La flexibilité au travail, facteur d’épanouissement professionnel et privé

S’il y a bien un sujet sur lequel les idéologies politiques s’entrechoquent, c’est à propos du travail. Non seulement les solutions proposées sont aux antipodes mais même les constats divergent. Pire encore, depuis l’entre-deux-guerres et les célèbres revendications telles que la semaine de 40 heures, les deux premières semaines de congés payés ou la reconnaissance du droit syndical par exemple, les avancées ont été nettement moins spectaculaires. Bien que, paradoxalement, le monde du travail n’ait jamais autant évolué que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Si l’entre-deux-guerres a connu une légifération accrue du cadre du travail, il ne faut pas oublier que certaines de ces revendications étaient portées depuis… 1886 aux Etats-Unis ! C’est le cas de la journée de travail de 8H, composant le triptyque – travail, sommeil et loisirs -, représenté dans les manifestations par le triangle rouge, celui de l’égalité horaire entre ces trois parties de journée. On le voit donc, le respect des droits des travailleurs, notamment celui d’un temps de travail maximum, était l’un des premiers fers de lance du mouvement ouvrier. 

 Et pourtant, à cause de la crise de la Covid-19, le monde du travail a expérimenté un bouleversement sans précédent. Cela s’entend, nous parlons ici du télétravail imposé à bon nombre de travailleurs et pratiquement tous les étudiants. Le télétravail a également illustré un autre phénomène lié à l’emploi : la flexibilité. Ce même télétravail qui floute la frontière entre vie privée et professionnelle et qui vient bousculer le triptyque parfait des 8-8-8. 

 Dès lors, en ce 1er mai 2021, journée de la Fête du travail, plutôt que de s’attarder sur comment augmenter le taux d’emploi, nous avons souhaité présenter nos solutions pour mieux concilier vie professionnelle et vie privée. 

L’impact de la Covid-19 sur nos vies professionnelle et académique

Aujourd’hui, la Covid-19 impacte les différents aspects de nos vies : qu’elle soit privée, professionnelle, étudiante, ou bien sur nos loisirs, nos droits et nos libertés fondamentales.

Les libertés et droits fondamentaux liés au travail, passés rapidement en revue ci-dessus, ont notamment été frappés de plein fouet par la crise sanitaire que nous traversons.

Incontestablement, la notion de télétravail a évolué en l’espace de quelques semaines de manière significative. Ce privilège est rapidement devenu la norme, voire même l’obligation. Le salon, la table à manger, la cuisine, autrefois espaces de convivialité et de partage, deviennent presque du jour au lendemain notre nouvel espace de travail qu’il faut se réapproprier autrement. Fini l’open-space et les pauses sympathiques à la machine à café. Les collègues sont devenus le compagnon, les enfants, les animaux de compagnie, le bruit ou parfois même à l’inverse, la solitude, le silence.

Le temps de travail est lui aussi chamboulé. Là où nous avions un cadre horaire bien défini, aujourd’hui, l’employé est tenté de réduire son heure de table ou de faire des heures supplémentaires. Ici, nous pouvons nous attendre à une évolution concernant la prise en compte de la santé, de la charge mentale, du bien-être au travail (en télétravail), avec une prise de conscience de l’environnement de travail et de l’amélioration de l’équipement technologique au quotidien.

D’ailleurs, parlons-en de la technologie, au cœur de tous ces changements et qui a un rôle de premier ordre dans l’organisation du (télé)travail, de l’enseignement à distance, des réunions et examens en visioconférence. La communication digitalisée a accéléré en l’espace de quelques semaines seulement bien plus qu’en l’espace de ces dix dernières années pour nous permettre de poursuivre nos activités professionnelles et académiques.

Quant à l’enseignement, même combat. Dans tous les pays, des écoles maternelles aux universités, tous les enfants et étudiants se sont retrouvés chez eux, confinés. Reconnaissons la capacité d’adaptation des jeunes face à cette pandémie impliquant l’accélération de l’enseignement à distance.

Faire de la flexibilité un droit pour le travailleur écrit noir sur blanc

La réduction du temps de travail est un concept qui revient souvent sur la table.

Cette idéologie, faussement alléchante, reviendrait à diminuer son temps de travail afin de réduire le nombre de demandeurs d’emploi et impliquerait une baisse conséquente des revenus. 

Il apparaît donc difficile de dégager une majorité en faveur de telles politiques. Et si, la prochaine grande avancée dans le monde du travail n’était plus la réduction du temps de travail mais l’adaptation du monde du travail à nos nouveaux modes de vie ? C’est là qu’intervient la flexibilité. Et celle-ci est multiforme.

 Prenons l’exemple de la flexibilité salariale. Trop souvent, celle-ci a été synonyme de salaire fixe auquel s’additionnent des éventuelles primes. La flexibilité salariale repensée serait un salaire réellement rémunérateur et « fixe ». On utiliserait un pourcentage du salaire sous divers avantages qui seraient choisis par le travailleur selon son mode de vie. Dès lors, ce pourcentage « optionnel » pourrait être sous forme de voiture de société, d’un abonnement de transport en commun, d’accès au logement…

Adapter le cadre juridique pour le travailleur serait utile afin de jouir des avantages de la flexibilité. En effet, de bonnes conditions de travail rendent celui-ci plus efficace et impliquent un sentiment de bien-être plus élevé.

 Il est donc important de prévoir un cadre légal plus large pour qu’un employé et un employeur puissent, sur base volontaire et avec un accord des deux parties, faire convenir le travail aux réalités de chacun.

Il pourrait offrir la possibilité de travailler 38 heures par semaine en réduisant le nombre de jours. Il serait possible de prester la même charge de travail en 4 jours au lieu de 5 jours actuellement. Le bénéfice d’un rythme de travail quotidien plus long est la possibilité d’avoir un jour de congé supplémentaire sans perte de salaire. Adapter ses horaires pour améliorer sa qualité de vie privée est un enjeu essentiel d’attractivité pour un travailleur. Pour l’employeur, le fait d’avoir un travailleur satisfait de ses conditions a un impact sur la productivité au quotidien. 

La notion de flexibilité et de travail concerne aussi les étudiants. Améliorer la flexibilité dans l’enseignement aurait une répercussion sur la disponibilité des étudiants jobistes. Le contexte sanitaire vécu depuis un an démontre de manière évidente que l’accès au travail pour les étudiants est un facteur essentiel pour diminuer la précarité étudiante et donner plus d’autonomie pour choisir et adapter son horaire à ses besoins. 

 Un autre incitant pourrait agir sur la fiscalité pour les employeurs afin de diminuer les charges en proposant des activités favorisant le bien-être au travail comme les team-building. Concrètement, si vous investissez pour le bien-être au travail des employés, on diminue les charges. Cela permettrait de diminuer les coûts des soins de santé mais aussi d’augmenter la productivité. En effet, un employé heureux et bien dans sa peau travaillera mieux qu’un employé importuné par des soucis divers tant au niveau professionnel que privé.

Vers un changement de paradigme…

Le travail est un élément clé pour tout un chacun dans la société. Un des aspects les plus controversés est celui du temps de travail. Contrairement à l’idée du concept que la diminution du temps de travail soit la solution magique, elle n’est pour autant pas la panacée. Selon nous, la seule solution viable pour l’ensemble de notre société réside en l’adaptation du temps de travail via une meilleure flexibilité pour l’étudiant, le travailleur, et par conséquent l’employeur.

Et si l’après Covid-19 était l’occasion rêvée pour changer de paradigme afin de ne plus vivre pour travailler mais travailler pour vivre ?

Pour les Jeunes MR de la Province de Liège

Laura Humblet, Cédric de Buf, Thierry Jamart et Victoria Vandeberg

L’interview de Georges-Louis Bouchez: la place de la religion au sein de la société

Pour cette quatrième et dernière capsule, retrouvez notre journaliste Piccolo Gauthier Jacques et Georges-Louis Bouchez pour aborder la place de la religion au sein de notre société.

Les convictions religieuses, les signes religieux ostentatoires ainsi que le respect de la neutralité des agents de l’Etat: ce sont des sujets importants pour les Libéraux! Cette 4ème capsule termine donc l’interview de Georges-Louis Bouchez, ce Jeune MR Président du MR.

On se retrouve très bientôt sur le PiccoloMag pour des nouveautés et, comme toujours, #staytuned!

Être jeune pendant la pandémie de Covid-19: la perspective de Georges-Louis Bouchez

Pour cette troisième partie de l’interview de Georges-Louis Bouchez, notre journaliste Piccolo Gauthier Jacques aborde avec notre invité le vécu de cette pandémie de Covid-19 par les jeunes. Qu’ils/elles soient aux études et ne peuvent plus avoir de vie étudiantine ou qu’ils/elles ne travaillent plus à cause du confinement, les jeunes connaissent une période particulièrement difficile et leur vie sociale en souffre.

Cependant, bien que leur avenir proche soit encore chamboulé par les règles sanitaires, il faut garder espoir et optimisme une fois que cette pandémie sera terminée!

La fin de l’interview arrive alors #staytuned!

L’interview de Georges-Louis Bouchez: l’implication des jeunes en politique

Pour cette deuxième partie de l’interview de Georges-Louis Bouchez, notre journaliste Piccolo Gauthier Jacques aborde l’implication des jeunes en politique notamment sur le long terme. Quel est le rapport des jeunes d’aujourd’hui à la politique et surtout aux partis politiques? Découvrez ce qu’en pense ce Jeune MR Président du MR!

La suite de l’interview arrive alors #staytuned!

L’interview de Georges-Louis Bouchez: du militantisme libéral montois au Président de parti

Retrouvez Gauthier Jacques, notre journaliste Piccolo, et Georges-Louis Bouchez, Président du Mouvement Réformateur, pour une interview en plusieurs parties. Nous commençons d’abord par vous présenter son parcours politique: du militantisme libéral montois au mandat de président de parti, et ce alors qu’il n’a que 34 ans, Georges-Louis Bouchez a connu un parcours déjà bien chargé!

La suite de l’interview arrive prochainement alors #staytuned!

Vivre son homosexualité en Belgique

Pour le PiccoloMag, Cyril, Guillaume, Renaud et Louis-Xavier, membres Jeunes MR, ont accepté de témoigner du vécu de leur homosexualité en Belgique.

A visage découvert, ils parlent de l’évolution des mentalités, de l’homophobie, des difficultés à exprimer leur orientation sexuelle dans leur quotidien ou encore dans leur profession. Vraiment rien n’est mis de côté! De plus, pour améliorer la situation de vie des hommes homosexuels, ils proposent plusieurs recommandations notamment sur l’adoption, la GPA, le don de sang ou encore pour un enseignement plus inclusif.

Découvrez leur expérience dans la vidéo ci-dessous!

Diviser… et mieux régner ?

Par Gauthier Jacques, journaliste Piccolo

Alors que la ministre de l’enseignement supérieur en France souhaite purger l’université de l’islamo-gauchisme, le projet de loi « confortant le respect des principes de la République » a le vent en poupe.

À la suite de l’assassinat du professeur Samuel Paty par un fanatique islamiste, le CCIF (Comité contre l’islamophobie en France) a été dissout le 2 décembre dernier. Mais d’où vient cette loi permettant la dissolution administrative de groupes ou groupuscules considérés comme perturbateurs ? 

Tout commence le 6 février 1934. Ce jour-là, une grande manifestation est organisée à Paris avec, notamment, les ligues d’extrême droite. Elles protestent toutes contre le renvoi du préfet de police Jean Chiappe (1878-1940), acquis à leurs idées, et dénoncent par la même occasion un régime rongé par la corruption. Malheureusement, la manifestation, au départ pacifique, tourne à l’émeute. Bilan ? 15 morts

C’est dans ce contexte que naît la loi du 10 janvier 1936 « sur les groupes de combats et milices privées ». Cette nouvelle loi permet au pouvoir exécutif de prohiber une association légalement constituée ou un groupement de fait qui chercheraient à porter atteinte à l’intégrité du territoire national ou à renverser la République. Grâce à ce nouvel outil juridique, les ligues nationalistes sont interdites entre février et juin 1936. Mais cette loi sera utilisée également à d’autres effets. Dès 1937, elle sert notamment à réprimer l’indépendantisme algérien ; dès 1968, la formation d’extrême droite “Occident ”; puis en mai 1970, la “Gauche prolétarienne” subissent le même destin.

Au total, entre 1936 et 2013, le juriste Romain Rambaud, a recensé 124 dissolutions administratives prononcées sur la base de cette loi du 10 janvier 1936. Le CCIF serait donc la 125ème.

Source: 

Pinsolle, Dominique. 2021. « Dissoudre pour mieux régner, quand le pouvoir exécutif interdit des groupes radicaux. » Le Monde diplomatique, Mars 2021.

Que se passe-t-il en Birmanie ? Retour des violences dans ce pays où le coup d’État passe de l’exception à la norme

Par Olivier Humblet, journaliste Piccolo

Dernière flambée de violence 

Ça s’est encore produit ! Pour la troisième fois de son histoire depuis l’indépendance en 1948, la Birmanie  a vécu un coup d’État dans la matinée du lundi 1er février de cette année. Cependant, il s’agit du premier  renversement de pouvoir de la part de l’armée depuis la transition démocratique amorcée en 2008 suite  à un référendum national, découlant de la révolution de safran. Ainsi, le président du pays, Win Myint, et  la cheffe de facto du gouvernement, Aung San Suu Kyi, ont été arrêtés dans la matinée du 1er février par  la junte militaire sous l’égide du général Min Aung Hlaing. Les organes de l’Etat ont été mis sous le contrôle de l’armée, l’Internet a été totalement bloqué et un couvre-feu a été instauré interdisant tout  déplacement à partir de 20h. S’en sont suivies des manifestations partout dans le pays mais surtout à  Rangoon, la capitale historique. D’abord pacifiques et sans violence, ces manifestations ont vite été  brimées par la junte, désormais toute puissante. La police militaire tente de rétablir l’ordre en usant de violence provoquant de nombreux blessés et décès. A l’heure actuelle, l’ONU fait état de plus de 70 morts  suites aux manifestations dont le but est le retour à la démocratie, le respect des résultats électoraux de  novembre 2020 et la libération de la leader du parti vainqueur, Aung San Suu Kyi. 

Coup d’Etat de février 2021, le contexte d’un événement prévisible

La Birmanie est un pays d’Asie du Sud Est qui souffre d’un passé compliqué caractérisé par une indépendance sanglante, et dont la première Constitution porte en elle le terreau de futures répressions  des minorités du pays qui mettront à mal la réputation du pays sur la scène internationale. A côté de cela, l’histoire birmane se raconte au travers de sa junte militaire et de ses coups d’Etat ainsi que par la vie de la dame de Rangoon, Aung San Suu Kyi. 

Le dernier putsch militaire qui s’est produit en février dernier s’inscrit donc dans une dynamique plus complexe. Cette ligne du temps commence en 1962 avec le premier coup d’Etat qui voit Ne Win, un  militaire, prendre le pouvoir et le garder jusqu’en 1988. Pendant cette période, un parti unique sous  l’égide de l’armée est créé. Il s’agit du Parti du programme socialiste birman qui entérine la doctrine  politique du pays, le socialisme. Cette période voit également la création d’une nouvelle Constitution et  la naissance de la République socialiste de l’Union de Birmanie pour laquelle la moitié du budget de l’État est allouée à l’armée. La Birmanie rejoint alors la liste des pays les moins avancés de la planète. Les tentatives pour sauver l’économie birmane de 1987 vont plonger le pays dans une grave récession et ses habitants dans une grande misère. Il va en découler des manifestations qui vont être violemment brimées au point de déplorer plus de 10 000 morts durant toute la période des revendications pour l’avènement  de la démocratie libérale en 1988. Cette année voit également arriver sur la scène publique la fille du héros assassiné de l’indépendance, Aung San Suu Kyi qui va revêtir la prestance d’une femme d’état.  

1988 est également l’année de la troisième Constitution qui maintient les militaires au pouvoir en créant  le Conseil d’État pour la restauration de la loi et de l’ordre, et en renommant le pays « Myanmar ». La Ligue nationale pour la démocratie (NLD), à savoir l’opposition démocratique dirigée par Aung San Suu  Kyi, ne reconnaîtra jamais cette dénomination. En 1989, la leader de l’opposition est arrêtée et placée  pour la première fois en résidence surveillée. Elle n’en sera libérée qu’en 1995 suite aux pressions internationales. Ces dernières découlent du résultat des élections de 1990 où la Ligue reçoit 82% des voix.  La junte ne respecta pas les résultats et la Ligue forma un gouvernement en exil.

Remise du Prix Sakharov à Aung San Suu Kyi Strasbourg 22 octobre 2013

Quelque temps plus tard, elle reçut le prix Sakharov du Parlement de l’Union Européenne et Aung San Suu Kyi le prix Nobel de la paix. L’armée renforce son  pouvoir en 1997 et Aung San Suu Kyi est de nouveau assignée à résidence de 2000 à 2002. Les années qui suivent sont le théâtre de plusieurs affrontements entre les minorités ethniques du pays comme les Rohingyas, les Shans, les Karen, les Chins, les Kachins, les Mons et la majorité du peuple, les Birmans. La  situation fera l’objet d’une attention particulière de l’Union Européenne et des Etats-Unis qui vont mettre  en place des sanctions économiques et des embargos sur la vente d’armes. Le Conseil de Sécurité de  l’ONU se montrera plus réticent du fait des positions russes et chinoises laxistes sur la question.  

Suite à ces pressions, un référendum démocratique est mis en place en 2008 et la quatrième Constitution voit le jour. Cette dernière est taillée sur mesure pour empêcher Aung San Suu Kyi d’accéder à une position dirigeante et maintenir un pouvoir suffisant aux militaires pour tenir le pays. Ainsi, le civil prend le pouvoir mais le poste de premier ministre n’existe plus. Par ailleurs, ne sont pas éligibles les birmans ayant un  conjoint et/ou des enfants étrangers (Aung San Suu Kyi est mariée à un anglais et a eu des enfants de ce  mariage). De plus, les militaires s’arrogent 25% des sièges des deux chambres législatives ; empêchant  par-là la possibilité d’une modification de la Constitution ; un des deux postes de vice-président, et 3  ministères ; celui de l’armée, du contrôle des frontières et des affaires intérieurs. Ces postes échappent à  la décision civile et sont directement nommés par l’État-major du pays. En 2010, des élections sont  organisées par les militaires qui en excluent le parti de la Ligue nationale pour la démocratie. Le résultat  est sans appel avec une victoire du parti contrôlé par les militaires C’est cette année-là que Aung San Suu  Kyi sera libérée de ce qui devait être sa dernière assignation à résidence après plus de 15 années au total.  Les 5 années qui suivent sont contrastées entre un retour en grâce de la Birmanie sur la scène internationale, notamment sous l’égide de l’Union Européenne et de l’administration Obama aux Etats Unis, et d’un regain de violence entre les ethnies bouddhistes et musulmanes du pays. 

Les législatives de 2015 sont un tournant de l’histoire birmane moderne. Malgré la victoire de la Ligue lors de ces dernières, elle n’a pas réussi à obtenir le nombre de sièges suffisant à abolir les dispositions de la  Constitution de 2008 visant à empêcher les conjoints d’étrangers au poste de président et de limiter la  mainmise des militaires sur l’exécutif. Un poste de Conseiller d’Etat est tout de même créé et la Dame de  Rangoon devient chef du gouvernement de facto. C’est donc un proche de Aung San Suu Kyi qui devient président et le pouvoir est partagé entre démocrates et militaires. Cette coexistence va pousser Aung San Suu Kyi, alors conseillère d’état et ministre des affaires étrangères, à veiller à ne pas froisser l’armée quitte à la soutenir lors de la publication des exactions et des crimes contre l’humanité perpétrés à l’égard de la  minorité musulmane des Rohingyas. Dès lors, 2017 marque le début de l’image écornée de Aung San Suu  Kyisur la scène internationale. En 2020, les élections sont remportées à plus de 83,2% des voix par le parti  au pouvoir, la NLD. Dépassant ainsi le pourcentage nécessaire à une modification de la Constitution de  2008, ces résultats représentent un danger pour la junte militaire qui y voit un risque de diminution de  son pouvoir. Risque d’autant plus crédible qu’une disposition a été proposée par le Ligue visant à pousser vers la retraite les militaires de plus de 65 ans. Il s’agit de l’âge que devrait avoir le général Min Aung  Hlaing cet été. Voyant cette « démocratie sous contrôle » s’émanciper, se libéraliser, la junte militaire n’a pas hésité, en ce mois de février 2021, à utiliser ce procédé en passe de devenir un outil habituel de  pouvoir en Birmanie, le coup d’État. 

Des réactions fermes contre cette atteinte à la démocratie

Les Occidentaux ont longtemps marché sur des œufs quant à la question birmane, surtout depuis l’éclatement du dossier Rohingyas sur la scène internationale. S’il a bien entendu été aisé de condamner  le dernier coup d’État et les exactions liberticides qui en ont suivi, le soutien de la prix Nobel de la paix à  l’armée face aux minorités musulmanes de son pays a fait l’objet de sorties plus timides.  

 “I strongly condemn the coup in #Myanmar and call on the military to release all who have been unlawfully detained  in raids across the country. The outcome of the elections has to be respected and democratic process needs to be  restored”. Charles MichelPrésident du Conseil Européen (1er février 2021) 

Belgium is very worried about the situation in #Myanmar. We strongly condemn a coup d’état that aims to  undermine democracy, as well as the arrests of elected members such as Mrs Aung San Suu Kyi. We will consider  the follow-up to be given to these actions with our EU partners”. Sophie WilmèsMinistre des Affaires Etrangères  de Belgique (1er février 2021)

 

 

Sources (dont images):

http://www.info-birmanie.org/le-systeme-politique-birman/

https://www.rfi.fr/fr/podcasts/fr%C3%A9quence-asie/20210206-retour-sur-le-coup-d-%C3%A9tat-en-birmanie-le-1er-f%C3%A9vrier-2021

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/02/01/en-birmanie-l-armee-s-empare-du-pouvoir-et-arrete-aung-san-suu-kyi_6068333_3210.html

https://www.lefigaro.fr/international/birmanie-comprendre-le-coup-d-etat-en-5-infographies-20210205

http://www.info-birmanie.org/chronologie-2/

https://www.leparisien.fr/international/birmanie-trois-nouveaux-morts-les-manifestations-reprennent-apres-une-nuit-de-violence-13-03-2021-RIS654BSLJGT3PU2LHOQNXEFYU.php

https://www.lalibre.be/international/asie/sophie-wilmes-et-charles-michel-condamnent-le-coup-d-etat-en-birmanie-6017b53f7b50a652f77011aa

https://www.lecho.be/economie-politique/international/asie/coup-d-etat-en-birmanie-les-birmans-se-sont-reveilles-sous-le-choc/10281263.html

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Charles_Michel_2019_(cropped).jpg

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sophie_Wilm%C3%A8s_(2020).jpg

https://www.flickr.com/photos/80497449@N04/7383912370

https://www.24heures.ch/birmanie-lenvoye-de-lonu-terrifie-par-la-situation-405189513515

https://www.ladepeche.fr/article/2008/05/24/455825-birmanie-referendum-constitutionnel-dans-la-zone-devastee-par-le-cyclone.html

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Remise_du_Prix_Sakharov_%C3%A0_Aung_San_Suu_Kyi_Strasbourg_22_octobre_2013-14.jpg

Quels enjeux pour l’agriculture urbaine ?

Ferme urbaine sur le toit des abattoirs d'Anderlecht

Par Pierre-Antoine Meurisse, journaliste Piccolo

L’urbanisation est une tendance majeure depuis plusieurs dizaines d’années et ce phénomène se poursuivra encore dans les prochaines années, accompagnant l’accroissement démographique mondial. Les conclusions récentes du rapport des Nations Unies sur les perspectives démographiques ont revu à la hausse l’estimation de la population mondiale. Elle devrait atteindre 9,6 milliards en 2050. Avec une proportion estimée de 75% en ville, plus de 7 milliards d’habitants y seront donc concentrés. 

Par ailleurs, la surface des terres agricoles ne cesse de diminuer laissant place aux infrastructures humaines. Cette situation interpelle et, réinvestir dans des surfaces non-conventionnelles en ville pour y produire des denrées, pourrait contribuer en partie à nourrir l’humanité et plus spécialement les citadins. 

Dans la majorité des grandes villes d’Europe, de plus en plus de projets intégrant l’agriculture urbaine voient le jour. La Belgique n’est pas en reste car des villes comme Bruxelles, Gand et Liège montrent l’exemple. 

En Belgique, ce secteur se caractérise par la construction annuelle de plus de 7000 bâtiments résidentiels ou non. Ce secteur est donc un levier essentiel pour aboutir à l’intégration réussie de l’agriculture urbaine et répondre aux défis d’aujourd’hui et de demain. Ainsi, l’intégration de diverses formes de végétation dans les villes aiderait à soulager ces problèmes par le rétablissement des services écosystémiques

Au-delà de l’intérêt majeur de produire autour et dans la ville, l’agriculture urbaine se caractérise par sa multifonctionnalité, dans l’idée qu’elle répond à de nombreux enjeux sociaux, économiques, environnementaux et territoriaux. Comme le montre la figure ci-dessous, l’agriculture urbaine peut jouer un rôle important dans de nombreux domaines qui sont tous interconnectés d’une manière ou d’une autre.

Source: https://www.researchgate.net/figure/Multifonctionnalite-de-lagriculture-urbaine_fig1_46571128

Environnement : 

L’agriculture urbaine peut répondre aux problèmes soulevés par le contexte urbain tout en contribuant au développement et à la multiplication des espaces verts en ville. Il permet donc de réduire les effets négatifs liés à l’imperméabilisation des sols et les effets d’îlots de chaleur. Les végétaux agissent comme des climatiseurs en ville, réduisant les poussières et les émissions de CO2 grâce à leur feuillage. L’augmentation du couvert végétal permet d’augmenter la biodiversité urbaine en aménageant des espaces où la faune et la flore peuvent se reproduire et se nourrir. La production alimentaire de saison réduit la pollution occasionnée par les transports. 

Aménagement urbain :

Étant donné que cette agriculture prend place au sein des villes, elle participe à l’aménagement du territoire en s’intégrant dans la trame urbaine et renforce les espaces verts déjà présents. L’agriculture urbaine contribue à l’émergence des projets urbanistiques avec divers objectifs menés par des acteurs différents. De plus, elle peut servir de levier pour la revitalisation d’espaces délaissés ou peu exploités par les communes et restitués aux citoyens des villes. Elle crée de nouveaux espaces publics dans le paysage urbain.

Loisirs : 

Le jardinage et maraîchage peuvent être perçus comme un passe-temps ou une activité positive. Ces activités permettent de pratiquer une activité physique en plein air proche de notre lieu de vie, à moindre coût.

Injustice alimentaire : 

La production au sein et à proximité des villes, pourrait permettre de rendre ces dernières plus résilientes face aux crises qu’elles peuvent traverser. Les circuits courts de distribution améliorent la sécurité alimentaire. La disparité économique entre les classes sociales les plus riches et les plus pauvres tend à montrer un déséquilibre quant à l’accès à une nourriture de bonne qualité. Les plus démunis n’ont pas la capacité financière de pouvoir se nourrir sainement à l’instar des classes sociales plus riches qui disposent des moyens nécessaires. L’autoproduction permet de produire une partie des aliments et de réduire ses dépenses.

Santé :

La production d’aliments frais n’ayant pas subi les mêmes techniques de production (agriculture conventionnelle, distances de transport et réfrigération) permet d’avoir de meilleurs bilans nutritionnels. De plus, l’activité de jardinage est bénéfique pour la santé, car elle contribue à maintenir une activité physique régulière. De nombreuses études ont déjà prouvé que cette activité présentait des avantages pour l’aspect mental : réduction des maladies chroniques, relaxation, ressourcement et bien-être. 

Economie : 

L’agriculture urbaine peut créer une multitude d’emplois locaux de la production jusqu’à la distribution voir la préparation/transformation des produits cultivés autant dans le milieu associatif que privés. Au sein des exploitations : les fermes de petite taille génèrent davantage d’emploi que les grandes fermes. 

Education et interaction sociale : 

L’agriculture urbaine peut être un outil éducatif afin de sensibiliser les populations urbaines à l’environnement et au processus de production d’un aliment. Au sein même d’un jardin, des transmissions de savoirs s’échangent entre les acteurs (qu’ils soient professionnels ou non) via la pratique du jardinage. La sphère sociale a toujours été présente dans l’agriculture urbaine comme en témoignent les jardins communautaires. Elle offre un contexte favorable pour l’inclusion sociale utile pour faire de la réinsertion auprès d’individus dans une situation d’isolement social. Ce sont des lieux qui favorisent les échanges entre individus de toutes classes sociales et intergénérationnelles. Afin de favoriser les jeunes générations à l’environnement, les écoles peuvent intégrer des potagers et proposer des activités pour les sensibiliser.

Pour finir, les projets d’agriculture urbaine se multiplient dans notre pays et c’est une véritable aubaine. Mais l’aspect alimentaire n’est pas l’essentiel. Il est évident qu’on ne pourra jamais nourrir une population urbaine uniquement avec des potagers urbains. D’autres aspects importants sont à prendre en considération. Avec le développement continu des villes, cette forme d’agriculture a de beaux jours devant elle …

Les vaccins… un fiasco total !

Par Gauthier Jacques, journaliste Piccolo

Comment en finir avec le triste spectacle auquel nous assistons toutes et tous ? La fin des brevets, vrais obstacles aux vaccins ! 

Bien qu’elles aient mis au point les vaccins contre la Covid-19, les compagnies pharmaceutiques vendent aux plus offrants, négligeant ainsi la gravité sanitaire dans laquelle  nous sommes toutes et tous plongés depuis plus d’un an déjà. Les vaccins devraient être des biens publics mondiaux ; ça nous aiderait ! Souvenons-nous du Président français, Emmanuel Macron, qui dès le moins de novembre s’interrogeait gravement sur la situation sanitaire : « Serons-nous prêts lorsque le premier vaccin sera mis sur le marché, à en garantir l’accès à  l’échelle planétaire et à éviter à tout prix le scénario d’un monde à deux vitesses où seuls les  plus riches pourraient se protéger du virus […] ». Puis, dès le 18 janvier 2021, Monsieur Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) nous annonce que sur les trente-neuf millions de doses prévues, seules vingt-cinq  avaient été administrées sur un total de quarante-neuf pays. Oui, seulement 25 doses. Que se  passe-t-il donc ?  

Il est vrai que l’étonnement est grand au regard des sommes gargantuesques investies pour ce  vaccin. Qui plus est, deux mécanismes avaient été mis en place pour éviter ce genre de fiasco.  Il y avait d’une part le mécanisme Covax qui devait permettre un groupement des achats pour les vaccins afin de garantir, à 90 pays et territoires, un accès juste et équitable au traitement.  Des contrats ont été signés avec Pfizer (40 millions de doses) et AstraZeneca (120 millions de  doses). L’objectif ? 2 milliards de doses d’ici la fin de 2021. Il y avait d’autre part le mécanisme  C-TAP (Covid-19 Technology Access Pool), qui aurait dû garantir le partage de la propriété intellectuelle et des connaissances afin de produire des vaccins à grandes échelles, y compris dans les pays en voie de développement. Résultat ? Coquille vide. 

Pourtant, tout semblait fonctionner. Les laboratoires ont été subventionnés à coups de milliards d’euros par les États et la Commission (qui a versé plus de 2 milliards pendant la mise au point  des vaccins). Cependant, malgré ces aides ainsi que des clauses de livraison des plus flexibles,  cela ne fonctionne pas. Nous nous souvenons toutes et tous du désarroi de la Commission  lorsque AstraZeneca lui a annoncé qu’il ne pourrait pas fournir le nombre de doses prévues (80  millions) dans les délais fixés. S’ajoute à ce dysfonctionnement une différence de prix non négligeable. En effet, selon Eva de Bleeker, secrétaire d’État au budget belge, les tarifs négociés par Bruxelles varient entre 1,78 € (pour AstraZeneca), 10 € (pour CureVac) et 14,68€ (pour  Moderna). Et pour couronner le tout, les répartitions au sein même de l’Union européenne est inégalitaire puisque pour les premières livraisons, l’Italie a reçu 9750 doses, la France 19 500  et l’Allemagne 15 125. Même ramenés à la population respective des pays, ces écarts restent inexplicables et semblent montrer que certains pays sont plus égaux que d’autres. Pourtant,  d’autres pays, hors UE, semblent bien s’en tirer. Malgré un départ plus que laborieux, Londres a su organiser une campagne de vaccination dynamique mettant littéralement à mal l’argument  d’une Union européenne protectrice avancé lors du conflictuel Brexit. Au 4 février, le  Royaume-Uni avait administré au moins une dose de vaccin à 16, 2 % de sa population. En  revanche, la Belgique a administré jusqu’à ce jour (5 mars 2021) au moins une dose à 5,54%  de sa population ; l’Espagne, 4,01% ; l’Italie, 3,61%, etc. Comment expliquer de ces  différences ? Les brevets

Face à la pâmoison, à la prédation des ressources publiques et à la pénurie des vaccins, nombre  de professionnels de la santé, des militants, des membres d’ONG pressent les États d’activer la  licence obligatoire. Ce concept de licence obligatoire ou licence d’office est apparu aux États Unis à la fin du XVIIIe siècle et a été intégré aux normes internationales, dès 1925, grâce à la  Convention de Paris. D’une façon générale, le titulaire d’un brevet est libre d’exploiter  personnellement l’invention protégée ou bien d’autoriser une autre personne à l’exploiter.  Pourtant, lorsque des raisons d’intérêt général le justifient, les autorités publiques nationales peuvent autoriser l’exploitation d’un brevet par une personne tierce sans le consentement du propriétaire. Malheureusement, activer cette licence obligatoire revient à engager un bras de fer  avec diverses puissances souveraines, en particulier les États-Unis, où – rappelons-le – se  trouvent les deux sociétés qui proposent les vaccins les plus performants actuellement. 

Bref, l’enjeu économique, l’appât d’un certain profit au détriment d’une crise sanitaire, et la  peur d’une nouvelle situation conflictuelle viennent compliquer la rapidité de cette vaccination européenne. Il faut prendre son mal en patience quand nous savons qu’après le cafouillage des masques, il aura fallu près de deux mois pour relancer la production au printemps 2020. Donc,  patience et longueur de temps font plus que force ni que rage, comme l’aurait dit Jean de La  Fontaine.

Sources

Déclaration de M. Macron sur la lutte contre l’épidémie de Covid-19 et la préparation aux  futures pandémies, le 21 novembre 2020, www.vie-publique.fr (consulté le vendredi 5 mars à  01 :37). 

Licence obligatoire sur : https://www.concurrences.com/fr/glossaire-des-termes-de concurrence/licence-obligatoire (consulté le dimanche 7 mars à 00 :48). 

Pierru, Frédéric, Frédérick Stamback, y Julien Vernaudon. 2021. «Toute-puissance des  laboratoires: les brevets, obstacles aux vaccins pour tous». Le Monde diplomatique, Mars 2021.