arrêt cardiaque et est réanimé quelques minutes plus tard. Pour finir, il est emmené à l’hôpital Marie Curie et y décédera le 27 février, malgré des soins intensifs pour le soigner.

Les procédures judiciaires et le Comité P

Plusieurs procédures judiciaires sont impliquées dans l’affaire Chovanec, ce qui peut la rendre plus compliquée à comprendre.

Il y a tout d’abord le parquet. Il s’agit d’une instance réunissant les magistrats qui représentent la société et en défendent les intérêts. La mission du parquet n’est pas de représenter un suspect ou une victime mais de s’assurer de l’application de la loi par les cours et tribunaux. Par exemple en demandant d’appliquer la loi pénale. Dans ce cas-ci, le parquet, via la magistrate de garde à l’aéroport de Charleroi, est intervenu parce que Jozef Chovanec était suspecté de rébellion non armée. D’où sa privation de liberté judiciaire. 

Il y a également une juge d’instruction qui est impliquée pour mener l’enquête. Il s’agit d’un juge professionnel dont la mission est d’obtenir un maximum d’informations avant un procès pénal. On dit d’ailleurs qu’il instruit le dossier.  Il est le seul à pouvoir poser certains actes comme faire des perquisitions ou délivrer un mandat d’arrêt. Il intervient dans une affaire parce qu’il a été saisi par la partie civile. Dans ce cas-ci, il s’agit de l’épouse de Jozef Chovanec, Henrieta Chovancova. Pour mener une enquête, le juge d’instruction est aidé par la police. Il peut également collaborer avec le Comité P, le comité permanent de contrôle des services de police. C’est un élément très important car, dans l’affaire Chovanec, l’instruction initiée par le juge débute pour suspicion de coups et blessures volontaires des policiers à l’encontre de Jozef Chovanec. L’enquête porte donc sur les interventions policières durant la nuit du 23 au 24 février 2018. Et c’est le Comité P qui assiste le juge d’instruction dans cette enquête. 

A partir du 27 février 2018, jour où Henrieta Chovancova se déclare partie civile, le travail d’enquête démarre. Il est prolongé en janvier 2020 et il se poursuit. Fin août 2020, le Comité P lance une investigation précisément sur le flux d’information à la suite de l’arrestation de Jozef Chovanec. Dernier élément en date: le 3 septembre, le Conseil supérieur de la Justice, organe indépendant exerçant une fonction de contrôle externe sur le fonctionnement de la justice belge, entame une enquête particulière sur d’éventuels dysfonctionnements dans la procédure judiciaire de l’affaire Chovanec. 

Le monde politique éclaboussé

Le monde politique a été éclaboussé par cette affaire. Déjà en février 2018, l’ambassade de la République slovaque avait écrit au SPF Affaires étrangères pour obtenir des explications sur le décès de leur ressortissant.  En août 2020, après que de nouvelles images aient été diffusées par la presse, les commissions Justice et Intérieur de la Chambre avaient été réunies en urgence pour auditionner les ministres CD&V en charge, à savoir Koen Geens et Pieter De Crem.

Première controverse: lors de cette réunion, Pieter De Crem a affirmé que le cabinet de son prédécesseur, Jan Jambon (N-VA), était au courant de l’affaire. Ce dernier a d’abord répondu par la négative: il n’était pas au courant et il ne se souvient pas. Par contre, comme il l’indiquait lui-même par communiqué, son cabinet était au courant mais sans connaître les détails et les images de l’arrestation. Rapidement, la presse s’emballe et parle de mensonges: Jan Jambon aurait-il menti? S’ensuivent également différentes réactions de politiciens telles que celle du socialiste flamand Louis Tobback. A ses yeux, l’actuel ministre-président flamand devrait démissionner. L’affaire prend de l’ampleur jusqu’à l’audition de Jan Jambon par le Parlement fédéral.

Que s’est-il donc réellement passé? D’après Jambon, le cabinet de l’époque avait bien reçu le rapport de police relatant l’arrestation de Jozef Chovanec mais, encore une fois, sans les détails des interventions policières. De ce fait, son cabinet n’aurait pas été alarmé par cette arrestation. De plus, M. Jambon a bel et bien rencontré en mai 2018 l’ambassadeur slovaque. Là aussi, il insiste: “L’entretien avec l’ambassadeur n’a pas donné d’informations qui auraient pu m’alarmer.” 

Ses propos n’ont pas manqué de susciter l’indignation de certains groupes politiques en commission. 

Et maintenant? 

L’enquête suit son cours. Mais elle a suscité de nombreuses questions dans la presse, autant sur la responsabilité politique que sur l’implication des interventions policières dans la mort du Slovaque. De plus, des suspicions de portent sur les procédures judiciaires: ont-elles été correctement menées? Des tentatives pour cacher la responsabilité la police ont-elles été mises en place? Que penser du retrait d’André Desenfants, directeur de la Direction générale administrative (DGA) de la police fédérale, qui a pourtant autorité sur la police aéronautique? 

Beaucoup de questions restent encore sans réponses. Début septembre, le parquet général de Mons remettait sa conclusion: les gestes des policiers ne seraient pas la cause du décès de Jozef Chovanec. Réaction de l’avocate d’Henrieta Chovancova, Me Ann Van de Steen: l’enquête est mal conduite et une demande de nomination d’un autre juge d’instruction sera déposée. 

Affaire à suivre…

Concernant le salut nazi, nous n’en avons pas parlé tant il y avait déjà d’éléments à relater et à détailler pour comprendre le fond de cette histoire. La policière responsable a été interrogée par le Comité P en mai 2018 et justifie ce geste par l’ambiance tendue et comme une forme de contre-réaction à des accusations de fascisme de Chovanec à l’égard de la police.

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